Plan électrification : et pour les réseaux de transports ?

Le contexte géopolitique mondial passablement déstabilisé renforce l’acuité de la question énergétique. Ce n’est pas la première fois, mais l’époque est à la mémoire courte. Ce n’est pourtant qu’un processus continu, avec des fluctuations, depuis plus de 50 ans. La dépendance aux énergies fossiles et importées est un handicap majeur. La situation n’est pas du tout la même qu’en 1973 lors du premier choc pétrolier car l’environnement technologique a changé : une voiture thermique de 2026 consomme beaucoup moins que son aînée, mais une partie de ce gain a été converti en kilomètres supplémentaires (notamment pour aller chercher un logement plus spacieux et moins cher). Internet était un projet militaire confidentiel et on ne parlait pas encore d’intelligence artificielle: deux innovations à impact non négligeable – doux euphémisme – sur la consommation d’énergie et la consommation d’eau. Il va donc falloir aller – beaucoup – plus loin que les décisions du gouvernement Messmer en 1973, avec les limitations de vitesse sur les routes, l’extension des lumières dans les immeubles de bureaux et les magasins ainsi que l’anticipation du dernier journal télévisé pour fermer les antennes à 23 heures !

Si les pratiques quotidiennes ont beaucoup changé en un demi-siècle, la société – au sens le plus large possible – n’a peut-être pas encore totalement conscience qu’elle n’a franchi que quelques marches d’un grand escalier… ni que ce qui peut l’attendre au sommet n’est pas forcément moins attrayant que ce qu’elle connaît aujourd’hui. Et encore, en France, si nous ne sommes pas dans le peloton de tête, du moins ne sommes-nous pas dans le fourgon de queue.

Dans le domaine des transports, qui pèse en France environ 38 % de la consommation énergétique, n’est évoquée par le plan d’électrification du gouvernement que la conversion à l’électrique du parc automobile. Elle est cependant pénalisée par son prix et les modalités de rechargement, en particulier en habitat collectif. Cette orientation n’appelle pas de remise en question des choix modaux de déplacement et du primat de solutions individuelles motorisées. Changer la motorisation sans changer les pratiques a un effet direct : la pérennisation de pratiques territoriales et de schémas spatiaux consommateurs d’espace, avec donc la poursuite de la consommation de foncier, l’imperméabilisation des sols…

Les transports en commun ne sont pas mentionnés, qu’il s’agisse des réseaux urbains des grandes agglomérations, des petites villes et au-delà des liaisons vers les contrées moins denses. Pas un mot sur la participation du chemin de fer à la réduction aux dépendances aux énergies fossiles, ni son évolution pour en réduire l’usage.

Dans ce contexte, la récente restauration des Zones à Faibles Emissions par le Conseil d’Etat ne manque pas de piquant : le cavalier législatif employé pour les supprimer a été retoqué. Cette décision vient – en principe – clore un débat irrationnel, largement politisé, empreint d’une forte dose de populisme voire de complotisme. Il faudra améliorer la communication pour dépassionner un sujet qui porte aussi sur la santé publique : pas facile quand on tend à croire plus facilement les infox plutôt que les faits. Les ZFE concernent directement quelques dizaines de milliers de français et non des millions, pour lesquels il faudra un accompagnement spécifique et un peu de souplesse transitoire dans l’application de ces mesures.

Enfin, s’intéresser aux motorisations des véhicules sans intéresser aux motifs d’usage et aux considérations d’aménagement et d’urbanisme, c’est pratiquement passer à côté de l’essentiel. Il faudra aller plus loin dans la remise en question des pratiques. Souvenons-nous des réactions enflammées d’une ministre du logement qui avait « un peu trop » dit la vérité sur les conséquences écologiques de l’habitat individuel périurbain. Et pourtant… En ce sens, outre les ZFE, le principe ZAN (Zéro Artificialisation Nette) reste encore trop théorique, et ne constitue probablement qu’un premier pas vers une nécessaire révision encore plus profonde des règles d’aménagement du territoire.

