Est – Ouest Lyonnais Express : gouvernance et mise en œuvre

Ouest Lyonnais : des lignes à transférer à la Métropole

EOLE implique préalablement un accord entre la Métropole et la Région sur la gestion des infrastructures, de la maîtrise d’ouvrage et de l’exploitation. Actuellement, les lignes de l’Ouest Lyonnais vers Sain-Bel, Brignais et Lozanne sont propriété de l’Etat et affectées à SNCF Réseau. La ligne T3 est une ligne urbaine, propriété de la Métropole. A l’est, la réouverture de la section Meyzieu – Crémieu est aujourd’hui portée par la Région.

Lyon Saint-Paul – 19 décembre 2023 – Dans ce projet, l’actuelle gare ne serait probablement plus utilisée compte tenu de modalités difficiles pour son raccordement aux infrastructures existantes. L’actuel tunnel de Loyasse ferait une intéressante voie cyclable raccourcissant le trajet par rapport aux quais de Saône. (Cliché Quai numéro 2)
Lyon Gorge de Loup – 19 décembre 2023 – C’est donc plutôt dans cette station que s’effectuerait le raccordement, encore que les ouvrages du métro ne facilitent pas la tâche. Il sera ici nécessaire de disposer d’au moins une voie de plus pour le terminus de certaines missions venant de l’est. (Cliché Quai numéro 2)
Charvieu-Chavagnieux – Août 2003 – La partie non utilisée du CFEL au-delà de Meyzieu dessert notamment l’agglomération de Pont de Chéruy, dans un environnement périurbain et en partie industriel, avant d’arriver à Crémieu. (Cliché Quai numéro 2)
Pont de Chéruy – Août 2003 – L’ancienne gare est bordée par le centre commercial (à gauche du cliché derrière les bosquets) et le collège (à droite des voies). Les voies ont depuis été déposées pour aménager une sommaire voie verte. (Cliché Quai numéro 2)

Aussi, il faudra passer par une procédure de transfert de propriété de l’Etat à la Métropole des lignes de l’Ouest, par le Code Général de la Propriété des Personnes Publiques, impliquant un détourage technique pour isoler cet ensemble, notamment à L’Arbresle, Lozanne et à Gorge de Loup. L’extension à Crémieu devra aussi faire l’objet d’un accord, plus complexe car au-delà de Pusignan, la ligne passe dans le Département de l’Isère. Néanmoins, n’avoir qu’une seule autorité organisatrice sur EOLE serait évidemment un facteur de simplification.

Unifier des infrastructures hétérogènes

Le scénario proposé aligne la longueur des compositions sur l’ouest : 130 m. A l’est, il faudra donc adapter les stations, nécessitant le déplacement de Reconnaissance à l’est de la rue Antonin Perrin, de Décines Grand Large et la reconfiguration complète de La Soie. Le gabarit serait aussi aligné sur l’ouest, à 2,65 m, éventuellement en adaptant la partie inférieure des rames pour envisager une compatibilité avec des infrastructures urbaines au gabarit 2,40 m. Ce point pourrait n’être qu’une option, à confirmer ou non dans la suite des études. Elle ne semble pas indispensable : il faudra donc adapter les installations à l’est, et évidemment prévoir les sections nouvelles (tunnel et extension à Crémieu) à ce gabarit.

Pour l’alimentation, une homogénéisation en 1500 V serait évidemment préférable, mais à l’est, EOLE doit quand même composer avec d’autres lignes de tramway (à commencer par T6 à Villeurbanne) voire de trolleybus (à La Soie mais uniquement pour l’accès au dépôt). Première hypothèse : un matériel bitension, fonctionnant sous 750 V sur tout ou partie de la section est. Seconde hypothèse : un matériel 1500 V avec des zones neutres au droit des intersections avec des lignes urbaines en 750 V.

En revanche, pour les équipements et le régime d’exploitation, la conversion de l’ouest semble préférable, en passant sous décret Sécurité des Transports Publics Guidés (2017-439).

Pierre angulaire du projet EOLE, le renouvellement de la signalisation ferroviaire à l’ouest sera l’occasion de passer à un block tram pour voie unique, plus simple, comme il existe à Bordeaux, Montpellier, Valenciennes. Le schéma d’exploitation ne prévoyant de fait qu’une seule rame entre chaque point de croisement, l’équipement peut donc être des plus réduits, en entrée et sortie de gare de croisement.

