Pour un tramway Lille – Comines

De l’autre côté de la Lys, un autre monde…

La métropole lilloise comptait 39 gares jusqu’en 2019. Elle en a perdu 6 en décembre 2019 lors de l’arrêt de l’exploitation de l’antenne de La Madeleine à Comines, victime de son mauvais état – on n’y roulait plus qu’à 40 km/h – et d’une desserte en total décalage avec le potentiel de trafic.

Le service était fantomatique avec 4 allers-retours par jour du lundi au vendredi, un cinquième le mercredi midi pour les scolaires, et seulement 2 allers et 3 retours le samedi matin seulement. Aucun service n’était proposé du samedi midi au lundi matin… mais circulait un aller-retour à vide le dimanche pour dérouiller l’aiguille de bifurcation de La Madeleine.

L’exploitation était assurée sous le régime de la navette. Dans l’absolu, il aurait été possible de proposer un cadencement à l’heure, même en navette, même à 40 km/h, compte tenu du temps de parcours entre La Madeleine et Comines.

Cette ligne aurait-elle été la victime du principe considérant qu’il ne sert à rien de rajouter des trains puisqu’il n’y a pas grand-monde dans ceux qui existent ? Il est pourtant évident qu’en milieu urbain, il n’y a pas de grande différence entre le service qui était proposé jusqu’en 2019 et rien ! Mais s’est-on posé la question de la chalandise qu’attirerait une desserte au moins toutes les heures ?

Service du mercredi midi et sa desserte. On note la mention Comines France, pour éviter les confusions avec la ville belge ? (Cliché Quai numéro 2)
Comines (France) – 6 mars 2019 – Est-il besoin de préciser la surcapacité de l’AGC par rapport à la fréquentation réelle ? (Cliché Quai numéro 2)
Wambrechies – 6 mars 2019 – Le tracé de la voie trahit l’existence d’une ancienne voie de croisement. (Cliché Quai numéro 2)
Sainte-Marguerite – 6 mars 2019 – Ciel, un courageux ! La voie comme le quai et son abri sont en piteux état. (Cliché Quai numéro 2)

La ligne de bus 90 du réseau Illevia propose une fréquence de 15 à 30 minutes, et une liaison en une heure (en semaine), alors que le train reliait Lille à Comines en 30 minutes, même à 40 km/h ! C’est dire si le potentiel du train a été négligé.

L’antenne de Comines a aussi été pénalisée par la capacité entre La Madeleine et la gare Lille Flandres, essentiellement accordée aux dessertes vers Armentières, Hazebrouck, Calais et Dunkerque. Il n’était pas possible de proposer un service à la hauteur des enjeux d’une ligne interne à la Métropole. Bref, voici un exemple presque caricatural d’infrastructure sous-utilisée, en dépit d’une densité de population importante et d’un potentiel évident.

De l’autre côté de la Lys, il en est tout autrement : la ville belge de Comines (Komen) dispose de 23 allers-retours par jour dont 19 Poperinge – Anvers, 2 Poperinge – Bruxelles et 2 Poperinge – Courtrai. L’infrastructure est en bon état, à double voie de Courtrain à Comines puis à voie unique au-delà jusqu’à Poperinge, terminus depuis 1972, quand la liaison transfrontalière vers Armentières a été fermée, 9 ans après la fermeture de la liaison Comines – Comines.

Comines (Belgique) – 5 juin 2023 – Entrée de 2 AM96 assurant ce train pour Anvers. Un autre monde ferroviaire. (Cliché Quai numéro 2)
Ypres – 5 juin 2023 – Côté belge, non seulement il y a des trains, mais en plus il y a du monde… (Cliché Quai numéro 2)

La ligne 69 du réseau Infrabel est électrifiée en 3000 V continu, apte à 120 km/h et équipée en ETCS niveau 1 à supervision limitée. « Elle a tout d’une grande » dirait une ancienne publicité automobile…

Un potentiel à valoriser avec un tramway

Aujourd’hui, la section La Madeleine – Comines n’est pas dans les perspectives de la Région, compétente pour les dessertes ferroviaires, pas plus que de la Métropole, puisque la ligne est intégralement sur son territoire.

