2012 – 2014 : trois années fastes pour les tramways
La dynamique prenait corps avec la mise à l’étude de plusieurs projets sur des axes définis dans le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France de 1994, cependant toujours dans une logique d’individualités de lignes.
En fin d’année 2012, 3 sections supplémentaires étaient mises en service : T1 de Saint-Denis à Asnières-Gennevilliers Les Courtilles le 15 novembre, T2 de La Défense au pont de Bezons le 17 novembre et T3 de la porte d’Ivry à la porte de La Chapelle le 15 décembre, exploité en 2 arcs avec correspondance à la porte de Vincennes. Si T2 et T3 recevaient de nouveaux Citadis pour couvrir ces prolongements, T1 disposait des TFS arrivées sur T2, envisagées d’abord pour le prolongement Noisy-le-Sec – Montreuil différé suite à l’opposition acharnée de Noisy-le-Sec au détriment de l’intérêt général.




Ces prolongements ont très rapidement dépassés les prévisions de trafic les plus optimistes : ainsi par exemple, la section La Défense – Pont de Bezons, succédant au tronc commun des bus 161 – 262 – 272 – 378 (jusqu’à Colombes) franchissait les 58 000 voyageurs attendus au bout de quelques mois, alors que les projets immobiliers qui ont depuis transformé une partie du boulevard Charles de Gaulle à Colombes n’avaient pas encore été engagés.






Quand l’Ile-de-France se fait berner par le tramways sur pneus
Deux nouvelles lignes étaient mises en service en 2013. Le 29 juillet, la ligne T5 débutait son service entre le marché de Saint-Denis et la gare de Garges – Sarcelles. Fruit d’un choix politique dépourvu de toute rationalité technique et économique, il s’agissait d’un tramway sur pneus Translohr : le terminus de Saint-Denis est en correspondance avec T1 mais toute connexion physique y est impossible. Le choix d’un véhicule sur pneus était motivé par le moindre coût de cette solution. Il n’en était rien… bien au contraire.
Même lorsque les projets concernent un territoire en partie commun, la cohérence technique des lignes n’est donc pas un critère. T5 ne dessert directement ni la ligne 13 du métro ni la gare de Saint-Denis. Bilan, les voyageurs paient les conséquences d’un caprice technico-politique.


Le 16 novembre suivant, un vrai tramway, T7, était inauguré entre Villejuif Louis Aragon et le centre commercial des Portes de l’Essonne à Athis-Mons, en passant par l’aéroport d’Orly. Après un départ très rectiligne sur l’ancienne RN7, le tracé devient très sinueux dessert la zone industrielle d’Orly – Rungis. Un choix pas forcément injustifié, mais pénalisé par des Citadis qui n’aiment toujours pas les courbes.


Malheureusement, un second tramway sur pneus avait été décidé : le 13 décembre 2014 débutait l’exploitation de T6 entre Châtillon – Montrouge et Vélizy Robert Wagner. Cette fois, le Translohr a été justifié – à tort – par les rampes du parcours à Clamart et sur la seconde phase du projet, pour rejoindre le tunnel sous Viroflay, ouvert le 28 mai 2016. Il s’agissait d’un projet ancien, envisagé dans les années 1970 comme un prolongement de la ligne 13 du métro et intégré à un schéma dit « croix du sud » avec une liaison Antony – Issy-les-Moulineaux.


Trois jours plus tard, la Seine-Saint-Denis disposait d’une troisième ligne de tramway avec T8, entre la Porte de Paris, Epinay-sur-Seine et l’université de Villetaneuse, sous la forme d’un tronc commun et de 2 branches, ce qui lui avait valu l’appellation Tram’y durant sa conception.
Croisant T1 à hauteur de la gare, le raccordement T1-T8 ne fut pas réalisé immédiatement : seuls les appareils de voie furent installés… mais pas la dizaine de mètres de rails courants les reliant ! Les nécessités de gestion du matériel roulant l’ont finalement rendu indispensable.
En revanche, T7 et T8 disposaient d’un même matériel issue d’un seul marché, ne se distinguant que par des choix de décoration intérieure. L’appel d’offres prévoyait une tranche conditionnelle pour les extensions étudiées de T7 à Juvisy et de T8 vers Paris (gare Rosa Parks). La gestion de ces projets en a décidé autrement.



Deux nouvelles lignes mais comme un essoufflement
Poursuivant l’éparpillement des lignes, le très attendu T9 allait remplacer la ligne de bus 183 entre la porte de Choisy et le centre d’Orly, la plus chargée de celles exploitées par la RATP, qui avait été progressivement dotée d’un site propre dans les années 1990 et 2000 jusqu’à Choisy-le-Roi. Mise en service le 10 avril 2021, son exploitation était confiée après appel d’offres à Keolis et non à la RATP. Néanmoins, l’absence de raccordement technique entre T3 et T9 à la porte de Choisy confirme l’approche cloisonnée par individualités d’unité de production, tournant résolument le dos à la logique de réseau, même avec une exploitation attribuée par appels d’offres. Pourtant, ces lignes sont au même gabarit de 2,65 m, avec des rames de 43 m.


Pas forcément prioritaire eu égard au trafic potentiel, un tramway a été retenu sur la liaison Croix-de-Berny – Clamart, poursuivant – bien tardivement – le projet de la « croix du sud ». Confié lui à la RATP (mais via une filiale), la première section était mise en service le 24 juin 2023.
Quant à T3, la ligne était dans un premier temps prolongée de la porte de La Chapelle à la porte d’Asnières le 24 novembre 2018. Le choix de ce terminus assez isolé, sans correspondance avec le métro, est plus la conséquence de la géographie des circonscriptions électorales que d’une adéquation aux besoins de la population : il aurait fallu atteindre a minima la porte de Champerret. Ce fut fait le 5 avril 2024 avec la dernière extension à ce jour, jusqu’à la porte Dauphine.


Différentes variétés de tram-train
Outre les tramways urbains, le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France de 1994 comprenait un schéma de tangentielles, misant notamment sur l’utilisation de la Grande Ceinture, alors principalement dédiée au fret, sauf au sud entre Versailles, Choisy-le-Roi et Savigny-sur-Orge. Il était d’abord envisagé une solution ferroviaire classique, avant que l’option tram-train ne soit retenue, mettant en avant une possibilité de fréquence accrue et une meilleure insertion. La réalisation de T4 entre Bondy et Aulnay-sous-Bois, mise en service en novembre 2006, donnait un premier aperçu du potentiel, quoique sérieusement bridé par des choix de conception contestables. Néanmoins, en se référant aux trams-trains de Karlsruhe, la ligne T2 peut être considérée comme le premier-train français, réutilisant une emprise ferroviaire adaptée.
Quai numéro 2 vous propose un dossier pour chacune de ces lignes.
30 août 2025