Léman Express : infrastructures et exploitation

Un tunnel entre Genève et Annemasse

C’est le cœur du RER genevois : la liaison Genève Cornavin – Annemasse, longue de 16 km dont 14 en Suisse, est majoritairement souterraine, entre Lancy Pont-Rouge et l’arrivée à Annemasse.

Ce tunnel, établi au gabarit suisse (autorisant des rames de 4,60 m de haut contre 4,32 m en France), dessert 4 gares nouvelles, outre les gares existantes et en surface de Genève Cornavin, Lancy Pont Rouge et d’Annemasse :

  • Lancy – Bachet, près du stade ;
  • Champel – Hôpital, station souterraine desservant les habitations du plateau de Champel et l’important hôpital genevois ;
  • Eaux-Vives, entièrement transformée et enterrée ;
  • Chêne-Bourg, consacrant la réouverture – toujours en tunnel – de cette station jusqu’alors fermée.

Trop proche d’Annemasse, l’ancienne halte d’Ambilly n’a pas été intégrée au projet. Ainsi, 120 000 personnes habitent – ou habiteront – à moins de 500 m d’une gare desservies par le tronçon central de ce RER.

Dans ce tunnel, les CFF ont retenu une circulation à droite, alors que les trains roulent à gauche en Suisse : cette exception simplifie la gestion du trafic à l’entrée sud de la gare de Cornavin, évitant le cisaillement des flux entre le RER et les liaisons vers l’aéroport et Bellegarde.

CEVA et les infrastructures ferroviaires existantes

Outre la création du tunnel Lancy – Annemasse, CEVA emporte plusieurs développements sur les infrastructures existantes.

La section Genève – Coppet a été mise à 3 voies, l’exploitation du RER étant assurée sur une voie unique avec croisement en gare : mis en service en juin 2018, les évitements de Mies et Chambésy ont permis d’amorcer la desserte avec une cadence au quart d’heure entre Coppet et Lancy.

Le percement du tunnel a été achevé en juin 2017, imposant un calendrier serré pour l’équipement des ouvrages et les essais, tant des infrastructures que du matériel roulant. Alimenté en 15 kV suisse, il est équipé du niveau 1 ERTMS à supervision limité et apte à 100 km/h.

Côté français, le projet de desserte atteint Evian, Saint-Gervais et Annecy, cette dernière donnant une dimension interurbaine au projet de RER.

Aussi, la gare d’Annemasse a été complètement remaniée, ne serait-ce que pour disposer de voies alimentées en 15 kV suisse au milieu d’installations en 25 kV français, pour les dessertes faisant terminus à Annemasse. L’arrivée étant en forte rampe, la section de séparation est dynamique (comme sur les RER parisiens) pour maintenir la possibilité de tractionner en partie pendant le passage sous la zone neutre par les pantographes déjà situées au-delà.

Néanmoins, l’émergence du tunnel et le schéma d’exploitation privent la gare d’entrées et sorties à 60 km/h, la vitesse étant limitée à 40 km/h.

Annemasse – 21 décembre 2019 – Arrivant de Coppet, ce Flirt vient de sortir du tunnel : la signalisation indique la transition entre les équipements français et suisses dès la sortie des quais. Les contraintes du site ont limité la vitesse à 40 km/h dans cette zone. (Cliché Quai numéro 2)
Genève Champel – 21 décembre 2019 – Evidemment, la part suisse de matériel roulant est constituée de Flirt série 522. La décoration des stations souterraines est très simple, mais lumineuse. Les quais sont prévus pour des évolutions de composition en UM3. (Cliché Quai numéro 2)
Chambésy – 6 février 2020 – Un Régiolis série Z 31500 sur la troisième voie dédiée au RER, les trains se croisant en gare dans une organisation de l’exploitation au cordeau, dans une trame au quart d’heure. (Cliché S. Meillasson)

Le coût du projet d’infrastructure) atteint 1,8 milliards € dont 86% payés par la Suisse (Canton de Genève et Confédération helvétique), soit 1,566 milliards €, et 234 millions € par la France dans un montage associant la Région Rhône-Alpes, l’Etat, le Département de Haute-Savoie et les agglomérations d’Annemasse et du Chablais.

