Nice : un 5 majeur en tramway

Chronique du retour du tramway

Nice – Rue de Lyon – Janvier 1953 – Les affiches sur les vitres annoncent la fin des tramways dans 7 jours. A partir de 1927, l’emprise du groupe Mariage, également concessionnaire du réseau parisien, et l’hostilité de la mairie, mirent à mal un vaste réseau de 144 km allant jusqu’à Antibes, Menton et Sospel. (Cliché : Ch. Schnabel)
Nice – Avenue Jean Médecin – 1998 – Devant le centre commercial à l’esthétique déjà très datée, ce PR180.2 descend l’avenue vers la place Masséna et la station centrale où convergeaient de nombreuses lignes. (Cliché : J.-H. Manara)
Nice – Place Garibaldi – 1968 – Sur cette place de plus en plus occupée par l’automobile, cet ELR circule sur la ligne 9 en direction de l’aéroport, convertie à l’autobus en 1970, année de disparition des trolleybus introduits en 1942. Notez le potelet d’arrêt très parisien, vestige de l’emprise Mariage, perdurant malgré le passage en régie. (Cliché : J.-H. Manara)
Nice – Boulevard Jean Jaurès – 1998 – Très partagée entre Berliet et Saviem, la ville a été desservie par de nombreux SC10. Celui-ci passe le long des constructions réalisées après la couverture du Paillon. (Cliché : J.-H. Manara)

En 1987, une étude avait été lancée pour examiner la création d’un métro type VAL mais les niçois durent se contenter d’améliorations du réseau d’autobus, avec création de voies réservées, renouvellement du matériel et introduction de véhicules articulés. Le principe du tramway n’émergea que dans les années 1990, avec une première décision en 1998, confirmée après les élections municipales de 2001.

De longueur modeste (8,7 km), la première ligne était réalisée entre 2003 et 2007. Son coût élevé (480 M€ de l’époque) s’explique par son caractère très urbain et certaines contraintes de réalisation, comme la conception du terminus Las Planas (Henri Sappia aujourd’hui), avec l’atelier de maintenance et un parc-relais de 760 places, le tout intégré dans un projet immobilier nécessitant d’importants travaux préalables de génie civil. La ligne emportait des transformations de l’avenue Jean Médecin, alors artère à 2 voies de circulation par sens, très circulée, et des places Masséna et Garibaldi ou encore la réservation au tram de la rue de la République. Elle précédait aussi le renouveau de la dalle du Paillon où allait être aménagée une promenade piétonne arborée.

Nice – Las Planas – 26 novembre 2009 – Le terminus nord-ouest de la ligne 1 est situé sous le parc-relais de la station depuis rebaptisée Henri Sappia et avant l’accès au dépôt. Il n’y aura donc pas d’extension. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Avenue François Mitterrand – 26 novembre 2009 – Le choix du gabarit de 2,65 m a offert un aménagement intérieur spacieux aux rames Citadis, arrivées en configuration classique de 32 m. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Avenue Jean Médecin – 26 novembre 2009 – La circulation automobile avait été maintenue mais réduite dans la première configuration d’aménagement de cet axe commerçant. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Pont Michel – 26 novembre 2009 – Le terminus nord-est primitif a été accompagné en 2014 du déplacement de l’ancienne gare de Saint-Roch pour une correspondance directe avec la ligne Nice – Breil. (Cliché Quai numéro 2)

Plusieurs particularités distinguent la première ligne niçoise. Pour se passer de ligne aérienne sur les places Masséna et Garibaldi (notamment pour les besoins du Carnaval), Alstom a installé des batteries sur les Citadis afin de franchir les places Masséna et Garibaldi sans ligne aérienne. En contrepartie, du fait de leur autonomie, 2 stations intermédiaires très rapprochées ont été créées (Opéra et Cathédrale) alors qu’une seule aurait suffi.

Nice – Place Masséna – 16 mars 2025 – Traversée sans fil, avec des batteries d’une capacité alors limitée, mais Nice semblait peu convaincue par l’alternative du système APS d’Alstom. Les rames au nez jaune ont été allongées à 43 m. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Place Garibaldi – 15 mars 2025 – L’autre traversée sans fil sur la première ligne. A terme se posera la question de la rationalisation des équipements : vers l’installation du système de recharge au sol en station comme sur les lignes 2 et 3 ? (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Rue Puget – 19 janvier 2020 – Passage dans une rue résidentielle tout en conservant le principe du site propre, fut-il à une voie, et des aménagements adaptés à la vie locale. (Cliché : Th. Assa)

C’est aussi la première ligne française moderne avec dissociations d’itinéraires du fait de l’étroitesse des rues : au nord-ouest entre l’avenue Borriglione et l’avenue Gorbella, à l’est entre l’avenue Mitterrand et le boulevard Saint-Roch. C’était la première configuration de ce type sur un réseau moderne, avant Montpellier (sur les lignes 3 et 4) et dans la traversée de Gennevilliers (sur le T1 francilien). Comme quoi, avec un peu d’imagination et de pragmatisme, le tramway peut passer – presque – partout…

Enfin, Nice a d’emblée fait le choix du gabarit le plus large, soit 2,65 m, ce qui n’est pas si fréquent puisque seules Montpellier et Mulhouse ont fait ce choix hors Ile-de-France (et encore, pas pour toutes les lignes urbaines…).

