Au cours de la campagne des élections municipales de 2026, plusieurs candidats à la mairie de Paris ont fini par aborder la situation du réseau d’autobus, dont on rappelle qu’il a perdu en 10 ans environ 40 % de sa fréquentation avec une baisse de sa vitesse commerciale dans une proportion similaire : il y a évidemment corrélation, au moins partielle, puisqu’un service moins performant est moins attractif. Quai numéro 2 avait posé une question que certains considèrent provocatrice, mais qui est pourtant dans certains esprits : l’autobus a-t-il encore droit de cité à Paris ?
L’idée de travailler sur 10 à 15 axes principaux a été émise par certains candidats à la mairie de Paris. Prenons-la au pied de la lettre, en commençant par s’interroger les lignes éligibles. Il y a certainement besoin de réorganiser en profondeur le réseau parisien, mais il convient d’abord de dessiner les tendances générales avec l’actuel réseau. Alors, chiche !
Des axes majeurs moins fréquentés
Depuis 2013, les 10 lignes d’autobus les plus fréquentées sont en réalité 15, du fait de la variabilité du trafic. Seules 5 lignes figurent sans discontinuité (2020 et 2021 ayant été neutralisées pour cause de pandémie) dans ce classement : 62 Porte de Saint-Cloud – Porte de France, 26 Gare Saint-Lazare – Nation, 60 Porte de Montmartre – Place Gambetta et 91 Gare Montparnasse – Bastille (terminus jusqu’en 2019) ou Gare du Nord (suite à la refonte du réseau).
Ce qui frappe les esprits au premier coup d’œil, c’est donc la chute considérable du trafic, de 40 à 50 % sur certaines lignes, notamment le 26 Gare Saint-Lazare – Nation et le 95 Porte de Montmartre – Porte de Vanves, qui est même sortie du Top 10.
Parmi ces 15 lignes régulièrement dans le Top 10, 7 sont exploitées avec des véhicules articulés. Leur absence sur la ligne 60, pourtant souvent évoquée, est d’autant plus regrettable qu’il s’agit de la deuxième ligne du réseau par la fréquentation.

La refonte de 2019 : bilan – très ? – mitigé
On peut aussi noter que la restructuration du réseau en avril 2019 n’a pas enrayé la chute. L’effet Covid est aussi passé par là, et si la fréquentation des réseaux ferrés a globalement retrouvé son niveau d’avant 2019 (avec de sérieuses modulations, notamment la moindre utilisation le vendredi et une nette augmentation le week-end), celle des autobus reste encore très en retrait. Ainsi, des lignes étendues transportent moins de monde qu’avant leur modification : malgré son extension de la gare du Nord à la porte de La Chapelle, le 38 a perdu 10 % de fréquentation, ce qui reste peu en comparaison du 91, prolongé de la Bastille à la gare du Nord mais qui accuse pourtant une chute de 42 % !


Des axes majeurs d’abord hors du centre de Paris
Outre la chute du trafic, la principale évolution au travers de ce graphique réside dans une évolution géographique : hormis le 38 Porte de la Chapelle – Porte d’Orléans et le 47 Châtelet – Fort du Kremlin-Bicêtre, les lignes les plus fréquentées sont principalement des rocades dans les arrondissements extérieurs. Les lignes 27 Gare Saint-Lazare – Porte d’Ivry, 80 Mairie du 18ème – Porte de Versailles et 95 Porte de Montmartre – Porte de Vanves sont sorties du classement.
En lien avec cette caractéristique, les lignes les plus chargées empruntent souvent des artères de largeur moyenne qui ne permet pas d’aménager un site propre pour les autobus, sauf à envisager des transformations radicales de l’aménagement urbain, posant d’importants problèmes pour les riverains et la desserte des commerces, pouvant être nombreux sur certaines sections. On pensera évidemment à la ligne 62, qui, à de courtes exceptions, dessert un long quartier commerçant linéaire du pont Mirabeau jusqu’à l’avenue de France. La mise en sens uniques opposés dans le 14ème arrondissement avec couloirs à contresens, n’a pas été prolongée au-delà, alors que cette mesure a plutôt agi favorablement sur la ligne 62. Pour ces lignes de rocade, les aménagements de voirie seront donc partiels. Pour augmenter la vitesse commerciale, il faudra donc compenser par d’autres mesures comme la priorité aux carrefours et un ajustement du nombre et de la position des arrêts.




