C’est une évolution majeure dans le domaine du matériel ferroviaire, amorcée à la fin des années 1990. Les constructeurs ont progressivement développé des plateformes pouvant être adaptées aux attentes des différents clients, plutôt que de créer ex-nihilo à chaque contrat des matériels spécifiques, largement conçus par les compagnies ferroviaires nationales. Ce n’est pas anodin : jusqu’alors, ces dernières tenaient le crayon pour concevoir « leurs » trains, reléguant les constructeurs à un rôle principalement exécutif, d’autant que les commandes pouvaient être réparties entre plusieurs firmes. Tout au plus pouvaient-ils – parfois – adapter la conception en fonction de leur maîtrise des solutions techniques et des développements de ces dernières.
Depuis, les gestionnaires de matériel roulant – opérateurs et autorités organisatrices – formulent leurs besoins fonctionnels auxquels les industriels répondent avec des plateformes plus ou moins standardisées ou avec des composants pouvant être utilisés dans différentes situations. L’objectif est d’abord économique, afin d’amortir tout ou partie de l’ingénierie de conception sur un large périmètre commercial et rationaliser les approvisionnements en composants d’un train.
C’est aussi l’occasion de démystifier l’hypothèse, souvent évoquée, du matériel roulant universel « sur étagère ». Il n’existe pas, et n’existera probablement jamais compte tenu des spécificités requises tant sur le plan technique (gabarit, alimentation électrique, signalisation) que fonctionnel (capacité, confort, services à bord) de produit universel, comme c’est par nature le cas d’une automobile, qui n’est pas astreinte à des sujétions liées à l’infrastructure sur laquelle elle circule. Une voiture achetée au Royaume-Uni, même avec la conduite à droite, peut rouler dans n’importe quel pays sans être astreinte à des adaptations au type de route.

Le matériel ferroviaire n’est pas un « consommable » fortement standardisé, malgré les options à discrétion de l’acquéreur, comme l’est un modèle d’automobile. Le développement de plateformes constitue donc une sorte de compromis face à la diversité des besoins. C’est un peu comme le rapport entre le pied, la chaussure et les pratiques du porteur : personne n’irait se contenter d’une chaussure universelle à pointure unique, dessinée pour le pied gauche, pour la randonnée en montagne… mais avec 7 centimètres de talon aiguille !
Qu’il faille modérer les spécifications particulières pouvant trahir la volonté d’un exploitant de conserver certaines pratiques de maintenance et d’exploitation est une évidence. C’est aussi un enjeu d’entreprise important, par le poids de l’histoire et d’une forte compétence très ancrée dans leur mode de fonctionnement. A l’inverse, il est illusoire de croire qu’une même rame pourra être conçue pour circuler sur l’importe quel réseau européen. C’est en ce sens que la stratégie industrielle avec des gammes relativement agiles peut constituer un moyen terme.
Chez Alstom, l’appellation Coradia chapeaute plusieurs grandes familles d’automotrices, avec une répartition de la production entre les différentes usines du groupe en Europe. Quai numéro 2 les passe en revue.
12 Commentaires sur “Matériel roulant : vous avez dit Coradia ?”
AugLou
Qui de mieux pour expliquer cette variabilité presque à l’extrême d’une même plateforme que les trois premières photo du dossier : trois régiolis, trois modèles de phares différents
Kevin
La 1ère et 3e sont en fait le même modèle mais à quelques années d’écart. Alst… CAF a basculé sur le modèle de phare du Regiolis TFA (Transfrontalier) du Grand Est depuis un moment sur les dernières livraisons.
jojo
Une déclinaison qui mériterait d’être mentionnée (mais pas encore en service, alstom ayant, sans surprise, pris du retard) c’est l’IC5 danois.
Afin d’être encore plus performant que les matériels à remplacer (notamment les IC3 diesel), les DSB ont commandé des rames de 5 caisses sur 110m pourvues de 4 bogies moteurs et presque 6MW. Avec entre 20 et 30 kW/T, l’accélération devrait être très élevée jusqu’à 200 km/h.
Sur les Coradia MAX, les motrices sont les caisses à un niveau (et d’environ 3 MW) qui doivent chacune emmener une ou deux remorques à deux niveaux, ce qui donne des puissances massiques variables mais assez élevées.
fraberth
En fait j’ai du mal a suivre entre toutes les declinaisons, c’est la meme plateforme de base ?