Son déploiement à l’est serait moins nécessaire jusqu’à Meyzieu, où le régime de marche à vue est applicable. En revanche, il redevient nécessaire au-delà vers Crémieu et l’aéroport, du fait d’un parcours partiellement ou totalement à voie unique, sauf au droit de la bifurcation de Décines, ne serait-ce que pour restaurer une vitesse de 60 km/h pour les tramways de et vers Meyzieu. Il le serait aussi évidemment dans le tunnel, pour des questions de visibilité. Il n’apparaît pas nécessaire d’aller vers des systèmes complexes tels qu’un CBTC sur le tronçon central. En revanche, un contrôle de vitesse y apparaît évidemment indispensable.

Les circulations à l’ouest devraient changer de sens, du moins sur le tronc commun à double voie jusqu’à Tassin, incluant donc l’ajout d’une voie dans le tunnel des Deux Amants jusqu’à la gare de la Demi-Lune. Au-delà, sur des branches à une seule voie, c’est un sujet plus secondaire.

EOLE sera aussi l’occasion de repenser complètement le plan de voies de la station La Soie, afin de supprimer une aiguille-verrue à 10 km/h utilisée dans le sens Meyzieu – Lyon, l’aiguille à 45 km/h initialement utilisée donnant accès à la position de terminus de T7.

L’unification portera aussi évidemment sur l’exploitation avec une seule autorité organisatrice et un seul délégataire de service public sur l’ensemble de ce périmètre contre potentiellement 4 : SNCF Voyageurs sur l’Ouest Lyonnais, RATP Dev sur T3, Transdev sur Rhônexpress et un autre opérateur pour la liaison vers Crémieu. Unité de production indépendante à la fois du réseau ferroviaire et du réseau urbain, le contrat porterait logiquement à la fois sur l’exploitation et la maintenance des infrastructures.

Des raccordements pourraient subsister : à l’est, T3 disposera de jonctions de service avec T6 à la gare de Villeurbanne) et T8 (ou le prolongement de T9 et T10, selon le choix final) à La Soie ; à l’ouest, il faudra statuer sur le devenir de celui de Gorge de Loup (vers l’axe Paris – Lyon – Marseille) et de ceux de Lozanne et L’Arbresle (vers l’axe Saint-Germain-au-Mont-d’Or – Saint-Germain-des-Fossés). Celui de L’Arbresle pourrait être utile si le trafic fret des carrières de Courzieu reprenait, nécessitant alors une bulle temporelle pendant le passage de ces trains.

RéseauOuest LyonnaisT3
ExploitantSNCF VoyageursRATP Dev
Autorité OrganisatriceRégionSYTRAL
SécuritéEPSFSTRMTG
Gabarit2,65 m2,40 m
Alimentation1500 V750 V
CirculationGaucheDroite
ExploitationAu signalA vue
SignalisationBALTram
MatérielAlstom DualisAlstom Citadis
Longueur des rames
Compo maxi
42 m
126 m
43 m
43 m
Profil de roueMixteUrbain
Charbonnières-les-Bains – 4 juillet 2023 – Sortie de la gare en direction de L’Arbresle. Le block automatique de voie banalisée est quelque peu luxueux pour une exploitation urbaine au quart d’heure reposant sur l’alternat réguliers des sens de circulation. (Cliché Quai numéro 2)
Vaulx-en-Velin La Soie – 20 janvier 2020 – Plusieurs informations en un cliché. D’abord la signalisation pour tramway, plus simple, et complétée des contrôleurs de passages à niveau (ici pour la sortie de la station d’autobus)… et bien sûr cette communication à 10 km/h qu’emprunte ce Citadis avant de desservir la station. Notez enfin le rattrapage du T3 par le Rhônexpress… (Cliché Quai numéro 2)

Un nouveau matériel roulant

Les évolutions induites par EOLE libèreraient ainsi à la fois les Dualis utilisés à l’ouest et les Citadis utilisés à l’est. La réutilisation de ces derniers sera beaucoup plus facile à définir que celle des premiers. Les caractéristiques du nouveau matériel seraient donc logiquement calquées sur celles de l’infrastructure.

Avec des quais de 130 m de long, l’exploitation serait assurée par 2 rames de 65 m (du moins pour les périodes de forte affluence), aptes à 100 km/h, avec par exemple 5 caisses disposant de 2 doubles portes par face, conciliant une bonne performance des échanges en station et la préservation d’une capacité assise suffisante pour les longs trajets. Il faudra par exemple dissocier les espaces plutôt urbains de ceux destinés plutôt aux longs trajets.

Alstom a remporté en novembre 2020 un marché pour la fourniture à Cologne de tramways de 60 m comprenant 10 portes et plus de 100 places assises, afin de remplacer les K4000 de 30 m circulant en unité multiple. Un projet qui peut inspirer la conception du matériel EOLE. (Illustration : Alstom)

L’exploitation complète nécessiterait 60 à 70 rames, disposant d’environ 420 à 450 places chacune, contre 240 places (dont 100 assises) pour un Dualis de 42 m et 287 places (dont 71 assises) pour un Citadis de 43 m. Avec jusqu’à 900 places par convoi, le problème de congestion de T3 serait résolu et la capacité du tronçon central bien supérieure aux cogitations sur un hypothétique métro trop urbain, avec au moins 14 000 places par heure : c’est 50 % de plus que l’actuelle ligne D du métro !