Compte tenu des projets de développement du réseau de tramways, et notamment avec la création d’une branche vers Wambrechies, il semble possible intégrer, lorsque la Métropole et la Région auront convergé – et on sera tenté d’ajouter qu’au moins l’un des deux ait l’idée – une extension reprenant l’emprise ferroviaire jusqu’à Comines.  

L’antenne pourrait être amorcée soit à Saint-André, au croisement de la rue Sadi Carnot, soit à Marquette au croisement de la rue Félix Faure, avec un transfert de propriété de la section réutilisée à la Métropole. Celle-ci considère toutefois que le potentiel est insuffisant, mais cette analyse semble évacuer quand même un peu promptement cette perspective.

Avec plus de 20 000 habitants pour les seules villes jumelles de Comines, plus de 13 000 véhicules par jour sur la M949 au nord de Wambrechies, il y a forcément matière à développer un service plus consistant qu’une ligne de bus assez peu attractive (34 arrêts entre Lille Flandres et la mairie de Comines). Il ne s’agirait pas d’envoyer tous les tramways jusqu’à Comines, mais de proposer au moins la fréquence de la ligne 90.

Marquette-lez-Lille – 6 mars 2019 – Ce Citelis sur la ligne 90 franchit la voie ferrée à hauteur de la halte de Marquette. (Cliché Quai numéro 2)
Au même endroit, quelques minutes plus tard et en sens opposé, c’est un Citaro articulé qui se présente. (Cliché Quai numéro 2)

Le temps de parcours pourrait être fortement réduit, d’environ 20 minutes, en tirant profit de la section Wambrechies – Comines, qui pourrait être parcourue par un tramway avec un tracé autorisant majoritairement jusqu’à 100 km/h. Cette aptitude ne pourrait être vraiment intéressante qu’entre Wambrechies et Quesnoy-sur-Deûle (plus de 4 km sans arrêt intermédiaire pertinent). Au-delà, les distances entre arrêts entre 1000 et 1200 m limiteraient la vitesse utile à 70 km/h. Dans ce schéma, une station supplémentaire serait nécessaire à Quesnoy-sur-Deûle pour desservir la rive droite de la localité.

Une suggestion à coût modéré : des visites à Aubagne sur le Val’Tram, puis au Havre lorsque le tramway atteindra Montivilliers, pourraient peut-être servir d’exemple de reconversion de lignes ferroviaires en tramway express… et prouver – s’il le fallait – que c’est possible.

Marquette-les-Lille – 6 mars 2019 – Etat des installations, pour le moins minimalistes : la fin est proche… (Cliché Quai numéro 2)
Comines – 6 mars 2019 – Comme sur le cliché ci-contre, la proximité de la ligne a certainement été valorisée par le promoteur… (Cliché Quai numéro 2)

Côté français, cette branche s’ajouterait au sous-ensemble lillois des nouvelles lignes de tramway. Qu’elles soient établies à voie métrique – pour une future connexion avec le réseau existant – ou à voie normale comme l’était l’ancien réseau urbain lillois, la liaison par tramway vers Comines pourrait être un argument de plus pour ajouter une section au projet, sur le boulevard de la Liberté notamment, améliorant la desserte du centre de Lille, plus efficace que le tracé aujourd’hui prévu par le boulevard Maurice Schumann et la gare Lille Europe.

Il serait théoriquement encore plus intéressant de rejoindre la gare belge de Comines, avec un nouveau pont sur la Lys, pour restaurer un maillage avec les autres localités de part et d’autre de la rivière. Le tracé passait à l’est du centre de la commune française et de sa jumelle belge (pas de jalousie), sauf à envisager un tracé en voie unique très urbain, devant composer avec les marchés forains et le remplacement de l’actuel ouvrage unissant les deux villes. Une telle perspective impliquerait en plus un accord franco-belge, avec la Région Wallonie et la Province du Hainaut. Assurément pour une seconde phase !


26 juillet 2025