La question n’est pas officiellement sur la table, mais elle semble au moins dans l’air du temps. L’actuelle tarification mise en place en 2025 dans les transports en commun d’Ile-de-France n’a pas forcément simplifié leur usage pour le plus grand nombre. Alors que depuis octobre 1968, le même ticket pouvait être utilisé soit dans les autobus soit dans le métro (puis le RER en restant dans Paris), il y a donc 2 titres de transport distincts valables soit sur les autobus et tramways soit dans le métro et les lignes ferroviaires. La principale évolution a été la suppression totale du tarif à la distance sur ces dernières. Cependant, le cloisonnement instauré crée de nombreuses confusions – sauf pour les détenteurs du titre Liberté+ en post-paiement, qui offre la correspondance entre les 2 systèmes. Or des voyageurs se retrouvent piégés, en infraction ou dans l’obligation de payer un autre titre en cas de repli de l’un vers l’autre (par exemple, manifestation sur le réseau bus ou interruption du trafic sur le métro). A cela s’ajoute une nette inflation du coût d’utilisation des transports en commun pour les occasionnels et les touristes de tous âges, avec la suppression du carnet de 10 tickets (avec remise d’environ 20 %) ou du ticket J pour les moins de 26 ans le week-end.
Hypothèse avancée par Ile-de-France Mobilités : un ticket de bus porté de 2,05 € à 2,45 € mais qui donnerait la correspondance sur métro et trains. Au passage, une majoration de 19 % du prix, afin de neutraliser l’effet sur les opérateurs… mais pas sur les utilisateurs !
Il y aurait pourtant plus simple. Raisonnons à l’envers : le ticket bus – tram serait maintenu, à son actuel tarif. En revanche, le ticket métro – RER – train serait ouvert à la correspondance, sans majoration de tarif. L’AUT Ile-de-France propose d’aller plus loin et d’aller vers un porte-monnaie électronique : le voyageur créditerait une somme, débitée au gré de son utilisation.
Cependant, il reste quand même une situation incongrue, liée au tarif unique extraordinairement bas pour des raisons politiques et un brin démagogique. Pourtant, l’actuelle présidente de la Région n’avait pas ménagé ses critiques quand le zonage tarifaire avait été aboli par la précédente majorité… Le prix du trajet est ainsi le même selon qu’on fasse République – Bastille en métro ou Nemours – La Défense en combinant train et RER. Le coût pour la collectivité n’est quand même pas le même. Le principe précédent, qui plafonnait le tarif d’un trajet occasionnel à 5 € était déjà moins inéquitable. Or ces décisions ont coûté plusieurs centaines de millions d’euros par an, qui auraient été probablement bien plus utiles dans le renforcement des dessertes et l’amélioration des conditions de circulation des autobus, tramways et autocars…
12 Commentaires sur “Tarification francilienne : réformer encore ?”
Ewen
Le cout pour la collectivité que vous avancez ne transparait pas dans les budgets d’IDFM. Le passage au titre unique à 2,5€ a certes généré quelques dizaines de millions d’euros de manque à gagner mais permet en retour d’énormes économies billettiques – son instauration est d’ailleurs liée plus à un casse-tête de ce côté là qu’à une réelle volonté politique. Néanmoins, ce tarif est aussi un tarif de justice car aujourd’hui, le fonctionnement de la société pousse toujours plus les populations pauvres loin de Paris (même s’il y aussi des poches de richesse, historique, loin de Paris). Alors, à défaut d’être capable de réguler la question foncière au cœur de la métropole, la collectivité se doit de ne pas plus pénalisé ceux qui en sont repoussés.
Cette question montre aussi une absurdité : tout voyageur qui paye plus devrait voyager sans être importuné…
Station4
Le coût pour la collectivité concernait surtout la réforme tarifaire du pass Navigo à tarif unique qui a coûté environ 500 millions par an.
Les économies de billettique aujourd’hui existent, puisqu’on a aboli le tarif à la distance, mais on est encore entre deux eaux avec des systèmes parallèles entre surface et ferroviaire.
Quant au problème du logement, qui est réel, on a surtout voulu s’intéresser au stock (ceux qui sont déjà concernés) mais on a négligé l’effet incitatif sur le flux. Les zones tarifaires avaient quand même un effet frein, qui n’existe plus… et au final, cela ne veut pas dire qu’on dépense moins pour les transports puisque plus on habite loin, plus on utilise… la voiture !
T33b
La notion de « justice » est toute relative.
Le lieu commun des « pauvres qui sont forcés d’habiter loin » ignore totalement des couches plus aisées de la population qui font le choix délibéré d’habiter loin, par exemple pour avoir des surfaces plus importantes et/ou un jardin.
C’est un peu comme la gratuité : on instrumentalise les pauvres, mais au final on les pénalise en dégradant le service rendu.
La tarification sociale est (encore une fois) une bien meilleure solution.
