Saint-Brieuc : un BHNS pour reconquérir le centre-ville

Une Région dynamique, une ville en dépression

Avec 154 000 habitants dans les 32 communes qui la composent, l’agglomération de Saint-Brieuc est le principal pôle urbain entre Rennes et Brest.

Ce n’est pas une ville littorale, puisqu’elle surplombe le port du Légué et sa baie sur la Manche. Sa topographie escarpée lui vaut de nombreux ouvrages d’art, dont ceux des anciens Chemins de Fer des Côtes-du-Nord (y compris l’ancienne gare, à l’écart de celle de l’Ouest, mais aussi du centre-ville), reliant les différents quartiers et communes. La voie rapide contourne la ville par le nord, surplombant le port du Légué.

Saint-Brieuc cherche de longue date comment réhabiliter son centre-ville, en déclin démographique et commercial : en 2024, un quart des boutiques étaient vides. C’est mieux qu’en 2017, quand le taux avait dépassé 32 %.

Entre les zones commerciales périphériques, une périurbanisation de la population, l’évolution structurelle du commerce, pas nécessairement compatible avec les petites boutiques du bâti historique, le tarif des fonds et l’explosion du commerce en ligne, la situation est complexe et assez peu courante pour une agglomération de cette taille, du moins par son ampleur. La galerie commerciale centrale, entre la gare et le centre historique, a été rénovée et semble désormais jouer un rôle prépondérant dans la stratégie. Cependant, si les grandes zones commerciales fonctionnent moins bien qu’il y a une vingtaine d’années, elles conservent durablement certains atouts… même si leurs accès peuvent être parfois encombrés.

Saint-Brieuc – 17 août 2024 – Site propre pour les autobus, circulation rationalisée et centre commercial réhabilité en entrée de la ville ancienne. (Cliché Quai numéro 2)

Situation comparable concernant l’habitat, avec une vacance importante de logements, un problème d’état du bâti, qui se traduit par une chute des prix du marché et alimente à la fois une perception négative de l’image de la ville et la faible chalandise des commerces. La municipalité a lancé une stratégie de reconquête de ce bâti, y compris par des expropriations, pour réhabiliter ces immeubles afin de proposer des logements – et des fonds de commerces – adaptés aux besoins actuels. Elle suscite des critiques, mais d’autres exemples en France (comme Uzès, ville pionnière dès 1962) montrent d’une part que l’impact d’une telle politique se mesure au moins à l’échelle d’une ou deux décennies, et qu’elle peut changer radicalement l’image et l’attractivité de la ville.

La contribution des transports publics

Dans ce contexte, l’amélioration du réseau de transports en commun peut participer à la réappropriation du centre-ville et au développement de sa chalandise. Cependant, il ne faut pas surestimer son pouvoir et l’intégrer à un nouvel urbanisme global, œuvre de longue haleine. D’autres projets ont été engagés, comme la transformation de la place de la Résistance, jusqu’alors vaste parking de surface.

Créés en 1949, les Transports Urbains Briochins (TUB), gérés en Société Publique Locale, proposent 4 réseaux : celui de la semaine, celui des petits matins (4 lignes), celui de soirée (4 lignes de 20h30 à 0h30 en fin de semaine) et celui des dimanches et fêtes (3 lignes). Sa fréquentation est en forte hausse avec quasiment 7 millions de voyageurs en 2024, malgré cette complexité apparente. Du lundi au samedi, le réseau repose d’abord sur 5 lignes principales (A, B, C, D, E). Ces lignes utilisent tout ou partie des 8 km d’aménagements, avec site propre, couloirs réservés, voies d’approche aux carrefours et priorité aux carrefours, soit un investissement de 51 M€. Ce regain d’attractivité semble largement contribuer à la croissance de la fréquentation.

Pour une agglomération de cette taille, il s’agit d’une réalisation encore relativement rare, surtout sur une telle longueur : sans fioritures, le site propre intègre évidemment la gare, réaménagée pour un accès direct aux lignes urbaines et régionales, et dotée d’une passerelle rejoignant le parking situé au sud des voies ferrées. Il a aussi pour vocation de matérialiser l’intégration de la gare aux opérations de revitalisation du centre-ville, tout en assurant sa fonction première d’amélioration de l’exploitation du réseau de transports en commun.

Saint-Brieuc – Place François Mitterrand – 16 août 2024 – Le parvis de la gare est aménagé pour accueillir le BHNS et les terminus d’autocars régionaux. Ici avec l’un des nouveaux Urbanway de la ligne A. (Cliché Quai numéro 2)
Même endroit – même jour – La ligne 1 Saint-Brieuc – Paimpol est l’une des descendantes des Chemins de fer des Côtes du Nord. Elle complète la desserte ferroviaire subsistante Guingamp – Paimpol. (Cliché Quai numéro 2)
Saint-Brieuc – Place du 8 mai 1945 – 17 août 2024 – Franchissement du carrefour par le centre du rond-point, avec site propre et priorité aux carrefours. (Cliché Quai numéro 2)
Saint-Brieuc – Rue du Légué – 17 août 2024 – La ligne D assure la desserte avec le port. Ce Citaro remonte vers le centre-ville surplombant l’estuaire du Gouët. (Cliché Quai numéro 2)

La ligne A dispose du service le plus consistant avec un intervalle de 10 minutes sur la partie centrale entre le parc-relais Avenir et le centre commercial Les Villages. Les autres sont cadencées aux 20 ou 30 minutes en semaine et le samedi.

La desserte du dimanche reste toutefois encore très faible, tant par la couverture du territoire que la consistance du service. Pour seul exemple, les plages de Plérin sont oubliées : seul moyen d’accéder à la côte, l’utilisation de la ligne régionale Saint-Brieuc – Paimpol, passant par Saint-Quay-Portrieux, dans l’agglomération.

Saint-Quay-Portrieux – Rue Paul de Foucauld – 18 août 2024 – Pour rejoindre Paimpol, la ligne 1 du réseau Breizhgo Côtes d’Armor passe par cette cité balnéaire intégrée au périmètre de l’agglomération : le trajet s’effectue donc avec un ticket urbain. (Cliché Quai numéro 2)
Saint-Brieuc – 17 août 2024 – L’ancienne gare du réseau des Côtes du Nord, dessinée par Louis Harel de la Noë, a été d’abord une gare routière puis un restaurant universitaire. Inutilisée depuis 2021, elle pourrait être transformée en lieu de restauration et de culture. (Cliché Quai numéro 2)

Or les services en journée et le week-end peuvent participer significativement à cette nouvelle dynamique, couplée à des mesures réduisant le rôle de la voiture particulière. La simplification du réseau et le développement de la desserte dominicale pourraient constituer des actions relativement simples et rapides à mettre en place, pour alimenter cette démarche de renouveau briochin.


3 octobre 2025