Trois axes en grande souffrance
En tête des urgences, Nantes – Lyon, Nantes – Bordeaux et Paris – Belfort avaient ceci de commun qu’ils nécessitaient encore la traction thermique, les itinéraires empruntés n’étant pas totalement électrifiés. Les BB67400 et CC72100 alors utilisées étaient à bout de souffle, avec un fort impact sur la régularité, mais aussi sur les performances de ces relations.





Seule solution possible dans un délai réduit : utiliser le marché du Régiolis d’Alstom, en développant une nouvelle version aux aménagements intérieurs plus adaptés (ou moins incompatibles, selon les goûts) aux trajets de plus longue durée. Les velléités esthétiques ont engendré quelques crispations, la forme différente du museau des rames posant des problèmes de gabarit.
Ainsi, 19 rames baptisées Coradia Liner, série B85000 bimode à 6 caisses, ont d’abord été acquises pour l’axe Paris – Belfort, alors toujours dans le giron de l’Etat. Elles proposent 267 places, avec un aménagement un peu plus confortable que la version régionale (ce qui n’est pas difficile) cependant un peu consommateur d’espace, surtout en 1ère classe. A l’époque, les Régiolis intervilles de la ligne Paris – Granville disposent de 281 sièges. La différence tient a au nombre accru de toilettes et au local pour l’agent commercial.
Ces 19 rames ont été cédées à la Région Grand Est lors du transfert de compétence de la relation Paris – Belfort. Ensuite, 15 unités ont été réceptionnées à Nantes pour les liaisons vers Bordeaux et Lyon, avec le même aménagement, mais restant dans le giron de l’Etat et de l’activité SNCF Intercités.
Sur ces trois lignes, ces rames bimodes utilisent la traction électrique dès qu’elle est présente, notamment sur Nantes – Lyon où ne manquait plus que le hiatus « des Saint-Germain ». Les performances intrinsèques ont ainsi pu être améliorées, hors problématique d’infrastructure comme sur Nantes – Bordeaux. La gestion des échanges ont aussi profité de l’accès de plain-pied, améliorant l’accessibilité et autorisant une réduction des temps de stationnement.
Evidemment, les aptitudes sont en net progrès, tant par la motorisation répartie que par le classement de ces automoteurs en catégorie III pour le tracé des sillons, autorisant les meilleures vitesses. En revanche, la tenue des moteurs Diesel a donné quelques soucis imposant une maintenance renforcée et des remplacements de constituants en 2025 : les 300 km en mode thermique entre La Roche-sur-Yon et Bordeaux n’avaient pas été prévus à la conception du Régiolis.
Le confort à bord est correct, même si le siège est évidemment plus ferme que dans les voitures Corail. Cependant, le niveau sonore est assez bien maîtrisé, même en traction thermique. Le comportement dynamique est globalement de bon niveau, d’abord par l’abaissement du centre de gravité, et surtout sur des voies en bon état même si, en étant plus proche du rail, on ressent évidemment plus le passage des appareils de voie que dans une voiture avec plancher à 1,20 m,
Les voyageurs bénéficient de plusieurs améliorations : l’accès beaucoup plus facile, les prises de courant et même le Wifi, installé ultérieurement sur les 15 rames nantaises, et des toilettes qui fonctionnent en principe mieux et de conception plus fonctionnelle. On sait cependant que la capacité en eau sur les longs parcours peut être un peu juste…
Cependant, cet effectif s’avère insuffisant pour répondre à une demande en hausse sur ces axes où la circulation en UM2 est devenue impérative… mais non systématique.
SNCF Voyageurs, lauréat du contrat d’exploitation, s’est engagé sur 5 allers-retours Nantes – Bordeaux, 6 en fin de semaine, tout en maintenant 3 rotations Nantes – Lyon. Le parc sera sous forte tension car il faudrait mobiliser au quotidien 14 rames et 15 le vendredi et le dimanche. Le risque est de réduire le nombre de circulations en unité multiple, et de chercher à lisser la fréquentation sur les différents trains par le biais de la réservation. Nous y revenons par la suite.
| Série | Z51500 | B85000 |
| Effectif | 9 TET | 15 TET 24 Grand Est |
| Longueur | 71,8 m | 110 m |
| Composition | VE-VI-VI-VE | VE-VI-VC-VC-VI-VE |
| Longueur VE | 20,53 m | 20,53 m |
| Longueur VI | 19,08 m | 19,08 m |
| Longueur VC | – | 15,38 m |
| Largeur | 2,85 m | 2,85 m |
| Hauteur | 4,29 m | 4,29 m |
| Hauteur d’accès | 600 mm | 600 mm |
| Motorisation électrique | 1800 kW | 2700 kW |
| Motorisation thermique | – | 2038 kW |
| Alimentation électrique | 1500 V – 25 000 V | 1500 V – 25 000 V |
| Masse à vide | 128 t | 223 t |
| Puissance massique électrique | 14,06 kW / t | 13,47 kW / t |
| Puissance massique thermique | – | 11,66 kW / t |
| Vitesse maxi | 160 km/h | 160 km/h |
| Diamètre des roues | 840 mm | 840 mm |
| Accélération 0-50 km/h électrique | 0,95 m/s² | 0,88 m/s² |
| Accélération 0-50 km/h thermique | – | 0,57 m/s² |
| Places assises | 173 | 267 + 6 strapontins |
| Nombre de portes | 4 | 6 |
| Largeur de porte | 1,30 m | 1,30 m |
Enfin, après la régionalisation de Paris – Belfort la Région Grand Est a commandé 15 rames type B85000 pour compléter le parc de cette ligne et équiper une partie des dessertes de la vallée de la Marne.
Le cas particulier de Toulouse – Bayonne

