Berlin – Hambourg à bord de Flixtrain

Pour la modique somme de 7,98 €, voici un voyage qui ménage les bourses, mais riche en enseignements sur un marché qui reste encore de niche dans l’économie ferroviaire, malgré plusieurs développements dans différents pays européens.

Flixtrain s’est installé dans le paysage des grandes lignes en Allemagne, avec des trains voyants avec leur livrée verte, qui, s’ils restent encore peu nombreux, ont déjà acquis une certaine notoriété. L’entreprise avait créé la surprise en 2019 en annonçant ses projets de développement en France, avec 7 Paris – Bruxelles, 5 Paris – Lyon, 2 Paris – Bordeaux, 2 Paris – Toulouse et un Paris – Nice de nuit. Cependant, le coût d’accès au réseau, sa disponibilité et la difficulté à trouver du matériel en nombre suffisant apte à circuler en France avait conduit Flixtrain à renoncer à ces perspectives dès 2020, outre les effets de la pandémie.

Il ne s’agit pas d’une compagnie ferroviaire : Flixtrain est une plateforme de voyage qui contractualise des prestations avec des opérateurs assurant la production des circulations et la fourniture du matériel roulant, intégralement loué.

Flixtrain commercialise 4 lignes au travers de l’Allemagne en 2024, complétées par des accords tarifaires locaux afin de faciliter les trajets de bout en bout, autour des principales villes desservies. Le socle du service proposé repose sur :

  • 3 Leipzig – Berlin – Hambourg
  • 3 Berlin – Cologne
  • 2 Berlin – Stuttgart
  • 2 Francfort – Stuttgart
  • 2 Cologne – Hambourg

Il existe des variantes, notamment en fin de semaine, avec des extensions, par exemple jusqu’à Bâle.

Le positionnement est assez simple : limiter les coûts de production pour proposer des tarifs les plus bas possibles. La vente des billets s’effectue en ligne uniquement, le personnel est en nombre limité dans les trains et la rotation du matériel roulant est maximisé. Du low-cost classique.

Expérience à bord de la liaison du soir Leipzig – Berlin – Hambourg, sur le parcours Berlin – Hambourg, quelque peu bousculé par les travaux sur la ligne directe : la relation était déviée par la ligne de Hanovre jusqu’à Stendal, puis remontait par Uelzen et Lüneburg.

Des voitures recyclées et rénovées

Flixtrain a beau avoir l’étiquette « low cost », ce n’est pas un train « low speed » : les voitures UIC type Z, datant du début des années 1970, sont aptes à 200 km/h. Si elles ne sont donc pas de première jeunesse, ces voitures ont été entièrement rénovées chez Talbot Services à Aix-la-Chapelle, pour un budget « low price » de 100 M€ pour 135 voitures.

Trois photos de l’intérieur des voitures Flixtrain au cours de ce voyage le 26 septembre 2024. L’ergonomie du siège est assez réussie mais il ne faut quand même pas être trop grand. (Clichés Quai numéro 2)

L’intérieur a été complètement transformé : jadis à compartiments, elles sont désormais aménagées avec un couloir central desservant 96 places assises selon un diagramme 2+2 majoritairement en file.

Les voitures disposent d’un habillage intérieur et de sièges neufs : certes assez raide (comme tous les sièges en Allemagne), il est très bien dessiné et la têtière assure un excellent maintien pour qui veut s’assoupir. Sa minceur procure un espace entre les jambes malgré tout limité, surtout si vous mesurez plus de 1,85 m.

Les voitures sont dotées de prises électriques (une pour 2 sièges) et du wifi. L’éclairage est basique, mais efficace. En revanche, pas de climatisation pour limiter le coût de rénovation : les baies ouvrantes ont été conservées. Les caisses ont été complètement rénovées, reposant sur des bogies Minden-Deutz de bonne tenue, même à 200 km/h.

