A géographie particulière, solutions particulières. Gênes n’en manque pas : au-delà des solutions conventionnelles de desserte par transports publics, la ville a développé de longue date des infrastructures adaptées à cette topographie si complexe, avec une ligne à crémaillère, une à voie métrique, 2 funiculaires et 2 ascenseurs publics.
La crémaillère de Granarolo
Construite à partir de 1898 et mise en service le 1er janvier 1901 pour rentabiliser les projets immobiliers sur la colline, cette ligne de 1130 m affronte une pente de 16 à 24 % pour un dénivelé de 194 m. Equipée d’une crémaillère type Riggenbach jusqu’en 2012, elle a été remplacée par un équipement Von Roll, mais demeure alimentée en 550 V. Le matériel est quasiment d’origine, reconstruit à l’identique en 1992. Son exploitation était d’abord indépendante avant d’être assurée par la compagnie des autobus en 1934 puis à l’Unione Itialiana di Tranvie Elettrici l’année suivante, jusqu’à la création de la régie municipale, l’AMT, en 1964.




Au-delà de son côté un brin folklorique avec sa conduite toujours à 2 agents, de son démarrage les portes encore entrouvertes et de l’ambiance chaleureuse, puisque le personnel et les utilisateurs se connaissent manifestement bien, ce qui pourrait être le « métro de Granarolo » est aussi un objet touristique, pour lui-même d’abord, car avec une vitesse de pointe de 7 km/h et un service toutes les 20 minutes, la montée des escaliers n’est pas forcément un mauvais plan. Néanmoins, arrivé au sommet, outre la découverte d’un petit quartier à l’ambiance de village autour de son église, plusieurs chemins de promenade ou de randonnée selon leur sévérité sont possibles : l’occasion de s’échapper de l’ambiance du centre-ville et de profiter du coup d’œil sur le golfe de Gênes.
La ligne à voie métrique Gênes – Casella
Elle est malheureusement très isolée du reste du réseau, au départ de la Piazza Manin, à 800 m au nord de la gare de Brignole. C’est plus qu’un service urbain : 24 km, avec un parcours sinueux dans les collines, à voie métrique et électrifié en 3000 V. Décidée en 1908 mais retardée par la première guerre mondiale, elle n’ouvrait que le 1er septembre 1929. Reprise par la collectivité en 1949, elle était en travaux lors de notre voyage. La modernisation du matériel roulant passe par la récupération des automotrices des Centovalli Locarno – Domodossola, initialement alimentées en 1200 V continu, et qui vont être modifiées pour capter le 3000 V. Ce sera pour une prochaine fois, car le parcours ne manque pas d’attrait.
Des funiculaires de quartier
Restons dans les modes de transport assez courants malgré tout avec les 2 funiculaires de la ville, participant à la desserte de quartiers escarpés.
Le plus ancien funiculaire génois est celui de Sant’Anna, mis en service en 1891. Long de 370 m, avec une voie à l’écartement peu courant de 1,20 m, il compense un dénivelé modeste de 54 m à une vitesse de 4 m/s. Il était initialement à contrepoids d’eau, jusqu’en 1978, avant d’être modernisé avec une motorisation électrique en 1980. Victime d’un incendie en fin d’année 1989, il a été remis en service en 1992.
La ligne Zecca – Righi, est établi à voie métrique. Longue de 1428 m, elle rattrape un dénivelé de 279 m, avec une pente maximale de 35 %. Les cabines progressent à la vitesse de 6 m / s, soit un trajet en 12 minutes. C’est une ligne à la desserte déséquilibrée avec 7 arrêts intermédiaires dont le point de croisement : il y a 2 arrêts commerciaux sur la partie haute pour un seul en partie basse, d’où des arrêts se service.
A peine plus récent car mis en service en 2 étapes en 1895 pour la partie haute (à l’air libre) et 1897 pour la partie basse (en tunnel), le funiculaire Zecca – Righi n’a connu que 3 années d’interruption pendant la guerre, entre 1942 et 1945. L’exploitation est assurée par 2 rames à 2 caisses chacune d’une capacité de 156 places, mises en service en 1990 : c’est la 3ème génération de matériel. Contrairement à celui de Sant’Anna, il repose sur une voie métrique.
Ces deux lignes supportent un trafic assez important, autour de 3000 voyageurs par jour, avec un usage assez différent : celui de Sant’Anna est d’abord une liaison de quartier, très courte, alors que celui de Righi, propose en plus aussi un accès aux hauteurs de Sant’Antonino, moins urbanisées.


Les ascenseurs de Balbi et du Casteletto
C’est le clou du spectacle. L’ascenseur de la via Balbi, situé près de la gare Piazza Principe, est un incontournable génois. Créé en 1929 pour l’accès au château D’Albertis, il était initialement accessible au moyen d’un tunnel piéton de 300 m. Rénové et rendu plus rapide en 1963-1965 puis intégré au système tarifaire de l’AMT en 1976, il a été arrêté en 1995 en raison de l’âge des cabines. En 2004, un nouveau système a supprimé cette contrainte avec une première section à plat avec une traction funiculaire sur rails, avec un écartement de 85 cm adapté à la taille des cabines d’une capacité de 23 passagers. A l’issue de ce parcours, elles pénètrent dans la colonne verticale et sont prises en charge par un ascenseur pour s’élever de 72 m.

L’ascenseur de Castelletto avec son style Art Nouveau, avec son dénivelé de 57 m, est accessible depuis la piazza del Portello, en rez-de-chaussée d’un immeuble, en face de la gare basse du funiculaire de Sant’Anna. L’édicule sommital constitue l’une des images connues de la ville et offre un point de vue plaisant… outre évidemment la commodité d’accès des habitants du quartier à la vieille ville.



25 janvier 2026