Angers – Boulevard Bessonneau – 5 octobre 2023 – L’agglomération dispose d’un bon réseau de 3 lignes de tramways, complété par des lignes de bus assez efficaces. Les transports urbains restent une solution de référence pour décarboner les mobilités urbaines. Le vélo a évidemment un rôle à jouer, en complément du service public de transport en commun. (Cliché Quai numéro 2)
Montastruc La Conseillère – 26 février 2026 – Quelles solutions pour se passer des énergies fossiles sur les lignes régionales ? L’hydrogène avec piles à combustible a du plomb dans l’aile. Le recours aux batteries en complément de nouvelles électrifications de l’infrastructure n’a pas décollé. Il va pourtant falloir agir, comme sur Toulouse – Saint-Sulpice, parmi les lignes non électrifiées les plus circulées. (Cliché Quai numéro 2)

Autant de sujets que nous essayerons d’aborder aussi à Quai numéro 2, notamment au travers de prochains dossiers consacrés à la décarbonation des réseaux urbains et à une relance des électrifications du réseau ferroviaire.

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17 Commentaires sur “Plan électrification : et pour les réseaux de transports ?

BONJOUR, étant sur une ligne non electrifiee, je suis satisfait face a tous les problemes que generent une electrification ( panne electrique, coupure etc…), les lignes non electrifiee ont ce probleme en moins. JE me souviens d une panne electrique sur nantes la roche sur yon. Malgre tout, les trains nantes cholet etaient les seuls a pouvoir circuler..

Il peut y avoir d’autres problèmes, comme des pannes de moteurs thermiques.

Comme pour tout matériel bien évidemment…

Si les technologies numériques consomment de l’énergie, rappelons que d’une part on sait très bien produire de l’électricité sans pétrole (notre pays produit d’ailleurs carrément trop d’électricité en été, pour quasiment 0g de CO2), et d’autre part internet permet de remplacer des déplacements – on ne parlait pas de télétravail en 1973.
Quand à l’IA, il serait bon là aussi de ne pas sombrer dans la psychose fondée sur des infox, fussent-elles poussées par la TV nationale, notamment sur une consommation d’eau très largement exagérée fondée sur le cas le plus défavorable et obsolète depuis plusieurs années.

Internet permet de remplacer des déplacements… mais dans un contexte général d’augmentation du nombre et de la longueur des déplacements qui l’emporte largement.
Quant à l’IA, même s’il peut y avoir des progrès, il n’en reste pas moins que c’est un facteur consommateur supplémentaire (et pas que d’énergie : de l’eau, même s’il y a débat sur la quantité, mais aussi du terrain, donc une participation non nulle à l’imperméabilisation des sols).
Un petit éclairage sur le temps long sur l’évolution de la consommation d’énergie, qui a presque doublé en 60 ans : https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/consommation-denergie-finale-dans-le-monde

Même si elle ne concerne (soit disant) que quelques dizaines de milliers de personnes, se sont des personnes qui se voient refuser un droit fondamental : celui de se déplacer : pour le travail, pour des actes médicaux………….et même des loisirs (tout le monde y a droit).

Le « cavalier législatif » a été imposé par la macronie gouvernementale, qui a déjà refusé 2 votes des parlementaires . Elle a cherché à présenter un nouveau projet, ne concernant que Paris et Lyon………..et toute autre ville intéressée, en un mot le meilleur moyen de les réintroduire . Les parlementaires ont en majorité rejeté cette magouille. Et le dénommé conseil constitutionnel, dirigé par un grand ami de macron, le dénommé ferrand, est venu cracher à la figure des « quelques dizaines de milliers » de personnes désormais privés du droit fondamental de déplacement.

Il faudra se rappeler qui sont les principaux instigateurs du recours devant le C.C. : EELV et le PS, des partis qui se prétendent soutien « des petites gens »………..les principales victimes de ces ZFE . Honte à ces politiques à double visages, il faudra s’ en souvenir lors des élections à venir !

Ne vous plaignez pas si ces zones ZFE ont désormais du mal à trouver des artisans pour les travaux . Voir le dessin/billet d’ Auto-Plus actuellement en kiosque, il resume tout !

Je précise que j’ ai une voiture neuve, la dernière version de la Citroën C3 – en version essence, parce que je ne peux faire autrement . En un mot, les ZFE ne me gèneraient pas en apparence, mais je trouve inacceptable que l’ on empêche des gens de se déplacer, et qu’ au même moment on saboté les transports ! Tout est lié !

« parce que je ne peux faire autrement »
Ah, cette tendance qu’on a (tous) à rejeter la responsabilité sur le système : c’est à dire tout le monde…donc personne, pratique !
C’est certes difficile de faire la part des choses entre ceux qui subissent vraiment le diktat de la société, et ceux qui vivent les conséquences de leurs les choix précédents et actuels en faisant semblant d’oublier pourquoi ils ont fait ces choix.. Et d’ailleurs je pense qu’on est toustes un peu dans les 2 catégories.
Mais de mon point de vue, notre société fait qu’il n’y a peu ou pas de « vrais »esclaves ; pas comme ailleurs sur la planète, ou comme elle a pu engendrer par le passé.