A lire l’article, j’ai l’impression que non et que le max (allemand) commence a devenir le modele STANDARD
nim
Il n’y a pas de plateforme de base, il y a des équipements qu’Alstom compose pour produire des trains spécifiques. Et ensuite ses commerciaux embrouillent tout le monde en plaquant des dénominations similaires (ou pas) dessus.
Un opérateur national a l’envergure pour commander “son” train (et les réseaux ont un historique qui empêche de standardiser). C’est très différent d’un citadis, une ville ne peut pas se payer “SON” tram, elle est plus ou moins obligée de se contenter du RE-carrossage de la même plate-forme produite en grande série à quelques options près. Quand on passe au métro il y a a nouveau assez d’argent pour faire du spécifique.
AugLou
Il y a quand même des similarités de conception, plus ou moins poussées selon les cas : formes de la caisse, matériaux, méthodes d’assemblage, sous-systèmes, …
Mais globalement, Alstom appelle COradia tous ses trainsà plancher bas qui ne sont pas à grande vitesse
fraberth
@NIM merci pour tes précisions, tu confirmes ce que je pensais
j’ai cherché rapidement sur internet, pas particulierement des retards sur les livraisons de tram (avec plateforme commune)
et la, « comme par hasard », c’est constamment le bordel dans les livraisons avec tout un mic mac de bases techniques
il suffit d’avoir une base technique modulable, l’industrie auto y arrive très bien
la c’est vraiment le monopole de feignant, qui en plus flatte les elus avec des pseudos versions personnalisées qui sont bien cher
Scan
« Il suffit de… »
fraberth
@scan ils sont en rente de monopole, a un moment il faut se sortir les doigts et être au niveau
s’il faut payer le monopole pour avoir constamment des retards de production et recevoir du chantage a l’emploi dés qu’ils ont un trou de production, je ne vois pas l’intérêt de soutenir alstom
dans l’industrie auto il y a aujourd’hui des plateformes qui permettent de fabriquer une citadine comme une grande berline ou gros suv
il y a toujours 50-60% de pièces communes et le reste est spécifique
par exemple, est-ce qu’il y a beaucoup de pieces en commun entre les nouveaux métros pneu parisiens et lyonnais ? au lieu d’avoir deux produits dérivés d’une même base j’ai l’impression qu’on paye un truc unique
ils peuvent aussi réduire la diversité comme sur le tram, mais ça suppose aussi de réduire les prix
Station4
La comparaison avec l’automobile a ses limites étant donné qu’il n’y a pas de lien avec l’infrastructure : une route reste une route. Hormis le côté de conduite, peu de différences.
Le chemin de fer est un système complexe avec une infrastructure et un mobile en étroite articulation.
Pour le tramway, la standardisation est allée assez loin car les réseaux présentent quand même moins de diversité : les variations portent sur le bogie (voie normale ou métrique), le gabarit, la tension d’alimentation, les rayons de courbe à franchir et un peu – mais de façon désormais assez marginale – la charge à l’essieu. En outre, le besoin est assez homogène, celui d’un véhicule urbain qui roule entre 30 et 70 ou 80 km/h.
Pour un matériel ferroviaire, il y a quand même plus de diversité, dans le rapport à l’infrastructure et dans la typologie fonctionnelle d’utilisation.
Ce qui semble plutôt à retenir, et on le voit aussi sur d’autres plateformes d’autres constructeurs, c’est le retour de la caisse plus longue, mais plus étroite, pour avoir un bogie de moins à iso-longueur. C’est le cas du Coradia Stream. La version 110 m est à 5 caisses. Le Coradia Polyvalent en a 6. Stadler le fait aussi avec son Flirt, avec des versions XXL radicalement différentes de la version d’origine. Mais cela a ses limites (confort, aménagement à bord, lacunes horizontales quai-train en courbe…).
AugLou
Quel monopole ?
Rien qu’en Europe de l’ouest, on a Alstom, CAF, Stadler, Siemens Hitachi et Talgo qui ont des usines et vendent des trains
Ça fait six constructeur différents, on est bien plus éloigné du monopole que dans l’aviation par exemple
Joris
Oh ils ont sans doute une base commune pour tout ce qui peut l’être (bogies, électronique mais qui évolue rapidement)… mais il y a toujours des spécificités nécessaires pour chaque réseau ; et la mise au point et l’homologation sont spécifiques aussi.
Quand il y a plusieurs commandes d’un matériel identique pour le même réseau (par exemple les Continental puis les MAX en Allemagne) ceux qui n’achètent pas en premier perdent moins de temps.