Arnhem, l’exception trolleybus

Depuis la suppression de l’unique ligne de Gand, Arnhem est le seul réseau de trolleybus de l’ensemble Bénélux. Capitale de la province de Gueldre, cette ville de l’est des Pays-Bas, la dernière avec Nimègue avant l’Allemagne, compte environ 170 000 habitants.

Succéder aux tramways dévastés

Les trolleybus sont apparus le 5 septembre 1949, conséquence des bombardements de la ville en septembre 1944 ayant détruit une grande partie des infrastructures des tramways. Cette solution était déjà envisagée dans les années 1930, pour réduire les coûts de gestion du réseau dans une période économiquement difficile. En moins de 5 ans, le réseau primitif était constitué, profitant en outre d’une curiosité fiscale : n’étant pas des véhicules à traction mécanique, ils n’étaient pas immatriculés et échappaient à la taxe associée.

Comme dans bien d’autres villes en Europe, le trolleybus allait être remis en cause au milieu des années 1960 et, pour Arnhem, en 1967, avec le projet de renouveler le parc par des autobus, afin d’économiser les charges des installations électriques. La motivation « publique » était la soi-disant dangerosité de ces véhicules à cause de leur porte arrière, suite à l’accident d’un voyageur tombé par celle-ci. L’autobus remplaça le trolleybus sur une première ligne en 1970 et certaines sections terminales furent abandonnées.

Du sauvetage à la relance

Le réseau a été sauvé en 1974 quand le gouvernement prit en charge les déficits d’exploitation des réseaux urbains. L’année suivante, en lien avec la crise pétrolière, le surcoût lié au trolleybus, alors estimé à 5% par rapport à un autobus Diesel, était lui aussi supporté par l’Etat. La rénovation put alors être engagée, ainsi que des extensions. Deux lignes d’autobus furent ainsi converties, en lien avec le développement de l’agglomération et notamment en rive gauche du Rhin inférieur, et intégrées à des restructurations successives du réseau, comprenant le retour à la traction électrique de certaines sections abandonnées au début des années 1970.

Le plan Trolley 2000 adopté en 1996 jetait les bases d’une nouvelle modernisation, destinée à améliorer encore l’efficacité du réseau, avec le développement de voies réservées, de la priorité aux carrefours et l’introduction des premiers véhicules articulés Berkhof Premier AT18 et Van Hool AG300GT, ces derniers acquis en commun avec le réseau allemand de Solingen.

Le plan prévoyait quelques rationalisations d’antennes, reprises par le développement de lignes d’autobus (Vredenbrug en 1997, Imerloo en 1999 par exemple), mais les trolleybus ont gagné une ligne de plus convertie à la traction électrique, le jour du 50ème anniversaire de leur mise en service.

Même schéma 10 ans plus tard, avec la conversion d’une ligne supplémentaire. Enfin, en 2024, le trolleybus faisait son apparition sur une première ligne interurbaine (352 Arnhem – Wageningen), longue de 17,5 km dont 5,5 km sous bifilaires existantes et 12 km parcourus sur barteries.

En 2026, le réseau de trolleybus comprend 8 lignes (1, 2, 3, 5, 6, 7, 21, 352) dont une suburbaine (352) et une résultant de la scission pour cause de travaux de la ligne 1 (dissociée en 1 et 21). Il est exploité avec 40 Swisstrolley 4 et 10 Trollino 18, affectés à la ligne 352.

Arnhem dispose aussi de 22 lignes de bus, dont 19 à caractère interurbain. Les fréquences sont plus modestes, au mieux à la demi-heure, et à l’heure le dimanche. De ce fait, le trolleybus assure vraiment l’ossature de la desserte de cette ville qui en a fait l’un de ses porte-drapeaux.

Le réseau d’autobus, trolleybus et autocars à Arnhem, très centré sur la gare.

Le service est assez soutenu pour une ville de cette taille puisque les lignes proposent une fréquence de 10 à 15 minutes en journée, avec une large amplitude de 5 heures à 0h30. Le week-end, le service est allégé : les meilleures lignes proposent un service tous les quarts d’heure et les autres sont à la demi-heure.