Finalement maintenue – du moins jusqu’en 2031 – dans le giron de l’Etat, la transversale pyrénéenne avait aussi besoin de sang neuf pour succéder aux courtes rames Corail emmenées par des BB9300 puis des BB7200. Contrairement aux axes précédents, pas besoin de motorisation thermique puisque le parcours est intégralement électrifié. Aussi, la version électrique du Régiolis s’imposait. Le choix d’une version 4 caisses, avec seulement 173 places en aménagement TET, résultait de la nécessaire compatibilité avec les installations de maintenance des Régiolis d’Occitanie pour éluder le coût d’un atelier de maintenance distinct, difficilement justifiable pour un parc de seulement 9 unités. Cependant, la croissance de la fréquentation pose ici aussi quelques difficultés notamment en fin de semaine.
Ajoutons aussi que la Région a obtenu pour la liaison Clermont-Ferrand – Nîmes que 3 Régiolis disposent aussi de l’aménagement intérieur type TET.
Des versions hybrides : des « RégioLiner » ?
Il ne s’agit pas de motorisation, mais de configuration d’aménagement intérieur. La Région Occitanie a obtenu que les 3 rames Régiolis bimodes destinées à la liaison Clermont-Ferrand – Nîmes soit aménagées comme leurs cousines électriques de Toulouse – Bayonne, eu égard à la durée du trajet.
En Hauts-de-France, toujours au titre de la régionalisation des TET du Bassin Parisien, 10 rames à 6 caisses ont été commandées pour la relation Paris – Calais, nécessitant une motorisation bimode du fait du hiatus malheureusement non électrifié – le projet a été interrompu pour d’étranges raisons – entre Amiens et Rang-du-Fliers. Il s’agit de Régiolis série B84500, avec aménagement intérieur reprenant le configuration de seconde classe des rames TET.

Un parc national sous tension ?
Avec seulement 15 rames, la création d’un troisième aller-retour sur Nantes – Lyon et d’un quatrième sur Nantes – Bordeaux a accru la sollicitation du parc de B85000 des TET. La nouveau contrat d’exploitation, remporté par SNCF Voyageurs, prévoit un cinquième Nantes – Bordeaux quotidien et un sixième en pointe hebdomadaire : l’exploitation des 15 rames sera donc encore plus tendue et la création d’une nouvelle rotation Nantes – Lyon est pour l’instant impossible. On pourrait penser qu’il suffirait de commander des rames supplémentaires – à condition que l’Etat dispose du budget en conséquence – puisque le marché Régiolis est toujours ouvert. Des questions administratives liées au certificat de sécurité contrarieraient ce scénario du fait de différences techniques, à commencer par des évolutions réglementaires, comme le pré-équipement ETCS.
Il n’y aurait donc pour seule possibilité, très théorique, qu’un accord entre l’Etat et la Région Grand Est, plutôt dans le sens d’une cession de rames existantes de la Région vers l’Etat, compensé moyennant transaction financière dans le cadre du renouvellement des voitures Corail utilisées sur Paris – Vallée de la Marne – Strasbourg et Strasbourg – Bâle.
2 avril 2025 – Actualisation 27 avril 2026