Matériel roulant : 4 Régions se lancent

On se souviendra préalablement que la consultation menée voici 2 ans par SNCF Voyageurs pour des automotrices à 2 niveaux d’une part et des automotrices bimodes ou avec batteries d’autre part n’avait pas eu de suite. Pour l’instant, les Régions gèrent leurs besoins à court terme au moyen des contrats ouverts, pilotés par l’opérateur historique, avec quelques commandes de Régiolis et de Régio2N. Il pourrait y avoir d’ici la fin d’année du nouveau puisque Auvergne – Rhône-Alpes envisagerait une nouvelle commande de Régio2N, notamment pour remplacer les voitures Corail, mais avec une forte dépendance à l’organisation de la maintenance du matériel roulant, l’atelier de Vénissieux n’étant plus en capacité de gérer autant d’automotrices. Nous y reviendrons ultérieurement, le temps que des éléments plus précis nous parviennent.

En revanche, certaines Régions amorcent une émancipation vis-à-vis de SNCF Voyageurs. La Société Publique Interrégionale des Investissements en faveur des Transports (SPIIT), formée à ce stade des Régions Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Centre et prochainement Bretagne, lance une consultation en vue de la fourniture d’automotrices électriques avec batteries d’autonomie, incluant – et c’est à souligner – la fourniture d’installation de bornes de recharge. L’annonce au Journal Officiel de l’Union Européenne mentionne également la fourniture des équipements ETCS.

On ne connaît à ce stade rien de plus de ce marché si ce n’est la durée (7 ans et demi) et son montant maximal de 6,6 milliards €.

On retient donc de cette annonce que les Régions s’orientent bien vers la solution BEMU (Battery Electric Motor Unit), des automotrices électriques pouvant circuler en autonomie sur batteries, mais surtout qu’elles privilégient à ce stade un schéma de recharge sur les lignes actuellement non électrifiées sans recourir à des installations classiques gérées par SNCF Réseau, du fait des coûts annoncés et surtout des délais de mise en œuvre : Nouvelle Aquitaine en a fait les frais avec l’étude d’électrification entre La Grave et Saint-Mariens sur la transversale Nantes – Bordeaux, notamment dans la perspective d’engager des automotrices à 2 niveaux sur les dessertes périurbaines sur lesquelles le trafic augmente sensiblement.

Cette orientation conduirait à la probable spécialisation de ces installations aux seules automotrices objet de la présente consultation. C’est une forme de brèche dans l’universalité des solutions de traction électrique mises en œuvre jusqu’à présent : dès lors que les engins moteurs sont aptes aux tensions utilisées (1500 V continu et 25 kV 50 Hz en France), ils peuvent lever le pantographe pour profiter d’installations qu’on pourra qualifier d’œcuméniques à défaut d’être systématiquement et entièrement interopérables au sens européen du terme (comme les résidus de caténaire Midi par exemple).

De ce fait, une partie des fonctions traditionnellement portées par le gestionnaire d’infrastructures serait placée sous la responsabilité d’abord de l’industriel fournisseur, créant donc une dépendance technologique, et de l’opérateur qui aura la charge de la gestion opérationnelle de ces équipements.

On retrouve ce schéma dans le cadre du renouvellement du matériel roulant des Chemins de fer de Provence : les automotrices hybrides Stadler circuleront en mode électrique de Nice à Plan du Var puis en traction thermique, et disposeront d’une station de recharge fournie par Stadler en gare de Nice.

Se pose aussi la question de la performance de ces recharges qui ne devraient donc être que statiques, aux terminus, en lien avec les tensions et intensités délivrables. Dans le schéma classique, SNCF Réseau avait ainsi mis en évidence une forte différence entre les alimentations sous 25 kV et sous 1500 V. Du fait des moindres intensités, les recharges pouvaient être plus rapides que sous courant continu, où des gains de performance étaient conditionnés à l’adaptation de la caténaire pour augmenter l’intensité afin de réduire la durée de recharge.