En revanche, elles ont gardé évidemment leur plancher très haut avec 3 marches intermédiaires, et leurs portes d’origine type Mielich, incommodes. De ce fait, l’accès aux places n’est pas très rapide. L’horaire est ambitieux, prévoyant 3 minutes d’arrêt à Berlin Hbf : lors de ce voyage, il a duré 6 minutes, les trois quarts du train se vidant de voyageurs Leipzig – Berlin, remplacés par ceux effectuant le trajet Belin – Hambourg. Tous les voyageurs n’étaient pas encore installés quand le train a démarré… promptement.

Hamburg Hbf – 26 septembre 2024 – Assurément, la livrée Flixtrain ne passe pas inaperçue. Les baies ouvrantes et les portes Mielich trahissent l’âge de leur conception. (Cliché Quai numéro 2)
Même jour, même endroit – Les locomotives louées ne sont pas systématiquement aux couleurs de Flixtrain. La 242-532 arbore les couleurs du loueur suédois Hectorrail. (Cliché Quai numéro 2)

Traction : la solution de la location

La traction recourt à la location de locomotives Siemens type Taurus ou Vectron. Au cours de notre voyage, le FLX35 était confié à une Taurus, pour qui 7 voitures ne constituent qu’une formalité. L’horaire étant assez tendu, ses aptitudes ont bien été valorisées : ce n’est pas de la conduite molle, c’est même tout le contraire ! Comprendre : 200 km/h, ce n’est pas 199 km/h.

Berlin Hbf – 9 octobre 2021 – Contraste de générations entre les voitures rénovées mais néanmoins quinquagénaires et la Vectron assurant la traction de ce Berlin – Aix-la-Chapelle, issue de la dernière gamme de Siemens. (Cliché P. Smith)
Haitz – 13 août 2021 – Cette relation Berlin – Stuttgart approche de Francfort. Les 7 voitures sont tractées par une ES64U2, alias Taurus, comptant parmi les locomotives les plus puissantes d’Europe avec 6400 kW. (Cliché Ch. Hofbauer)

Flixtrain tributaire des travaux, bénéficiaire d’un réseau maillé

Ce voyage fut aussi l’occasion de constater que l’interception pour travaux de modernisation profite évidemment du maillage du réseau, mais accroît la sollicitation des itinéraires alternatifs sur lesquels la circulation peut être saccadée. L’arrivée fut cependant quasiment ponctuelle, les arrêts intermédiaires ayant été particulièrement réduits (40 à 60 secondes), confirmant que le marché de Flixtrain concerne essentiellement les liaisons entre grandes villes.

Vers un matériel neuf et à haute vitesse

Le développement des activités de Flixtrain semblait initialement tributaire de la capacité à récupérer des voitures d’occasion, dans un marché proche de la saturation. L’opérateur tchèque Regiojet a fait main basse sur de nombreuses voitures allemandes et autrichiennes, au demeurant plus récentes, s’agissant du type UIC-Z livré essentiellement de 1981 à 1986.

En mai 2025, Flixtrain a dévoilé son projet d’acquisition de 65 rames composées d’une locomotive Siemens Vectron 230 et d’un coupon de 17 voitures Talgo, sur le modèle de l’ICE-L commandé à 79 exemplaires par la DB. Le financement d’une première tranche de 30 compositions serait assuré.

Flixtrain entrerait dans le domaine de la haute vitesse avec des compositions aptes à 230 km/h, au lieu de 200 km/h actuellement, pour gagner quelques minutes sur les lignes nouvelles allemandes, tout en limitant le surcoût d’acquisition du matériel roulant. Flixtrain optimiserait aussi les coûts d’homologation puisque les segments Talgo le seront pour la flotte de la DB tandis que la Vectron 230 repose sur une plateforme déjà largement connue.

Ainsi, Flixtrain se rapproche du modèle des compagnies low-cost aériennes fondées sur une flotte homogène d’avions modernes peu coûteux en exploitation.


13 juin 2025