Succès dès l’ouverture aux voyageurs le 26 novembre 2007, la ligne 1 présente cependant quelques lacunes d’intermodalité, car elle ne peut desservir directement la gare centrale (à 300 m de l’avenue Jean Médecin) et celle des Chemins de fer de Provence, celle-ci ayant été reculée pour supprimer un passage à niveau. En revanche, à Pont Michel, une correspondance avec la ligne Nice – Breil a été créée en 2014 avec la nouvelle gare éponyme, en remplacement de celle de Saint-Roch.

Prévue pour accueillir 65 000 voyageurs par jour, la ligne 1 passait le cap des 100 000 utilisateurs quotidiens en 2014, après son court prolongement (500 m) du Pont Michel à l’hôpital Pasteur. En 2019, la ligne atteignait 140 000 voyageurs par jour, malgré une vitesse commerciale très faible, d’environ 15 km/h. Les 28 rames Citadis 302, longues de 32 m, atteignaient donc leurs limites, motivant la décision de les allonger à 43 mètres. L’opération a été réalisée progressivement, dès 2012 avec achèvement en 2026.

Un axe est-ouest finalement en partie en tunnel

Fort de ce succès, l’intérêt du tramway était démontré. La deuxième ligne allait logiquement être destinée à un axe est-ouest. Après avoir écarté l’amélioration des lignes de bus, la conception du tracé donna lieu à des hésitations. Il fut d’abord question du statu quo par la voirie, mais à condition de réserver au tram les rues choisies, et avec une performance comparable à la ligne 1 compte tenu de la densité commerciale sur une partie du parcours. Puis le maire annonça le tramway sur la Promenade des Anglais… mais, au-delà du symbole, le potentiel réel était limité. 

Nice – Rue de la Liberté – 30 octobre 2012 – Les premières études sur l’axe est-ouest devaient composer avec des rues de moindre largeur, où les autobus circulaient selon des itinéraires dissociés, comme ce Citelis articulé de la ligne 10 en direction de Saint-Laurent-du-Var. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Place Wilson – 30 octobre 2012 – Les couloirs sur cet axe est-ouest étaient séparés par une haute bordure en béton suffisamment dissuasive pour éviter des intrusions inopportunes, pour améliorer autant que possible l’exploitation de cet important tronc commun. (Cliché Quai numéro 2)

Finalement, une solution en tunnel s’est imposée entre le port et la rue de Lyon. C’était cependant le moyen d’obtenir la vitesse commerciale la vitesse commerciale la plus élevée, certes au prix de stations relativement profondes, donc d’un temps d’accès accru pour les voyageurs, et d’un coût d’investissement supérieur. De ce fait, l’axe est-ouest n’est pas relié à la ligne 1, puisqu’elle la croise sous l’avenue Médecin et sous la place Garibaldi. Il s’agit donc – du moins pour l’instant – de réseaux distincts.

Le projet comprenait 11,3 km d’infrastructures nouvelles dont 3,6 km en tunnel, avec un axe principal du Vieux Port jusqu’à Saint-Augustin (Grand Arenas), où se séparaient 2 branches : l’une vers l’aéroport, l’autre vers le Centre Administratif, où est implanté l’atelier du matériel.

L’arrivée du tramway a précédé le déplacement de la gare de Saint-Augustin, appelée à changer à d’envergure dans un second temps avec l’arrêt de tous les trains, y compris les TGV Paris – Nice par exemple. Saint-Augustin, à proximité de l’aéroport, constituera un lieu majeur de la Métropole. La double desserte par les trains nationaux aura notamment pour effet de les rapprocher d’environ 30 minutes en réduisant le parcours urbain d’accès à la gare.

Nice – Grand Arenas – 18 janvier 2020 – Une rame de la ligne 2 sur la bifurcation en triangle, d’un site appelé à évoluer avec la ligne 4 et l’agrandissement de la gare Saint-Augustin. (Cliché Quai numéro 2)

D’un coût de 770 M€ (en 2009), la ligne 2 a été mise en service en 4 étapes successives et achevée le 14 décembre 2019 avec l’arrivée au port. Le temps de parcours entre l’aéroport et le centre-ville a été divisé par deux, la liaison prenant désormais à peine 30 minutes.