Husum – 23 avril 2026 – Le Land du Schleswig-Holstein a été pionnier dans l’utilisation d’automotrices électriques avec batteries avec des Flirt Akku. Des électrifications ponctuelles ont été réalisées comme ici pour recharger les batteries au terminus. (Cliché H. Lüdicke – Bahnbilder)
Appenweier – 11 juillet 2026 – Le Bade-Wurtemberg a pris possession de Siemens Mireo+B fonctionnant en traction électrique autonome sur certaines sections, comme sur la liaison Bad Griesbach – Offenburg, avec recharge entre Appenweier et Offenburg. (Cliché R. Douté)

Reste aussi une inconnue technique à ce stade : quelle serait l’autonomie atteignable sur batteries avec une automotrice mise en service en 2030 ? Jusqu’à présent, les industriels annonçaient autour de 80 km avec des automotrices type Flirt, Mireo ou sur un AGC transformé. La performance des batteries évolue rapidement : peut-on tabler sur 100 à 120 km à horizon 2030 ? Dans pareil cas, le besoin en installations de recharge, outre les sections déjà électrifiées, pourrait diminuer assez sensiblement.

Notons que les Régions vont tester cette solution sur des AGC : Nouvelle Aquitaine a transformé un B82500 tandis qu’un B81500 va débuter ses circulations commerciales dans plusieurs Régions à commencer par Occitanie sur des navettes Nîmes – Vauvert.

Quant à la cible de ce marché, on peut supposer assez aisément qu’il pourrait porter d’une part sur le remplacement des derniers X72500 (il en reste encore 67 en service), peut-être aussi de tout ou partie des X73500. L’ampleur du renouvellement dépendra des conditions économiques proposées par les industriels et des capacités réelles de financement de la SPIIT, et donc in fine des Régions concernées. Mais il est probable qu’il faudra relever l’objectif de capacité du matériel compte tenu de l’évolution de la fréquentation.

Pour aller plus loin, Quai numéro 2 vous propose son dossier exploratoire sur la succession des X73500 et la perspective d’un EAD nouvelle génération… sachant que notre dossier consacré à la décarbonation sera publié au début de l’automne.

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21 Commentaires sur “Matériel roulant : 4 Régions se lancent

Quel sera le cout des batteries face à une electrification a long terme ?

C’est un peu compliqué car l’électrification « par principe » peut se révéler d’un coût très élevé, hors de portée des ressources publiques. Donc dans ces cas, on comparerait une électrification de l’exploitation avec une électrification de l’infrastructure qui n’aura jamais lieu.

On déplace du Bilan au compte de résultat. finalement on joue au court terme.

Je ne comprends pas ce que vous dîtes : Nouvelle Aquitaine à étudié une électrification de « Bordeaux Nord » jusqu’ à Saint-Mariens, c’ est bien ça ? Et quel est le bilan précis de l’ étude ?

Oui, il y a eu une étude préliminaire entre La Grave et Saint-Mariens. Bilan précis non connu… mais manifestement c’était cher (le viaduc de Cubzac n’y est peut-être pas étranger)…

On en arrive à toujours la même constatation : « pour la route, on élargit, pour le rail, on réfléchit »

Réflexion faite pour moi : veut-on un SERM Bordelais crédible ! Et, notamment, des « lignes traversante », telles Arcachon – Coutras (déjà existante) et Langon – Saint Mariens, cette dernière étant logique mais nécessitant visiblement du matériel 2N, ce qui correspond actuellement au Régio de Bombardier.

Les lignes traversantes ne sont pas une obligation. Ce qui compte, c’est la fréquence, la régularité, l’intermodalité et la commodité tarifaire. La diamétralisation est une méthode pour gagner de la capacité en gare… et parfois de créer des facilités aux voyageurs. Il est évident que pour un voyageur de Libourne, pouvoir aller directement à Pessac dans la zone d’entreprises ou rejoindre le campus universitaire en prenant la ligne B en contrepointe (donc avec un effet bénéfique sur le reste du réseau), ce n’est pas négligeable.

Oui, mais alors il ne fallait pas parler de « RER » pour décrire ces SERM.