Ces rames devront disposer d’un profil de roue mixte, le rail sur T3 étant de type urbain avec table de roulement plate, alors que celles de l’Ouest Lyonnais sont classiquement ferroviaires, avec table de roulement légèrement inclinée.

Il faudra aussi évaluer la compatibilité de l’atelier de Meyzieu pour des rames de 65 m qu’il faudra dédier à EOLE, et donc reconstituer une capacité pour les autres lignes de tramway. Peut-être faudra-t-il le compléter par du remisage, notamment sur l’antenne de Crémieu. L’actuel atelier Rhônexpress pourrait être reconverti pour la maintenance des infrastructures, sa configuration le rendant incompatible avec un matériel de grande longueur et il est en outre conçu au plus juste pour un micro-parc de 6 rames. La réponse est moins évidente à L’Arbresle, qui pourrait alors être lui aussi reconverti pour la maintenance des infrastructures et le remisage du matériel. Un nouvel atelier pourrait être créé, soit à Lozanne, soit au sud de la gare de Brignais, à Vourles, impliquant la réactivation d’une partie de la section Brignais – Givors. Le tour en fosse de L’Arbresle pourrait être récupéré pour être installé dans le nouvel atelier.

Intermodalité : un puissant effet levier à l’ouest

Le prolongement des lignes de l’Ouest Lyonnais directement au cœur de Lyon réduirait sensiblement les temps de parcours en supprimant des correspondances sur des lignes de métro déjà bien chargées. EOLE aurait donc un double effet : proposer des solutions plus performantes et plus commodes, et délester les sections les plus chargées du métro, notamment Gorge de Loup – Saxe-Gambetta (ligne D) et Saxe-Gambetta – Part-Dieu ( ligne B) Un trajet entre Tassin et la Part-Dieu ne prendrait plus que 15 minutes contre 25 minutes. Décines serait à 30 minutes de Gorge de Loup contre 38 minutes au mieux actuellement.

Le transfert de propriété à l’ouest et une intégration de la section Meyzieu – Crémieu dans la tarification zonale du SYTRAL une vaste recomposition de la desserte par bus, qui aujourd’hui privilégie un accès direct au métro D à Gorge de Loup, ne tirant donc pas profit de ce réseau ferré. Avec EOLE et la création d’une liaison directe depuis l’ouest de la Métropole vers la Part-Dieu, il serait possible de rabattre une partie des lignes de bus, tout en restant dans un schéma à une seule correspondance pour rejoindre la presqu’île et la Part-Dieu. Les stations de Charbonnières Lycée, d’Alaï (avec l’arrivée du tramway TEOL), de Brignais et de la Demi-Lune pourraient changer d’envergure. La restauration d’une station à Limonest pourrait aussi créer un pôle multimodal proche de la voie rapide M6, accessible par l’échangeur de Dardilly.

Lyon – Gorge de Loup – 17 décembre 2018 – De nombreuses lignes de bus de la banlieue ouest viennent donner correspondance au métro D, ignorant l’actuel tram-train. Au premier plan, un GX337 sur la ligne 86 vers La Tour-de-Salvagny et un Urbanway articulé sur la ligne 98 vers Marcy-l’Etoile. (Cliché Quai numéro 2)
Tassin-la-Demi-Lune – Place Vauboin – 17 décembre 2018 – La recomposition du réseau de bus pourrait limiter la pénétration des lignes de grande banlieue en les rabattant vers EOLE et en conservant une desserte de proximité notamment pour Tassin, commune où l’arrivée du tram TEOL aura lui aussi des conséquences sur le réseau. (Cliché Quai numéro 2)

Il faut aussi noter que ce projet supprime le tronc commun T3 – T4 – Rhônexpress sur la rue de La Villette, bénéficiant donc à T4 et à la fiabilité de l’exploitation de cette ligne et plus largement d’une partie du réseau lyonnais.

Combien ça coûte ?

Si on prend en référence une estimation actualisée à 1,5 MM€ pour le projet de métro E entre Bellecour et Alaï et un tunnel à réaliser plus court de 2 km, il n’y a guère de risque de dépasser ce montant à réaliser EOLE et les 3 lignes de tramways du plateau Ouest pour la desserte du 5ème arrondissement… d’autant qu’il faudrait réviser la comparaison en intégrant le coût du scénario d’un métro E amorcé non plus à Bellecour mais à la Part-Dieu.


24 octobre 2025