La ligne 2 présente elle aussi des particularités. Les rames Citadis, livrées en version 43 m, disposent non seulement de doubles portes en extrémité, facilitant les échanges, mais aussi et surtout de supercondensateurs et d’un système inédit de recharge au sol en stations. Le SRS d’Alstom délivre en 20 secondes jusqu’à 1,1 MW et 1500 A sous 750 V. Seule la section Garibaldi – Alsace-Lorraine du tunnel est équipée d’une ligne aérienne pour la traction et la recharge. Pourtant, le parcours à l’ouest du tunnel ne présente pas de particularité architecturale motivant un tramway sans fil. Mais reconnaissons que le système fonctionne bien.

Nice – Station Durandy – 18 janvier 2020 – Les stations souterraines sont conçues pour des rames de 45 m et l’extension ne semble pas prédisposée ce qui pourrait devenir contraignant compte tenu du succès de fréquentation. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Port – 18 janvier 2020 – C’est le terminus de tramway le plus proche de la mer (mais pas de la plage contrairement au Havre). En arrière-plan, l’entrée dans le tunnel vers la place Garibaldi, où les rames lèvent le pantographe. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Rue de Lyon – 18 janvier 2020 – L’émergence du tunnel comprend une rampe de plus de 7 %, sans ligne aérienne, le changement d’alimentation s’effectuant dans la station Alsace-Lorraine. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Avenue de Californie – 18 janvier 2020 – Contrastes de la géographie niçoise : ne manque que la mer, à droite du photographe au débouché de la Promenade des Anglais, que le tramway n’a finalement pas emprunté. (Cliché Quai numéro 2)

Notons aussi que les tramways roulent à 70 km/h dans le tunnel, sauf entre Port Lympia et Garibaldi, du fait d’un tracé très sinueux pour un matériel qui n’aime pas les courbes, malgré les nouveaux bogies Ixège. En surface, les voiries ont été progressivement réaménagées, notamment pour développer le réseau cyclable. En outre, 4 nouveaux parcs-relais disposent au total de 1250 places.

Nice passe la troisième… et prépare la suite

La branche CADAM est l’origine d’une troisième antenne de 3,7 km, dans la plaine du Var, desservant notamment le grand stade et le quartier Saint-Isidore. Initialement prévue en 2023, cette section a été anticipée de 4 ans : c’est suffisamment rare pour être souligné. Elle a été mise en service le 13 novembre 2019, créant la ligne 3 Aéroport – Saint-Isidore. Elle devrait ensuite rejoindre Lingostière, pour assurer une meilleure correspondance avec les Chemins de fer de Provence car à Saint-Isidore, train et tramway sont séparés de 300 m, le train étant à flanc de colline.

Le 6 janvier 2025, les lignes 2 et 3 ont été modifiées : la première est cantonnée à la liaison Port Lympia – Aéroport, tandis que la deuxième est envoyée en renfort à Port Lympia. Une navette portant étrangement l’indice B assure la desserte CADAM – Aéroport.

Nice – Boulevard Paul Montel – 18 novembre 2020 – Après un long parcours est-ouest, la ligne 3 met cap au nord, parallèlement à la plaine du Var vers Saint-Isidore avec une implantation centrale des stations pour préserver les alignements d’arbres. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Avenue Pierre de Coubertin – 15 mars 2025 – Terminus Saint-Isidore pour la ligne 3 avant de rejoindre Lingostière et la ligne Nice – Digne pour constituer une nouvelle porte d’entrée multimodale dans la métropole. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Aéroport – 19 janvier 2020 – Premier aéroport français après le duo francilien, l’arrivée du tramway a fortement amélioré son accessibilité. Il est gratuit entre les deux terminaux mais aussi jusqu’à Grand Arenas, pour la liaison avec la gare Nice Saint-Augustin. (Cliché Quai numéro 2)
Nice – Avenue Simone Veil – 18 janvier 2020 – les stations plus espacées sur un tracé facile au nord de la ligne 3 autorisent des vitesses de 50 à 70 km/h, mais des défauts de pose de la voie ont imposé des restrictions de vitesse en attendant réparation. (Cliché Quai numéro 2)

L’exploitation des lignes 2, 3 et B s’effectue avec 34 rames Citadis type 405, longues de 43 m, toujours au gabarit 2,65 m et dotées du système de recharge au sol (SRS) également développé par Alstom. Le dépôt se situe près du terminus de la CADAM.


5 octobre 2025