Des performances assez voisines
On pourrait résumer ce chapitre par le fait que la plupart des versions électriques de ces automotrices proposent généralement une puissance massique de bon niveau, entre 13 et 15 kW / t pour les rames courtes. Les versions longues, d’au moins 110 m de long, sont un peu moins motorisées, autour de 10 kW / t. Les ICNG en version 8 caisses des NS sont à un niveau intermédiaire, avec 11,7 kW / t du fait d’une puissance renforcée compte tenu de l’aptitude à 200 km//h : leur puissance horaire atteint 3390 kW, tandis que la plupart des configurations courtes à 2 bogies moteurs fonctionnent avec 2000 kW en général.
En revanche, les Coradia Continental tranchent du fait d’une motorisation accrue avec une puissance de 2880 kW en version 4 caisses, amenant à une puissance massique nettement plus élevée, autour de 20,5 kW, procurant à ces rames des accélérations et freinage très énergiques pour des marches tendues. C’est notamment le cas des ET440 en Allemagne.
Vu du voyageur
La comparaison n’est pas aisée car les matériels sont assez différents y compris sur des critères assez déterminants. Les Coradia Polyvalent, tels les Régiolis français présentent un compromis assez abouti en matière d’aménagement pour une automotrice à plancher surbaissé. S’il y a évidemment quelques réserves à formuler, il faut tout de même noter préalablement que le matériel français propose d’abord une surface vitrée assez importante, procurant une bonne luminosité et une vue sur l’extérieure assez large.
Ce n’est pas le cas d’autres matériels, notamment la version Continental, aux baies de taille réduite, de la version Meridian avec de nombreuses places borgnes, ou de la version Stream, dont certaines configurations sont assez atteintes par la « trumite aiguë », avec de surcroît des montants plus épais, peut-être liés à la structure de caisse de longueur accrue.
Les aménagements français proposent une proportion plus élevée de places assises avec des tablettes individuelles, facilitant un usage diversifié du temps passé dans le train. C’est un équipement souvent absent dans les autres pays ou réduit à sa plus simple expression, incompatible avec l’usage d’un ordinateur portable, quand certains choix d’aménagements, notamment en Italie et surtout en Allemagne tendent à se rapprocher des autocars scolaires. C’est malgré tout la traduction d’une prise en considération – peut-être jugée parfois insuffisante – du voyageur et des possibilités de valorisation du temps passé à bord de ces trains.
Rappelons que le siège est souvent un choix des commanditaires (autorités organisatrices et/ou opérateurs) et il est vrai que les trains régionaux sont de plus en plus caractérisés par la fermeté – sinon la dureté – de leurs assises, voire une certaine promiscuité, avec un pas de siège réduit.
En France, un trajet en Régiolis classique sur plus de 2 voire 3 heures est quand même désagréable (exemple sur Paris – Granville). Pour les Trains d’Equilibre du Territoire, le siège du Coradia Liner a été retravaillé et se révèle plus confortable : il a d’ailleurs été retenu pour les rames bourguignonnes de Paris – Lyon. On pourrait considérer que, hormis pour les rames périurbaines, ce siège devrait être adopté pour les aménagements régionaux classiques. C’est cependant quand même un peu juste pour des trajets nationaux (plus de 4 heures sur Nantes – Bordeaux, plus de 7 heures sur Nantes – Lyon, même si seulement 11 % des voyageurs font le trajet complet).
En version régionale, le siège des autres Coradia est en général d’un niveau de confort assez peu différent. En revanche, la version ICNG hollandaise est assez réussie, avec un siège agréable dans une ambiance assez réussie – malgré une trumite prononcée – et avec un comportement dynamique agréable, même à 200 km/h. Cependant, ces rames sont conçues pour la desserte de quais de 760 mm et non de 550 mm. Il y a donc un peu plus d’espace pour la suspension et la différence de hauteur du plancher au sein de la rame est logiquement réduite, fluidifiant la circulation au sein de la rame.
Le Régiolis français se distingue par le choix de longues rampes de part et d’autre des intercirculations, créant un décalage en négatif pour accéder aux places assises. C’est difficilement compréhensible puisqu’elles sont absentes – car plus courtes et donc plus raides ou remplacées par des marches – dans d’autres versions, notamment sur les Coradia Stream, en comparant évidemment à hauteur de plancher identique (donc pour des quais de 550 mm).







Conclusion
Ce panorama des différentes plateformes d’automotrices régionales ou intervilles principalement à un niveau permet d’illustrer les limites aux considérations souvent entendues sur la quête d’un matériel standard sur étagère, adapté à tous les besoins, disponible plus rapidement et à un coût moins élevé, en s’affranchissant des spécifications particulières des exploitants. S’il y a parfois quelques excès dans certaines spécifications, le matériel ferroviaire européen universel reste une vue de l’esprit, et la stratégie des plateformes techniques constitue bien un moyen de rationaliser – peut-être encore insuffisamment – la réponse à des fonctionnalités malgré tout assez variées.
7 juin 2026