Si elle n’a pas l’attrait touristique d’autres villes, comme Utrecht, son centre très commerçant et largement piétonnier attire de nombreux passants et visiteurs, à commencer par la population de l’agglomération qui peut commodément y accéder grâce à ce réseau de bonne consistance et au maillage assez dense pour une ville de cette taille, malgré certains effets de coupure provoqués par le fleuve et les grands axes routiers. Son rayonnement va au-delà, grâce aux services d’autocars et aux dessertes ferroviaires cadencées à l’heure et le plus souvent à la demi-heure.

La gare centrale actuelle est très récente : aussi moderne et esthétique que fonctionnelle, elle fait partie des réalisations architecturales emblématiques dans ce domaine, ouverte en 2015. Nous y reviendrons dans un prochain dossier consacré au réseau ferroviaire néerlandais.

Arnhem – Gare centrale – 3 juin 2024 – Le terminus des lignes devant la gare, très moderne : il compte 5 positions parallèles et une boucle de retournement. (Cliché A. Knoerr)
Arnhem – Stationsplein – 22 mai 2026 – Le service est principalement assuré par des Swisstrolley de 4ème génération en excellent état. (Cliché Quai numéro 2)
Arnhem – Willemsplein – 22 mai 2026 – Cet autre point majeur du réseau donne un accès direct aux rues très commerçantes du centre de la ville. (Cliché Quai numéro 2)
Arnhem – Velpersplein – 22 mai 2026 – Ici s’achève le tronc commun principal du réseau depuis la gare centrale. Pour l’instant, il n’est pas prévu de profiter des nouveaux trolleybus à batteries pour déposer les lignes aériennes centrales, qui servent au contraire à les recharger dans le cadre d’extensions du réseau. (Cliché Quai numéro 2)

Un réseau en extension avec des trolleybus chinois

Transdev, exploitant du réseau urbain et interurbain, doit prochainement mettre en service les premiers trolleybus commandés à Yutong dans le cadre d’une nouvelle étape de développement du réseau : 69 véhicules sont prévus dont 50 standards et 19 articulés. Ils seront épaulés par les 10 Trollino 18. En revanche, les 40 Swisstrolley 4 seront réformés. Un tel choix pose une double question : ces trolleybus ont été livrés entre 2009 et 2017. La réforme est donc très précoce pour les derniers exemplaires. Elle semble motivée par la recherche de véhicules à forte autonomie.

En outre, Yutong confirme de la sorte son implantation aux Pays-Bas, où ils sont déjà présents, par exemple à Utrecht. Cette illustration révèle l’écart entre les appels à une solidarité industrielle européenne et les actes. Il y a pourtant suffisamment de constructeurs de trolleybus : Hess, Solaris, Iveco, Skoda, pour ne citer que les principaux.

Le trolleybus reprendra plusieurs services interurbains assurés actuellement en autobus, en misant sur la combinaison entre batteries et lignes aériennes, notamment la liaison entre Arnhem et Nimègue, ville qui avait également été dotée d’un réseau urbain de trolleybus entre 1952 et 1969. Sont aussi concernées les liaisons vers Velp, Heteren et Duivendrecht.

Oosterbeek – 4 novembre 2025 – La ligne 352 est la première liaison suburbaine exploitée par trolleybus. D’autres vont prochainement suivre à l’échelle de la province. (Cliché R. Dammers)

Muséographie

Les tramways n’ont pas totalement disparu d’Arnhem puisqu’ils circulent sur une boucle au sein de l’Openluchtmuseum, sorte de parc situé au nord de la ville, qu’on pourrait assimiler à France Miniature. Il accueille un petit musée des tramways comprenant une motrice d’Arnhem, 3 de Rotterdam, une de La Haye et une d’Amsterdam. Ils évoluent sur une boucle de 1600 m de long réalisée en 1996.  Il existe aussi un petit musée des trolleybus situé dans le dépôt du réseau, ouvert uniquement le jeudi après-midi.

La motrice n°76 est une réplique de l’ancien matériel du réseau d’Arnhem détruit en 1944, qui diffère notamment par le choix de la voie normale par souci de compatibilité avec le reste du matériel, alors que l’ancien réseau d’Arnhem était à voie métrique. (Cliché A. Knoerr)
Un convoi de Rotterdam avec l’une des 3 motrices à plateforme centrale très bien préservées par le musée. Les amateurs néerlandophones pourront même envisager un stage de conduite de tramways, proposé entre mai et octobre. (Cliché A. Knoerr)

14 juin 2026