Des gens qui habitent à 40km de leur lieu de travail préfèrent dire qu’ils n’ont « pas le choix » de faire ces 80km quotidiens en vieux diésel plutôt que de requestionner l’achat de leur pavillon jardin (piscine) VS un appartement plus proche de leur lieu de travail ou d’un moyen de transport commode.

Les industriagriculteurs n’ont « pas le choix » que de nous donner à manger des produits à haute teneur en cadmium ou autres tout en arrosant les champs à coup de phyto.

Des gens qui changent de smartphone (voiture?) tous les ans martèlent qu’« ils ne peuvent pas se permettre » d’aller dans un magasin Bio acheter des légumes locaux.

Il y en a même qui font 4 voyages en avion dans l’année qui estiment que c’est « par nécessité » pure (souvent en arguant que le train est plus cher).

Bref, quand j’entends ce genre de phrase, j’ai toujours envie de creuser un peu les choix qui font qu’on estime « qu[on] ne peu[t] faire autrement ».

Bosteph, cette fixette sur les ZFE commence à devenir lassante(et je suis poli).
Pour en revenir au sujet de l’article, il est scandaleux que le mode de transport le moins énergivore soit complètement zappé dans un plan d’électrification. On parle même de camions électriques, ce qui est un non-sens économique autant que les camions thermiques. Un train de 1800 voire 2000 tonnes brutes est quand même plus logique que vingt-cinq camions, fussent-ils à propulsion électrique. Et quel poids de batteries faut-il pour déplacer des monstres de 44 tonnes(et même 60 tonnes si le projet voit le jour)la charge utile devra donc être réduite. Et l’impact sur les chaussées sera le même qu’actuellement, donc on aura toujours besoin de pétrole pour les revêtements(et le coût économique et la pollution ne seront pas diminués). Les camions électriques sont justifiés pour les parcours initiaux et finaux, mais il faut surtout (re-)développer les installations terminales embranchées, et aussi favoriser(sinon imposer)les nouvelles implantations industrielles ou logistiques au plus près des
voies ferrées. Pour ce qui est des VL, 150.000 bagnoles électriques entrant tous les matins dans une métropole et en ressortant le soir devront toujours stationner dans ce laps de temps, et il faudra toujours des autoroutes à(au moins)2×3 voies pour les accueillir…Comme dit dans l’article, on prend le problème par le mauvais bout, la voiture électrique n’est qu’une des solutions, réfléchissons corrélativement à l’urbanisme et à la façon de nous déplacer (et pas seulement en érigeant le covoiturage en solution miracle). Enfin, concernant les transport urbains, je trouve tout aussi regrettable, au moins pour les grandes villes, qu’on ne favorise pas le trolleybus plutôt que le bus électrique. Certes, il y a un investissement dans les installations fixes au départ, mais on en prend pour au moins un demi-siècle, et la longévité des véhicules est supérieure, pour un coût d’acquisition pas si éloigné. De plus, contrairement à un bus à batteries, il n’est pas égoïste puisqu’il peut renvoyer du courant à ses frères dans les Lacs, et même mutualiser son alimentation avec les trams voire les métros pour les agglomérations qui en sont dotées.
En tous cas, il reste des axes ferrés à électrifier : déjà, le scandaleux hiatus Amiens – Rang du Fliers, sa continuation Longueau – Châlons, Troyes et St Dizier – Chalindrey – Belfort, Chagny – Nevers bien sûr, et même, soyons fous, Elbeuf – Serquigny et Mézidon – St Pierre-des-Corps. Mais quand on voit le temps qu’il faut à la ficelle pour arriver jusqu’à Troyes, on se dit que c’est pas gagné…Et on se dit aussi que si c’était à faire maintenant, on aurait sans doute pas électrifié Franois – St-Amour, Dole – Belfort, et même, peut-être, Moret – Clermont-Ferrand. (sans parler de Longeray – Évian, ou de la réélectrification de Perpignan – Villefranche treize ans après l’abandon du monophasé « Midi » !).