Marignier – 7 juin 2014 – La modernisation de la ligne de la vallée de l’Arve est la prochaine étape de Léman Express, pour répondre aux flux importants vers l’agglomération genevoise et accroître la desserte. (Cliché Quai numéro 2)

Au-delà, les conditions de financement de la modernisation de la partie française ont conduit à différer l’automatisation de la signalisation sur la branche de la vallée de l’Arve. Le block manuel de voie unique entre La Roche-sur-Foron et Sallanches sera ainsi remplacé d’ici la fin des années 2020 par un block automatique numérique NExT Regio, ultérieurement migrable sous ERTMS. Cette opération emporte la modernisation du block automatique existant entre Sallanches et Saint-Gervais, avec télécommande de l’ensemble et amélioration des modalités de croisement pour réduire les temps de parcours.

Hormis la section centrale Cornavin – Annemasse, Léman Express ne circule donc que sur des infrastructures à voie unique, adaptée à une exploitation dense. Côté français, les voies accueillent aussi les trains régionaux Bellegarde – Evian et Bellegarde – Saint-Gervais, ainsi que les TGV neige. Il semble aussi question de rétablir les trains de nuit Paris – Saint-Gervais / Bourg-Saint-Maurice.

La desserte Léman Express

Inauguré en décembre 2019, Léman Express est l’appellation commerciale du RER franco-valdo-genevois, opéré par une structure commune CFF (60 %) – SNCF Voyageurs (40 %) dénommée Lémanis.

La desserte assurée de 5 heures à 0h30 repose sur un tronc commun Coppet – Annemasse accueillant 6 trains par heure et par sens dont :

  • 1 RER Coppet – Saint-Gervais toutes les 2 heures ;
  • 1 RER Coppet – Evian chaque heure en base, avec un renfort dans l’heure où ne circula pas la liaison vers Saint-Gervais ;
  • 1 RER Coppet – Genève – Annemasse – Annecy chaque heure ;
  • 1 RER Coppet – Genève – Annemasse chaque heure ;
  • 2 Regio Express Lausanne (voire au-delà) – Annemasse, ne desservant pas les gares de Coppet à Genève et, sur la partie CEVA, s’arrêtant uniquement à Lancy Pont Rouge et Eaux-Vives.

L’horaire 2025 amène des modifications de service, avec l’ajout de trains en heures creuses le samedi vers Annecy et la généralisation du service de nuit sur la partie suisse (existant déjà du vendredi au dimanche) entre Coppet et Chêne-Bourg. Enfin, les Regio Express desservent désormais toutes les gares entre Genève Cornavin et Annemasse.

Evian – 1er mars 2020 – L’élégante halle de la gare rappelle le statut prestigieux d’une ville d’eau et se retrouve le terminus du RER genevois… en attendant l’arrivée du prolongement de la ligne de Saint-Maurice à Saint-Gingolph ? (Cliché Quai numéro 2)

Les dessertes RER sont assurées par 40 rames : il était initialement prévu un parc unique mais différentes considérations et pressions ont abouti à une solution mixte comprenant 21 Flirt fournis par Stadler, retenu sans surprise par les CFF, tandis que côté français, Alstom a livré 19 Régolis, pour un coût total d’environ 450 M€. Ces matériels sont cependant relativement proches : une longueur de 72 à 75 m, accessibles de plain-pied depuis des quais de 550 mm, d’une capacité d’environ 360 places (assis + debout) dont environ 220 assises, mais une différence dans la motorisation (2000 kW pour le Flirt, 1700 kW pour le Régiolis) et le nombre de portes (7 sur le Régiolis mais 8 sur le Flirt).

Les missions Regio Express des CFF sont assurées avec des automotrices à 2 niveaux Kiss, également produites par Stadler.


10 avril 2025