C’est une vision réductrice et très parisienne. La ligne E n’était-elle donc pas un RER malgré son terminus parisien de 1999 à 2024 ? SERM ne parle qu’à un petit groupuscule d’initiés. RER est un terme bien plus largement connu. Mais il ne faut pas s’en tenir à une définition parisienne, elle-même discutable (quid des missions terminant dans Paris sur le RER C ??). Il faut raisonner selon les principes fonctionnels à savoir une desserte du territoire périurbain d’une grande agglomération par une desserte à bonne fréquence et large amplitude, distincte des dessertes régionales intervilles. Mais il est vrai que RER fait très ferroviaire alors que SERM prend en compte les autres modes de transports collectifs.

la technologie des batteries évolue vite, ça pourrait donc être interessant de les louer au constructeur
c’est peut être plus cher que l’achat sur la longue durée, mais ça permettrait de passer rapidement aux nouvelles batteries sodium ou solides

il y aussi un intérêt niveau trésorerie, cela peut réduire le prix d’achat et étaler la dépense, plutôt intéressant quand on manque de sous pour rénover le réseau

je suis par contre plus mitigé sur l’absence de charge en roulant, en cas de retard, panne de matériel etc il se passe quoi si la rame n’a plus assez d’autonomie pour finir le trajet ?

« un schéma de recharge sur les lignes actuellement non électrifiées sans recourir à des installations classiques gérées par SNCF Réseau » ce que j’en comprends c’est que les nouvelles installations seraient spéciales (plus proches des bornes de recharge pour bus ou poids-lourds électriques par exemple) et non des authentiques morceaux de caténaire (comme celui des Sables à l’époque du TGV Vendée).
Je n’y vois rien qui interdit d’avoir aussi un pantographe pour rouler normalement sous caténaire.

C’est juste la question de la technologie propriétaire (qui repose quand même sur un pantographe ferroviaire, voir le cas de Stadler sur Nice – Digne), de savoir qui a la charge de la maintenance d’une installation située sur le RFN mais qui n’en ferait pas partie et du risque d’avoir une Région qui s’équipe avec la solution du constructeur X et de sa voisine avec le fournisseur Y… avec une probabilité non nulle de besoins croisés. La caténaire a au moins un avantage : elle est œcuménique (à défaut d’être toujours strictement interopérable…).

La question de la recharge par bornes est intéressante
En effet c’est une technologie qui est maintenant très développée pour les voitures électriques avec des installations robustes et puissantes (350 kW pour les plus performantes en France) dont la technologie pourrait être utile pour les trains (et permettre aussi de mutualiser l’infrastructure avec des bornes publiques pour en faire baisser le prix)

Intrigué que la Région Grand Est ne soit pas de la partie, elle qui aime bien les initiatives pour être indépendante du GI et des exploitants !

Elle n’en a peut-être pas le besoin pour l’instant.
Il y aura à remplacer dans les prochaines années (mais pas tout de suite) les quelques X73500 de la ligne Nancy – Neufchâteau et bien sûr les rames Corail souvent évoquées, mais pour celles-ci on est bien éloigné de la consultation évoquée ici et la seule synergie possible en France est avec la région auvergne-Rhône-Alpes.

Observation d’ un A/R (Besançon) Dijon – Nancy (Metz) de cet été : les Nancy – Neufchâteau étaient assurés en AGC . Bon, c’ est juste une Observation sur 2 circulations, A/R .

Elle ne fait pas partie de la SPIIT constituée initialement par Nouvelle Aquitaine et Occitanie.

Petit HS, mais au sujet de la région Grand Est, on a appris la semaine dernière que la réouverture de la ligne ferroviaire transfrontalière Fribourg-Colmar ne se fera pas malgré que ce projet était inscrit en dur dans le traité d’Aix-la-Chapelle signé en 2019 par Emmanuel Macron et Angela Merkel.
Les réticences à ce projet viennent du côté français qui répugne à financer sa part.

https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/alsace/la-future-ligne-ferroviaire-fribourg-colmar-suspendue-faute-de-financement-le-ministere-des-transports-ne-souhaite-pas-aujourd-hui-avancer-sur-ce-projet-3403729.html

https://www.youtube.com/watch?v=dJmuqANuBlg

Nous y reviendrons prochainement.

On peut lire dans la presse que rouvrir dans une première phase la voie entre Colmar et Volgelsheim pour un coût de 80 à 100 millions d’euros, cela veut dire que le pont sur le Rhin coûterait presque de 400 Millions ? C’est du délire les devis du BTP dans le ferroviaire !

Patience, on va bientôt aborder le sujet !

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