Breisgau S-Bahn : les ambitions d’un RER

Le Land du Bade-Würtemberg a développé depuis le début des années 2000 un projet Breisgau S-Bahn pour desservir un territoire comptant près de 600 000 habitants, dont 227 000 pour la ville de Freiburg-im-Breisgau. Réputée pour la prise en compte très précoce de l’écologie et de la maîtrise des déplacements automobiles dans sa politique d’urbanisme, la ville dispose d’un excellent réseau de tramways comprenant 5 lignes maillées dans le centre mais aussi dans les faubourgs.

Une étoile sur l’axe magistral de la vallée du Rhin

Lahr – 31 janvier 2014 – Formule classique pour les dessertes régionales sur la Magistrale, avec une BR146 et 4 voitures à 2 niveaux. Une solution basique, mais assurant des performances soutenues sur un axe accueillant plus de 300 trains par jour. (Cliché N. Hoffmann)

Sur le plan ferroviaire, Freiburg est au cœur de l’axe magistral de la vallée du Rhin reliant Karlsruhe à Bâle. Elle est notamment l’origine de la célèbre ligne du Höllental et d’une ligne rejoignant le Rhin à Breisach, qui n’est autre que l’ancienne liaison avec Colmar.

L’axe principal joue un rôle de premier plan en Allemagne mais aussi en Europe, sur le corridor entre les ports d’Anvers et Rotterdam au nord et de Gênes au sud. Le trafic oscille selon les sections entre 250 et 350 trains par jour, avec parfois jusqu’à 200 circulations fret : aucune comparaison n’est possible avec la France sur ce point.

Autour de Freiburg, la desserte voyageurs comprend notamment jusqu’à 4 liaisons Intercity ou Intercity Express par heure et une desserte régionale organisée autour de missions a minima à l’heure voire à la demi-heure. A ce titre, le remplacement sur plusieurs d’entre elles des compositions de 4 voitures à 2 niveaux par des automotrices Siemens Mireo (à un seul niveau) ou Desiro High Capacity (2 voitures à 2 niveaux sur un élément de 4 caisses) entraîne une congestion croissante à bord des trains du fait de la moindre capacité d’emport.

Avant même la mise en œuvre du nouveau réseau, les évolutions de dessertes apportées au début des années 2000 s’étaient traduites par une multiplication du trafic par 5 entre 1999 et 2009, passant de 1,5 à 7,3 millions de voyageurs annuels.

Le projet Breisgau S-Bahn ne s’est pas limité à cet axe nord-sud : il repose aussi sur la modernisation intégrale des lignes faisant le tour du petit massif principalement viticole du Kaiserstuhl et leur diamétralisation avec la ligne du Höllental ainsi que des antennes de l’Elztalbahn et de la Münstertalbahn.

Une S-Bahn et une pluralité d’opérateurs

Le marché ferroviaire régional a été libéré en 1994. Autour de Freiburg, la Kaiserstuhlbahn et la Münstertalbahn avaient été confiées dès 1962 à un opérateur local, SWEG, propriété du Land, pour éviter leur fermeture par la DB. Plus récemment, la SWEG avait créé une filiale avec la VAG, la régie du réseau urbain, pour opérer la Breischerbahn en 1997 et l’Elztalbahn en 2002. A cette occasion, le matériel roulant avait été renouvelé avec l’acquisition de 21 autorails RS1 auprès d’ADTranz. La filiale a été dissoute en 2017, l’exploitation étant directement assuréer par la SWEG.

Koenigschaffausen – 27 décembre 2016 – Les lignes du Kaiserstuhl étaient exploitées par SWEG en utilisant des autorails RS1 série VT650. Pour ce qu’on pourrait qualifier de petites lignes, la voie est dans un état qui susciterait quelques jalousies de l’autre côté du Rhin… (Cliché N. Hoffmann)
Achkarren – 27 décembre 2013 – Livrée SWEG classique pour ce RS1, avec en arrière-plan le vignoble du Kaiserstuhl, lieu convoité des randonneurs adaptes d’un profil facile. (Cliché N. Hoffmann)

Lors du renouvellement des contrats en prélude à la mise en œuvre de la nouvelle S-Bahn, la DB a finalement remporté l’appel d’offres pour le lot est-ouest comprenant les dessertes du Höllental et les maillons sud et est autour du Kaiserstuhl, la SWEG restant opérateur de l’antenne entre Riegel et Breisach, par le nord du massif.

Neustadt – 31 octobre 2016 – Correspondance entre la desserte électrique assurée par une BR143 et 3 voitures à 2 niveaux, venant de Freiburg, et un autorail VT611 prenant la relève en direction de Donaueschlingen puis Ulm. (Cliché Quai numéro 2)

Un projet ambitieux

Les objectifs de desserte

Les ambitions du projet initial sont assez élevées avec une desserte au quart d’heure dans la première couronne et à la demi-heure au-delà. Il a fallu l’adapter à la réalité des financements et de l’avancement des projets d’infrastructure. Ces perspectives sont désormais reportées à horizon 2030, en lien notamment avec l’achèvement de la mise à 4 voies de la ligne de la vallée du Rhin, elle-même guère attendue désormais avant 2032, malgré la volonté d’utiliser pour le service voyageurs l’itinéraire fret évitant le passage par la gare centrale.


11 avril 2025