Autre élément, non négligeable, caractérisant ce Top 10 : hormis les lignes 47 Châtelet – Kremlin-Bicêtre et 54 Porte d’Aubervilliers – Asnières Gabriel Péri, ces lignes ne vont pas au-delà du périphérique. Cela reste encore un défaut du réseau d’autobus, malgré de réelles évolutions au cours des 40 dernières années. Aujourd’hui, 33 lignes parisiennes vont en proche banlieue et 5 lignes de banlieue entrent dans Paris au-delà des portes (102, 132, 163, 216 et 302), si on fait exception des lignes traversant les bois de Vincennes et de Boulogne. Cela reste un axe de progrès pour le réseau, non sans contraintes, car étendre des lignes n’est pas une solution, sauf à rendre leur exploitation plus difficile.
Quels axes structurants pour un nouveau réseau ?
Aussi, la liste des lignes prioritaires à améliorer serait-elle toute trouvée ? Assurément, cette rapide analyse fournit la majorité d’entre elles, mais il faudra la compléter pour intégrer aussi le centre de Paris, où elles auront pour objectif de relancer une fréquentation en chute libre.
Pour la rocade des faubourgs extérieurs :
- 31 Gare de l’Est – Etoile, à prolonger Porte Maillot pour rejoindre T3b, les RER C et E ;
- 60 Hôpital Bichat – Place Gambetta ;
- 26 Gare Saint-Lazare – Nation (assurant aussi une fonction intergares entre les gares Saint-Lazare et du Nord) ;
- 64 Porte des Lilas – Denfert-Rochereau ;
- 62 Porte de France – Porte de Saint-Cloud.
Pour les liaisons entre les gares, au-delà du 26 déjà mentionnée ci-dessus :
- 91 Gare Montparnasse – Terroirs de France via les gares d’Austerlitz, de Lyon et de Bercy : la ligne serait raccourcie et déviée pour intégrer la gare de Bercy et renforcer la desserte aujourd’hui assurée uniquement par le 24, sur une partie de la ligne 14 du métro déjà en limite de capacité ;
- une nouvelle ligne 41 Gare du Nord – Porte de France via celles de l’Est, de Lyon et de Bercy, remplaçant le 91 et épaulant également la ligne 14 du métro pour les mêmes motifs ;
- 95 Hôpital Bichat – Porte de Vanves, inchangée, assurant la liaison entre les gares Saint-Lazare et Montparnasse (via Palais Royal) ;
- Un nouveau reformatage de la ligne 28, réinstallée sur l’axe Gare Saint-Lazare – Gare Montparnasse – Porte d’Orléans, en privilégiant le boulevard des Invalides puis l’avenue Bosquet, et prolongée à la Mairie du 18ème en remplacement du 80.
Pour la desserte centrale :
- Une nouvelle ligne 23 Gare Saint-Lazare – Porte de Reuilly, remplaçant l’actuel 87 entre l’Assemblée Nationale et la porte de Reuilly, par le boulevard Saint-Germain, dont profiterait aussi la ligne 63 Gare de Lyon – Porte de La Muette ;
- 27 Gare Saint-Lazare – Porte d’Ivry, absorbant le 21 sur leur partie commune jusqu’au Luxembourg, donc en passant par Châtelet plutôt que par les quais de Seine ;
- 38 Porte de La Chapelle – Porte d’Orléans ;
- 54 Porte d’Aubervilliers – Asnières Gabriel Péri, avec en variante une réorganisation coordonnée avec les actuelles lignes 20 et 56 pour raccourcir à la gare du Nord une ligne difficile ;
- 72 Gare de Lyon – Parc de Saint-Cloud, dont il faudra évaluer la pertinence et la fiabilité sur la section Châtelet – Gare de Lyon ;
- 76 Châtelet – Montreuil Hôpital, radiale par la rue de Charonne dans un secteur où les lignes de métro (2 et 9 notamment) sont plutôt orientées nord – sud. Elle ne compte pas parmi les plus fréquentées mais intégrer le cercle des lignes principales parisiennes ;
- 92 raccourcie au sud, mais pouvant éventuellement remplacer le 341 pour former une liaison Gare Montparnasse – Porte de Champerret – Clichy Hôpital Beaujon ;
- 96 Gare Montparnasse – Porte des Lilas.







Notre proposition aboutit à 17 lignes, écartant – au moins pour l’instant – la ligne 47 compte tenu de son parcours très similaire à celui de la ligne 7 du métro. Comme évoqué dans la définition des principes de ces lignes qu’on appellera Lignes Pilote pour l’instant par référence au concept développé à partir de 1973, l’unification des itinéraires et la maximisation des voies réservées aura un impact important sur les actuels aménagements de la voirie, ce qui pourrait être non seulement une contrainte quant à l’acceptation par une partie de la population mais aussi quant aux coûts associés. Néanmoins, au regard des 400 millions € perdus par an par Ile-de-France Mobilités, le statu quo, provoquant une régression inédite depuis les années 1960, n’est plus admissible.
Au-delà de cette armature, il faudra compléter évidemment le réseau avec un deuxième niveau de lignes, complétant le maillage et ayant aussi pour rôle de développer les connexions entre Paris et les communes limitrophes, pour estomper l’effet de frontière du boulevard périphérique.
19 février 2026