Le nord-ouest de l’Italie est un territoire au maillage ferroviaire qui demeure encore assez serré : pas moins de 4 itinéraires ferroviaires relient Turin à la côte ligure. Gênes est un nœud de premier plan, à la fois par la taille de l’agglomération et sa position de port d’importance majeure dans l’Europe méditerranéenne nous avons déjà exploré dans un premier dossier autour de Turin.
Axe principal : bientôt une troisième infrastructure
L’itinéraire le plus rapide, et le plus à l’est, passe par Asti puis Alessandria et Novi Ligure. Ce n’est pas forcément le plus facile : de Novi Ligure à Gênes, la première infrastructure réalisée a un profil montagneux avec des courbes serrées et des rampes de 35 ‰, avec donc des vitesses faibles, entre 85 et 110 km/h. Elle avait été doublée au début du 20ème siècle par un itinéraire un peu plus facile, avec plusieurs tunnels limitant les rampes à 17 ‰, constituant aujourd’hui l’itinéraire principal, autorisant des vitesses de 110 à 140 km/h?
Les trains régionaux relient Turin à Gênes en 2h03 avec 7 arrêts intermédiaires, tandis que les meilleures liaisons longue distances effectuent le trajet en 1h41 avec 3 arrêts.
Une troisième ligne est en cours de finalisation (carte ci-dessous), et devrait être livrée pour essais au printemps 2026. Maillon du grand corridor entre les ports de Rotterdam, Anvers et Gênes, cette ligne nouvelle de 53 km en Y constitue le prolongement méditerranéen des Nouvelles Liaisons Ferroviaires Alpines (tunnels du Lötschberg et du Gothard). D’un coût de 6,9 milliards €, elle relie le nord de Gênes à Tortona, avec bretelle vers Novi Ligure. Au cœur de cette infrastructure se situe un tunnel de 27 km : c’est le dernier grand ouvrage depuis la mer du Nord.
Apte à 250 km/h pour les trains de voyageurs, également accessible au fret, avec des rampes maximales de 12,5 ‰, elle sera alimentée en 3 kV continu, mais prédisposée pour une conversion future au 25 kV. Elle procurera un gain de temps de 20 minutes environ pour les trains de voyageurs et donc un parcours plus facile pour le fret à une vitesse de 120 km/h.

Les dessertes régionales sont assurées essentiellement par des Coradia Pop (ETR104). A ce jour, il ne semble pas prévu de créer des liaisons régionales rapides par la ligne nouvelle, malgré le lancement d’une nouvelle version apte à 200 km/h, d’autant que les dessertes régionales desservent 3 gares entre Gênes et Novi Ligure.
Par l’ouest : le choix de Fossano
L’itinéraire le plus à l’ouest dessert Fossano, Cuneo, Limone puis transite par la France via Breil-sur-Roya, pour rejoindre Vintimille. C’est le parcours montagneux avec de nombreux ouvrages dans la haute vallée de la Roya. Quai numéro 2 a déjà abordé cet itinéraire dans son dossier sur les lignes piémontaises (lien en début de page).
Depuis Fossano, le train rejoint aussi Savone, constituant l’itinéraire italien le plus occidental entre Turin et la mer. A double voie jusqu’à Ceva, le parcours est ensuite à voie unique jusqu’à Savone, avec possibilité de croisement à San Giuseppe di Cairo et Cengio. Il est assez montagneux, avec une forte densité d’ouvrages d’art. La vitesse adopte elle aussi un rythme montagnard, plafonnant à seulement 85 km/h.
Cet itinéraire est doublé entre San Giuseppe di Cairo et Savone par la ligne Alessandria – Acqui Terme – Savone, ayant un parcours encore plus difficile, comprenant même une boucle hélicoïdale avant d’atteindre Savone. Dans cette région à la topographie difficile et aux villages épars, le maillage du réseau demeure encore assez intense et plutôt bien utilisé.
Au-delà, entre Savone et Gênes, sur l’axe littoral, la desserte profite d’une infrastructure rapide, apte à 150 km/h, majoritairement en tunnel après reconstruction et abandon de l’itinéraire historique.
Par Acqui Terme : un itinéraire central de desserte fine ?
Le dernier itinéraire, central, n’est pas le plus rapide. On n’y dépasse que rarement 85 km/h et nécessite en outre 2 correspondances, à Acqui Terme et Asti. Intégralement à voie unique dans un environnement aux altitudes oscillant entre 400 et 900 m, on pourrait l’assimiler à une ligne de desserte fine. Dans la segmentation italienne, c’est une ligne d’intérêt régional. L’infrastructure est cependant bien équipée, intégralement électrifiée et équipée en block automatique avec SCMT, avec les mêmes constats sur les modalités pas vraiment rapides de gestion des croisements.
De Gênes à Acqui Terme, les trains sont composés de 5 voitures Vivalto avec locomotive E464, du fait d’un trafic pendulaire, encore très concentré sur les heures de pointe. Le parcours Acqui Terme – Asti est le domaine des Ale 501 (Minuetto) du fait d’un moindre trafic, entre des villes de taille modeste : 74 000 habitants à Asti, 19 000 à Acqui Terme. Sur ce parcours, les trains se croisent à Montegrosso.
Il n’y a donc guère de différences avec les autres lignes. L’itinéraire via Alessandria a été repris par des automotrices ETR104 (Coradia Stream), tandis que la liaison Turin – Savone relève toujours de compositions de voitures MDVC / MDVE encadrées par 2 E464.
Acqui Terme est une petite ville de 20 000 habitants, qui demeure encore assez commerçante. Elle est surtout connue pour ses fontaines d’où sort une eau à 75 degrés ! Sur le plan ferroviaire, elle est le centre d’une étoile à 4 branches à vocation locale, vers Gênes, Asti, Alessandria et Savone par San Giuseppe.
| Gênes | 13 AR |
| Asti | 10 AR |
| Alessandria | 8 AR |
| Savone | 8 AR |
Acqui Terme reçoit donc 68 trains par jour en semaine. Chaque branche est desservie au moins toutes les 2 heures, voire toutes les heures en fonction du sens : certaines dessertes sont orientées avec une contrepointe allégée. Bien des localités de taille comparable en France aimeraient disposer d’une telle consistance de desserte…








Consultez également notre dossier sur le renouvellement du matériel roulant régional italien.
21 novembre 2025