Alstom freine sur l’hydrogène

Est-ce réellement une surprise ? Alstom suspend ses activités de sa filiale chargée du développement d’une pile à combustible alimentée en hydrogène, annonçant néanmoins honorer les engagements en cours, notamment pour les 12 Régiolis commandés par 4 Régions ainsi que 14 Coradia Stream pour les Ferrovie Nord Milano : Alstom fournira à CAF les équipements de la chaîne de traction. La filiale Alstom Hydrogène voit ses débouchés notoirement insuffisants, tandis que l’Etat, en quête d’économies, a supprimé le chapitre ferroviaire – et les subventions associées – dans la stratégie nationale sur l’hydrogène.

La pile à combustible alimentée en hydrogène a d’abord été critiquée par son rendement énergétique très médiocre : pour 1 kW à la roue, il faut produire 3 kW, contre 1,1 kW avec une traction électrique par caténaire et 1,25 kW une batterie. Viennent ensuite les conditions de production de l’hydrogène, aujourd’hui plutôt « gris » que « vert », et naturellement son coût.

Autre critique, les performances et l’autonomie. Si Stadler a réussi à faire rouler un Flirt H² sur plus de 2000 km, encore faut-il préciser qu’il circulait à allure modérée et sur profil facile dans des conditions non représentatives de l’exploitation quotidienne. L’autonomie réelle oscille entre 400 et 600 km, ce qui suppose une utilisation en mixité avec une alimentation électrique conventionnelle par caténaire, ou un passage plus fréquent au dépôt pour le ravitaillement. Les simulations effectuées sur des parcours plus difficiles ont démontré les limites de la solution, par exemple en France sur Lyon – Clermont-Ferrand dans la rampe des Sauvages, avec une vitesse au sommet – et sur rail sec – très inférieure à celle des X4630. Pas très glorieux…

Face aux problèmes de fiabilité des Coradia iLint en Allemagne, certains opérateurs ont décidé de revenir à la traction Diesel et les Länders ont stoppé les commandes, qui n’ont atteint que 41 unités, dont une partie est déjà hors-service.

En Autriche, la modernisation de la Zillertalbahn a abandonné l’option H² pour une solution à batteries, présentant un meilleur ratio coût / efficacité. Même décision aux Pays-Bas dans la province de Groningen.

Sur la Taunusbahn – 5 mai 2024 – La ligne RB15 du réseau Rhein Main Verkehrsverbund relie Bad Homburg à Brandonberndorf et a été retenu pour expérimenter les Coradia iLint série 554. Les multiples problèmes techniques rencontrés n’ont pas convaincu de l’efficacité de la solution hydrogène + piles à combustible. (Cliché D. Oster)

En Italie, les FNM préparent l’arrivée de Coradia Stream avec une autonomie accrue, au prix d’une rame de 4 caisses avec voyageurs et d’une cinquième en position centrale, faisant fonction de tender concentrant les piles à combustible et batteries pour augmenter l’autonomie, avec une longueur perdue pour les voyageurs d’environ 15 m.

Pour la France, 12 Régiolis ont été commandées par 4 Régions, dont l’un effectue ses premiers essais depuis l’automne sur l’anneau de Velim en République Tchèque. Ces rames revêtent un caractère expérimental, mais dont le débouché demeure malgré tout incertain, contrairement au surcoût par rapport à une rame classique.

En conclusion, à ce stade, la solution technique manque encore de maturité technique, de performance, dépend d’une filière de production d’hydrogène et de batteries peu vertueuse, et se révèle beaucoup plus onéreuse que d’autres solutions de décarbonation ferroviaire.

Pour la moyenne puissance, pour des trains automoteurs voyageurs, les batteries tirées dans leur développement par le monde automobile semblent représenter la solution la plus prometteuse, pour les générations futures de matériels roulants. Elle devrait l’être aussi pour les trains de travaux et les manœuvres, où les vitesses et donc les puissances en jeu sont relativement faibles. L’usage de la batterie évite le fonctionnement au ralenti ou dans une mauvaise plage de rendement des moteurs Diesel.

Pour le fret, on note l’arrivée d’une nouvelle version de la locomotive Euro 9000 de Stadler, commandée à 200 exemplaires par Nexrail. Elles sont électriques, soit par caténaire, soit une batterie de 636 kW.h (puissance développée : 1200 kW), soit 6 fois la puissance des meilleures batteries automobiles, utilisée soit pour des parcours – limités – en autonomie, soit pour écrêter la sollicitation à la caténaire. Cependant, pour les fortes puissances sur de longs parcours pour les trains de marchandises, où il faut disposer d’une quantité d’énergie importante sur de longs parcours, l’hydrogène pourrait faire partie du panel des énergies ou vecteurs d’énergie possibles, mais en tant que carburant dans les moteurs à explosion, comme plusieurs industriels y travaillent actuellement. Reste à en déterminer le coût. En attendant, biocarburants voire biométhane peuvent constituer des paliers de réduction significative des émissions polluantes.