Pour les camion électriques, effectivement en l’état ça ne marche pas
mais on pourrait rêver (et c’est parfaitement faisable avec la technologie actuelle) d’une desserte mixte entre ferroviaire de container isolé et camion électriques pour les derniers kilomètres

Désolé Sybic 070, mais le sujet à été abordé, et il n’ y a pas que « quelques dizaines de milliers de personnes » concerné(e)s , mais bien plus . Et ne n’ oublions pas qu’ un maire (ou un nouveau) peut décider de durcir les règles, du jour au lendemain.

Enfin, je l’ ai déjà dis, mais faire une telle interdiction 🚫 , sans avoir développé une alternative de transports, c’ est mépriser les personnes concernées.

Et question : comment des artisans se déplaceront s’ ils ne peuvent utiliser leurs véhicules ? Vous croyez qu’ ils viendront en TC ou à pied, avec leurs outillages et matériels ?

Pour le reste de votre commentaire, je ne peux que voys rejoindre.

Les ZFE ont néanmoins cette problématique d’être incontrôlables : il faudrait un contrôle systématique par caméras et lectures de plaques…ce qui reste interdit en France, à l’inverse de nos très nombreux voisins européens.

Ce qui explique également le demi-échec des ZTL à grand périmètre.
« Heureusement » pour ces dernières que les GPS sont légalistes et que l’automobiliste moyen s’en sert de plus en plus.

C’est l’un des maux de ce pays : il y a les règles d’un côté, et l’absence de contrôles d’un autre, CF. les couloirs à bus, les feux rouges et les stops, le stationnement en vrac, j’en passe et des pires. (Comme je dis toujours, à Marseille on ne se gare pas, on s’arrête deux minutes, deux heures, deux jours ou deux semaines, et la ville est un gigantesque parking à l’intérieur duquel la circulation est tolérée…). Ne pas se faire « gauler »est un sport national, l’incivisme est une philosophie de vie encouragée oar l’inaction des autorités(là je parle pour tout le pays). Mais on s’est très éloignés du sujet de l’article, pardon pour ce HS…

Bonjour, je poursuis sur les ZFE:une fois de plus, on a surlégiféré par rapport à l’Europe.
J’ai un véhicule diesel récent avec une vignette qui me permet de circuler sans restriction dans les villes allemandes, par contre mon véhicule est classé 2 en France, cherchez l’erreur. Par ailleurs, faut il revenir sur les nombres de morts invoqués fantaisistes et non fondés . Les véhicules les plus anciens seront éliminés progressivement au fil des contrôles techniques, fallait’il légiférer lourdement?

Les ZFE néerlandaises sont bien plus sévères : les véhicules Euro5 seront proscrits dès janvier prochain.
L’acceptabilité est d’autant plus forte qu’il existe une offre de transports publics de bon niveau et un réseau cyclable au moins équivalent, dans des configurations qui ne sont pas systématiquement comparables aux villes françaises. La difficulté est là, entre autres : il y a évidemment le problème du modèle urbain extensif, qui continue…

Les seules villes où les ZFE sont un peu restrictives, c’est Paris et Lyon, où les transports sont les meilleurs du pays

J’aime beaucoup votre conclusion : « s’intéresser aux motorisations des véhicules sans intéresser aux motifs d’usage et aux considérations d’aménagement et d’urbanisme, c’est pratiquement passer à côté de l’essentiel. »
En effet ce plan « d’électrification des usages » est presque l’inverse de son nom ; c’est en réalité un plan d’électrification des moyens. Car l’usage d’un véhicule c’est de déplacer une personne (rarement plus) sur une certaine distance. Cela serait tellement plus logique (et moins cher) de questionner cette finalité : 1)repenser l’urbanisme ; 2)rapprocher les services (publics en particulier) des usagers ; 3)inciter au report modal des plus gros flux ; 4)diminuer l’empreinte carbone des transports en commun ; et *enfin* seulement 5) inciter à l’allègement des véhicules individuels « résiduels » et, oui, à leur électrification.

Bref, d’un point de vue de l’effet recherché (qui est officiellement d’améliorer notre « souveraineté énergétique), on met la charrue d’abord, et les prochains réfléchiront pour les bœufs …

J’allais dire que j’étais étonné de ne pas voir l’article partir en direction de nouveaux projets d’électrification du Réseau ferré mais arrivé à la fin, je suis rassuré !

Clairement, ce n’est pas surprenant que les transports en commun ne soient pas inclus par le gouvernement dans ce « plan », assez peu ambitieux en soi.

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