AugLou
Le porte-monnaie électronique est probablement une bonne solution
Il est déjà pratiqué dans de nombreux réseaux et même de manière plus large aux Pays-Bas
On pourrait du coup aussi l’imaginer valable dans toute la France sur les réseaux avec du paiement ouvert
labrigue
En plus de la question du prix, on pourrait aussi évoquer certaines aberrations, comme avoir une carte séparée ou vierge pour charger un titre aéroport, ou l’impossibilité de passer plusieurs fois une même carte si on voyage à plusieurs. (ca existe un peu partout ailleurs, donc a priori ce n’est pas une limite hard ni software)
ats
Mais c’est quand qu’on va instaurer le paiement par carte bancaire partout comme à Londres ? Ils ont ça depuis 2012. Comment peut on être aussi en retard sur quelque chose…
Vlloum++
En fait il n’est pas possible techniquement aujourd’hui d’offrir la correspondance pour les Navigo Easy dans le sens Surface -> Ferré : si on a déjà débité un ticket bus-tram, on ne peut pas débiter 0,50€ de surcoût lorsqu’on entre dans le domaine ferré, ou transformer a posteriori le premier ticket comme un ticket Métro-RER (comme c’est le cas avec le postpaiement). C’est pour ça que l’AUT IDF propose un système de « portemonnaie » (comme Izly pour les étudiants), où il serait possible de débiter une somme plus « personnalisée », utile aussi pour la contrainte supplémentaire des tickets Aéroport.
Swisstrolley
Ailleurs, il existe des applications check-in check-out qui permettent de calculer automatiquement le titre de transport le plus avantageux quel que soit le mode de transport et les correspondances. C’est un vrai plus notamment pour les utilisateurs occasionnels ou en complément d’un abonnement.
Qui ça ?
Le Parisien : Vers un Navigo annuel à plus de 1 000 € en 2027 ?
Selon Île-de-France Mobilités, les titres de transport pourraient augmenter de 2,9 % le 1er janvier.
Chaque 1er janvier, depuis 2024, les tarifs des transports franciliens augmentent de « l’inflation + 1 point ». Alors à quoi s’attendre en 2027 ?
D’après les prévisions d’inflation prises en compte par Île-de-France Mobilités (IDFM), révélées par Ici Paris Île-de-France et le groupe de la Gauche communiste, écologiste et citoyenne au conseil régional ce lundi, les tickets et les forfaits Navigo devraient grimper d’environ 2,9 %. Le rapport d’orientation budgétaire, qui sera examiné par IDFM le 15 octobre et que nous avons pu consulter, prend l’hypothèse d’une inflation de 1,9 % en 2027.
En vertu de l’accord financier signé en 2023 entre le gouvernement d’Élisabeth Borne et l’autorité régionale en charge des transports présidée par Valérie Pécresse (LR), les tarifs devraient progresser de 2,9 %. Le Navigo mois pourrait ainsi passer de 90,80 € à 93,40 €.
L’abonnement annuel (un mois offert) franchirait le cap symbolique des 1 000 €. Son prix évoluerait de 29 €, pour atteindre plus de 1 027 €, contre 998,80 € aujourd’hui.
En suivant cette formule mathématique, le ticket de métro-train-RER à l’unité se hisserait à 2,62 €, contre 2,55 € à présent. À moins que ce titre ne soit fusionné avec le titre bus-tram et baisse à 2,45 €, comme le suggérait Valérie Pécresse en septembre, afin de simplifier les tarifs. Une décision pourrait être prise d’ici à la fin de l’année.
[…]
Station4
Il n’en reste pas moins que le coût réel des transports publics en IDF est très bas… surtout qu’une partie de ce qui est payé par l’utilisateur est remboursé par l’employeur.
labrigue
D’après les différentes sources, le voyageur payerait environ 30% du prix réel en IDF.
On entend beaucoup de plaintes sur le prix, mais bon sang, 90€/mois (45€ pour ceux dont l’employeur rembourse), soit ~3€/jour pour voyager en illimité sur un réseau aussi vaste et dense (et globalement de bonne qualité, ne crachons pas dans la soupe), c’est plus que raisonnable, surtout vu le prix de l’essence et les contraintes de circulation.
Station4
Oui, et on peut pousser aussi le raisonnement sur l’équité : il coûte proportionnellement plus cher d’aller chercher un voyageur supplémentaire en grande couronne du fait des kilomètres à parcourir plutôt qu’en petite couronne (où, pour résumer, on tasse un peu plus… sauf dans les autobus où sur pas mal de lignes, on est à l’étiage). Mais même à 100 € par mois avant prise en charge par l’employeur et hors tarifs socuaux on ne peut pas dire que les transports franciliens sont onéreux. On perd la réalité des choses quand, en parallèle, on peut aller passer le week-end à Marrakech pour à peine plus cher… en avion.