SNCF Voyageurs envisage la création en 2027 d’un aller-retour Ouigo Lyon – Bordeaux, via Massy, Saint-Pierre-des-Corps et Poitiers. Il n’en fallait pas tant pour raviver les prises de position sur l’exclusion du Massif Central du réseau à grande vitesse. Et cela n’a évidemment pas manqué.
Rappelons donc en préalable ces évidences : pour qu’il y ait TGV, il faut un itinéraire complètement électrifié et, compte tenu de la stratégie de parc de SNCF Voyageurs, compatible avec du matériel à 2 niveaux (FR3.3 pour les spécialistes de la question). Sur Lyon – Bordeaux, évidemment, ce n’est pas le cas. Comme il n’y a pas non plus de ligne à grande vitesse, le sujet est en principe clos.
Autre élément, d’ordre économique : Ouigo (comme InOui) est une activité commerciale aux risques et périls de l’opérateur, ce qui amène logiquement à aller vers les flux les plus porteurs. L’expérience Railcoop a prouvé – pour certains au prix fort – qu’une liaison caractérisée par des flux de cabotage prédominants et de faible intensité était parfaitement incompatible avec le cadre des services librement organisés.
Toujours à propos de liaisons à grande vitesse, on peut supposer qu’avec la réalisation de la ligne nouvelle Bordeaux – Toulouse, il sera tentant de proposer une autre liaison Lyon – Bordeaux, alignant la plupart des grandes agglomérations du sud de la France, ce qui ne manquerait pas d’intérêt. Elle a d’ailleurs déjà existé, avant d’être limitée au parcours Lyon – Toulouse. Et personne n’avait crié à la marginalisation du Massif Central : certains pratiqueraient donc l’indignation sélective… Il faut donc s’attendre à de nouvelles déclarations sur le mépris du centre du pays et sa mise à l’écart de la grande vitesse.
Autre point qui mérite attention : le choix de lancer une relation à grande vitesse Lyon – Bordeaux avec le produit Ouigo plutôt qu’avec InOui, ce qui traduit le positionnement commercial voulu par SNCF Voyageurs, sans oublier de préciser que ce train serait aussi une offre de plus entre le sud francilien, Lyon et l’axe Atlantique, et le rôle que pourrait tenir une éventuelle desserte du Futuroscope. Pour l’instant, Ouigo annonce des arrêts à Massy, Saint-Pierre-des-Corps, Poitiers et Angoulême.
Pour autant, il y a assurément matière à débat, et à améliorations de la desserte de ce vaste espace central, mais en changeant la focale. A trop se focaliser sur le symbole de la transversale Lyon – Bordeaux, on en oublie peut-être un peu trop vite la réalité quotidienne, la géographie des flux de déplacement, avec cette succession de flux de cabotage plus ou moins superposés, dans laquelle les trajets entre Lyon et Bordeaux ne représentaient que 5 % des voyageurs, même avant l’existence de l’autoroute A89…

L’Auvergne fait face à un déficit évident de débouchés par train vers l’arc Atlantique : si la liaison nationale Lyon – Nantes se porte mieux, avec 3 allers-retours et une fréquentation en forte progression, elle ne fait que tangenter ce territoire central, desservant plutôt le Bourbonnais. Quant aux liaisons vers Lyon, c’est un peu mieux, avec 8 allers-retours régionaux Clermont-Ferrand – Lyon.
Quai numéro 2 s’intéresse dans son nouveau dossier à la section centrale de cette transversale, entre Limoges et Clermont-Ferrand.
8 Commentaires sur “Remous autour d’un futur TGV Lyon – Bordeaux”
AugLou
Du point de vue clermontois, c’est frustrant de voir ce TGV qui nous contourne alors qu’on est au milieu entre les deux villes
Mais du point de vue de la SNCF c’est le choix logique du parcours efficace (comme le serait celui par Toulouse aussi d’ailleurs)
Mais en attendant, ça renforce le sentiment d’isolement et d’abandon ferroviaire, même si on sait bien que le retour d’une transversale par le Massif Central se fera en TER ou intercité
Station4
Il faut juste un peu de bon sens : sans itinéraire électrifié et a fortiori au gabarit qui va bien, les agitations politico-médiatiques sont parfaitement stériles. Mais la France est un pays de symboles. Pendant qu’on vocifère sur Lyon – Bordeaux, on ne s’occupe vraiment pas des autres attentes sur cette transversale. Bref, il y a une forme de complicité : « c’est Bordeaux – Lyon ou rien »… eh ben c’est rien !
AugLou
Mais justement on attend que ça, des itinéraires au gabarit et électrifiés
Un simple entretien suffisant des voies existantes serait déjà un miracle pour le massif central
Honnêtement le TGV, on a fait une croix dessus en Auvergne, mais on aimerais bien garder quelques train et toutes les occasion sont bonnes pour tenter d’obtenir quelque chose
Station4
Les réactions enflammées des politiques et des associations sur ce Lyon – Bordeaux, c’est un très bon moyen de mettre en avant un cache-misère. Pendant qu’on parle d’une liaison qui ne répond pas à énormément de besoins, on ne s’occupe pas d’autres sujets, bien plus en rapport avec le quotidien. On renvoie la balle à la SNCF, à l’Etat, comme d’habitude. C’est curieux que dans un pays qui ronchonne que tout passe par Paris d’attendre une décision de l’Etat central sur des sujets de compétence locale. En clair : parler de Lyon – Bordeaux permet de ne pas parler de la desserte de Guéret et de Montluçon, en lien avec Limoges et Clermont-Ferrand. On ne parle pas non plus du moyen d’amener des populations à l’écart du réseau ferroviaire vers des gares, par des autocars, du transport à la demande…
Ceci étant, il ne faut pas se contenter d’un simple entretien. Il faut renouveler, moderniser même aussi… et ensuite entretenir. C’est ce que notre dossier a cherché à mettre en avant.
Tom
Ce qui est regrettable avec l’annonce de cette nouvelle liaison commerciale, c’est tout le battage médiatique autour faisant passer la SNCF pour la méchante boite. Les gens oublient vite que le TGV (et encore plus Ouigo) est une activité commerciale (comme le relève d’ailleurs l’article). Si les collectivités locales veulent absolument cette liaison, libre à elles de financer une liaison TER ou alors d’aller voir l’Etat pour espérer voir une liaison intercité.
Station4
Qui plus est, même d’un strict point de vue « territorial », une liaison directe entre Lyon, Poitiers et Angoulême, ça n’est pas forcément inutile.
C’est le problème de ceux qui vivent sur des croyances, des mythes.
Scan
En attendant le Ouigo, Poitiers – Lyon se fait en Airbus A 320… : Volotea a remporté un appel d’offres et exploite la ligne depuis octobre 2025, avec de sérieux doutes sur l’équilibre économique de la liaison à terme : https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/la-ligne-aerienne-lyon-poitiers-rouvre-mais-a-quel-prix-3235049.html
Station4
Il ne faut effectivement pas oublier qu’un Lyon – Bordeaux via Massy, c’est aussi une liaison Lyon – Poitiers ou Lyon – Angoulême. Certains diront que ces trajets pourraient se faire aussi via Montluçon et Limoges…