L’hydrogène perce timidement dans les transports urbains et interurbains : sur les autobus et autocars, le niveau de performance visé est bien moindre qu’en train, ce qui rend la pile à combustible un peu plus adaptée. Cependant, le coût de cette solution et la dépendance à un schéma de production et de distribution d’hydrogène posent aussi question, tout comme évidemment la déperdition d’énergie.

Quai numéro 2 reviendra prochainement sur la stratégie de décarbonation, présentant de notables analogies entre les réseaux urbains et le secteur ferroviaire.

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12 Commentaires sur “Alstom freine sur l’hydrogène

Quelle surprise ! Alstom a fini par comprendre que l’hydrogène(noir ou vert)était une chimère. Il ne restera bientôt plus que le Neuneu à moustaches pour y croire…Pauvres Béfécistes* !
*citoyens de BFC

On dispose pour le ferroviaire d’une solution fiable et efficace pour la décarbonation : la caténaire
À partir de là, y a t’il besoin de réinventer la roue ?
Surtout que avec les systèmes à batteries qui se répandent et se fiabilisent, on peut éventuellement installer les caténaire là où c’est simple et pas cher et utiliser des batteries là où c’est complexe, par exemple dans les tunnels

Bien sûr, et je partage !!! Mais dans un cas, c’est SNCF Réseau qui paye (ou pas, il n’en a pas les moyens), dans l’autre cest les EF, ou leurs Ao. Et voilà…

Dans tous les cas, l’autorité organisatrice passe à la caisse. Logiquement pour le matériel roulant… mais il faut aussi faire la balance des + et des – car il peut y en avoir quand même (un peu d’optimisme !). Mais quand elle doit supporter des investissements sur l’infrastructure, il y a matière à débat sur le niveau de sollicitation.

Sur la partie technique, oui évidemment… mais compte tenu du coût des électrifications complémentaires et les modalités de conversion du matériel roulant, ce n’est pas pour demain.

Bah le problème justement c’est que la caténaire ça fait train, si on commence à admettre que des technos ferroviaires sont pertinentes, c’est tout le modèle de développement économique et urbain centré sur l’automobile et l’aviation qui est remis en cause.
La seule raison pour laquelle on a investi dans l’hydrogène ferroviaire c’est que tous les décideurs comptaient recycler la techno côté routier et aérien une fois les développements payés côté ferrovIaire.

Personne pour arrêter les frais avec les 12 Régiolis à prix d’or pour une utilité douteuse (il y a peu de parcours non électrifiés vraiment trop longs pour les solutions à batteries et… ce ne sont pas ceux pour lesquels les engins sont commandés).

Je plussoie ! On a désélectrifié Montréjeau-Luchon pour ne pas grever le coût de la remise en service. Mais a t’on vraiment comparé le prix d’une réélectrification en 25 Kv en fil tramway(type Bréauté-Gravenchon ou Longeray-Évian)avec le coût complet(acquisition + utilisation) des Régiolis occitans ? Et pourra t’on les remettre au type[bicourant ou bicourant + batteries](et paf ! un coût supplémentaire !)lorsqu’on s’apercevra enfin que cette histoire est un four ?

La comparaison est un peu biaisée, car, compte tenu de la modeste longueur du parcours (35 km) et de son profil de vallée, il est parfaitement possible de s’affranchir de toute caténaire. C’est un terrain assez idéal pour un train à batteries, avec recharge à Montréjeau. Certes, il faudrait garer la rame à Montréjeau la nuit, mais on peut imaginer une solution en charge lente nocturne à Luchon dans un second temps.

Commentaire technique pour être précis : pour parler d’énergie, il faut parler en kWh et non en kW. Ce dernier dénote une puissance.

Sur le fond : il est étonnant que le mythe de l’hydrogène ait duré aussi longtemps alors que l’on connaît très bien ses limitations physiques depuis longtemps…

C’est peut-être d’abord l’hydrogène avec pile à combustible, car utiliser de l’électricité pour produire de l’hydrogène et ensuite de l’électricité, c’est quand même moyen.
Il est peut-être encore trop tôt pour conclure définitivement sur l’utilisation de l’hydrogène en carburant direct.

En principe c’est encore plus mauvais, les moteurs thermiques ayant un rendement encore plus faible que les PAC.
C’est donc soit un moyen de stocker de l’énergie (électrique en entrée et en sortie) peu efficace mais avec une forte densité d’énergie, soit un carburant pour les process qui ne marchent pas à l’électricité (dans l’industrie lourde notamment, ou la propulsion aéronautique et spatiale).

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