Venant d’un haut fonctionnaire issu du corps préfectoral, c’est peu commun. S’il s’agit en plus d’un ancien Premier ministre, c’est même surprenant. Au cours de l’été, M. Castex a exprimé des points de vue assez disruptifs concernant l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire et les règles qu’il souhaiterait voir appliquer. Critiquer les positions de l’Etat, y compris les non-décisions, voilà qui n’est pas banal, surtout s’agissant d’orientations européennes auxquelles la France a participé, a minima parce qu’aucun gouvernement toutes tendances politiques confondues ne s’y est opposé.
Lorsqu’il était à Matignon, M. Castex n’a pas remis en cause la fin du monopole de SNCF Voyageurs sur le marché ferroviaire intérieur. L’aurait-il seulement pu ? Que, devenu président du groupe SNCF, il considère que l’entreprise doive faire son maximum pour remporter les appels d’offres régionaux et nationaux, rien de plus logique : il faut bien fédérer les troupes ! Remettre en cause le processus est plus dérangeant.
Même chose quant à ses critiques à peine voilées – puisque formalisées dans un courrier, une première ! – à l’encontre de l’Autorité de Régulation des Transports, sur le dossier des Services Librement Organisés hors des grands axes à forte profitabilité. C’est une initiative qui n’est pas sans risque car le régulateur a en principe la durée pour lui. Le régulateur peut avoir un rôle d’aiguillon, pour éviter la routine et l’assoupissement sur les lauriers. Sur ce dossier, il est permis de considérer que l’ART a, dans son étude de juin dernier, une confiance peut-être excessive dans la seule dynamisation du marché par la concurrence entre opérateurs pour préserver une équité territoriale des dessertes. Il est cependant difficile d’exprimer frontalement – et a fortiori publiquement – une telle position et de chercher à faire imposer ses vues à ces opérateurs, sinon le service serait-il vraiment librement organisé ?
Dans ce contexte déjà atypique, le départ de M. Fanichet, qui dirigeait SNCF Voyageurs, prolonge cette perplexité : difficile de lui reprocher d’avoir failli aux objectifs qui lui avaient été assigné par M. Farandou et indirectement par l’Etat, notamment quant à la capacité à financer l’infrastructure via le fonds de concours. Certains fins observateurs du secteur ont indiqué que cette rupture couvait depuis plusieurs mois, quasiment à l’arrivée de M. Castex. Et maintenant ? Quelles orientations ? Quel positionnement de SNCF Voyageurs dans un processus d’appels d’offres qui de toute façon ne s’arrêtera pas de sitôt ?
Enfin, son intérêt pour la chose ferroviaire l’amènera-t-il aussi à se pencher sur des domaines plus techniques, comme par exemple la performance de l’exploitation, le glissement progressif des temps de parcours avec des trains tracés – et conduits – de façon assez molle, l’impact capacitaire grandissant des travaux sur le réseau, de moins en moins compatible avec la croissance de la demande, ou encore – pour se limiter à 3 exemples – la maîtrise du coût et des calendriers des projets ? Des sujets qui intéressent les utilisateurs du train (chargeurs fret inclus évidemment) et les financeurs…
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