Bordeaux : une relance du tramway ?

Hormis l’antenne de l’aéroport, le réseau des tramways bordelais n’a connu aucune évolution. La réorganisation de l’exploitation avec la création des lignes E et F n’a nécessité que la création de communications sur le quai Richelieu à la station Porte de Bourgogne.

Les premières déclarations du nouveau maire de Bordeaux ont précisé ses orientations, qu’il souhaite porter au niveau de la Métropole dont il brigue la présidence la semaine prochaine. Pour résumer : non au métro, oui au SERM, oui à la relance de projets de tramways.

L’amélioration des dessertes ferroviaires périurbaines est engagée, notamment sur l’axe Libourne – Arcachon. Sur Saint-Mariens – Langon, les travaux des Aménagements Ferroviaires du Sud Bordelais sont lancés : les dessertes bénéficieront d’une troisième voie avec croisement en station, selon un schéma connu à Genève – Coppet pour Léman Express. La fiabilité de l’exploitation sera-t-elle au même niveau ? Au nord, la desserte de Saint-Mariens est handicapée par la signalisation avec les longs cantons de BAPR (block automatique à permissivité restreinte) et l’absence d’installations pour le terminus à Saint-Mariens, astreignant à des manœuvres sur voies principales au chausse-pied entre les circulations vers Saintes et au-delà. Enfin, sur la ligne du Médoc, il faudra préalablement renouveler l’infrastructure, l’alimentation électrique (en partie interrompue) et moderniser la signalisation. Enfin, il est plus que probable que l’ensemble des besoins ferroviaires convergeant vers la gare Saint-Jean nécessite une augmentation de sa capacité, tant en nombre de voies à quai que pour les circulations de voyageurs. Pour seule illustration : un seul des 3 passages souterrains de la gare la traverse complètement jusqu’au récent accès Belcier. Ce pourrait aussi être l’occasion de reprendre les entrées et sorties pour relever la vitesse de 30 à 60 km/h et ainsi faire gagner du temps à plusieurs centaines de circulations par jour.

Quant au tramway, son exploitation est aujourd’hui tendue par son schéma en étoile autour du triangle Pey-Berland – Quinconces – Porte de Bourgogne. Les lignes ont été allongées dans cette agglomération peu dense, à l’urbanisme souvent mal structuré, d’où des tracés assez sinueux d’autant plus pénalisants que le matériel a été conçu pour des lignes droites.

Aussi faudrait-il amorcer une autre évolution du réseau : le maillage. Le nouveau maire y semble favorable et suggère une liaison par le pont Chaban-Delmas, qui a été conçu pour supporter un tramway. Il s’agirait d’une deuxième liaison rive gauche – rive droite, afin de délester l’axe de l’avenue Thiers et du pont de Pierre emprunté par les lignes A et E.

Depuis la Cité du Vin, le tramway pourrait assez facilement rejoindre ;

  • la gare de Cenon, afin d’en faire la porte d’entrée nord de l’agglomération, avec une liaison rapide vers le secteur Saint-Louis. Le tramway pourrait utiliser l’emprise ferroviaire inutilisée de Bordeaux Bastide et l’amorce du raccordement aux voies ex-PO ;
  • le quartier Bastide, croisant les lignes A et E à la station Galin, pour ensuite passer sous le faisceau ferroviaire et emprunter une autre emprise délaissée, pour la desserte du bas de Floirac, l’Arena voire la zone commerciale de Bouliac.
Bordeaux – Pont Chaban-Delmas – 18 janvier 2025 – Bientôt le tramway sur le pont à tablier levant ? L’amorce d’une rocade plus structurante qu’une ligne de bus améliorée, coordonnée avec le SERM, aurait un effet très bénéfique, y compris pour le réseau central de tramways. (Cliché Quai numéro 2)

En rive gauche, il serait possible dans un premier temps de brancher ce franchissement de la Garonne à la ligne B, surtout avec l’option vers la gare de Cenon, en prolongeant les services limités à la Cité du Vin, ou amorcer un schéma un peu plus ambitieux de rocade, reprenant l’actuelle ligne H, au moins jusqu’à Ravezies, rejoignant ainsi les lignes C et E.

Les capacités d’investissement détermineront évidemment la consistance de ce projet. L’option vers la gare de Cenon semble plus intéressante car fortement liée à la desserte ferroviaire, avec un effet potentiellement important sur la charge des lignes A et E vers le centre de Bordeaux et d’intéressants gains de temps pour les voyageurs venant de Libourne, Bergerac, Saint-Mariens… et voulant aller vers le nord de l’agglomération, sans passer par Saint-Jean et sans emprunter des tramways déjà bien chargés.

Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier de réflexions bordelaises.

Did you like this? Share it!

15 Commentaires sur “Bordeaux : une relance du tramway ?

Humic à provoqué beaucoup de retard au développement du réseau tram Bordelais, avec son utopie de métro. Et quand on sait que cet individu a voulu s’ opposer aux travaux ferroviaires Sud vers Toulouse, pourtant utiles au futur SERM (pas seulement à la future LGV), je me dis qu’ il y a des écolos escrologues.

Il n’était pas particulièrement favorable à cette étude sur le tramway. C’était plutôt du côté de la Métropole qu’il y avait des partisans… et encore, pas tant que cela, mais il fallait procéder en quelque sorte à une « opération vérité » indépendante pour montrer qu’on n’était pas dans le champ des fausses bonnes solutions mais des vraies mauvaises. Sa tendance à enrober les AFSB dans la LGV n’a pas arrangé non plus la situation.

Pour clarifier les choses : Hurmic a été farouchement opposé au métro, c’est la Métropole tenue par la socialiste Christine Bost qui souhaitait le métro. En revanche, Hurmic et sa majorité ont promu un téléphérique qui partait de nulle part (Lormont-Cenon) pour arriver nulle part (Cité du Vin ou Achard). Heureusement, l’excuse bidon du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO a tué ce projet qui ne cochait aucune case.
Hurmic et sa majorité détestent le tramway car ne correspondant pas à leur notion de la mobilité, à savoir faire 2km de vélo pour aller au travail et se promener dans l’hyper-centre. Ainsi, ils ont surtout promu des Bus Express qui n’ont d’express que le nom et des pistes cyclables utilisées par une minorité. De même, le SERM ne l’a jamais vraiment intéressé. Tout le contraire de la nouvelle majorité beaucoup plus pragmatique sur le sujet des transports et bien mieux entourée.

A propos du futur SERM Bordelais.

Personellement – donc sujet à l’ erreur (notamment pour quelqu’ un n’ habitant pas le secteur) – je suis favorable à l’ électrification du Sud de la ligne Bordeaux – Nantes, jusqu’ à Saint-Mariens, afin d’ assurer une « traversante » Langon – Saint-Mariens efficace, en Régio 2N . Dans le cas contraire, c’ est une traversante qui sera soit en UM2 AGC (ou éventuellement UM2 Régiolis 6 caisses), et bimodes ; donc pas bien adapté à la section Bordeaux – Langon . Ou cette traversante serait coupée à Saint-Jean du fait de la non-adaptation de la moitié Nord de ce RER Bordelais, et dans ce cas là on ne peut plus parler de traversante ou RER !

La notion de RER / SERM n’est pas viscéralement attachée à la notion de ligne traversante. C’est un biais parisien d’analyse, mais il existe des cas de S-Bahn avec des lignes radiales.
Pour l’électrification La Grave – Saint-Mariens, oui, sans compter l’effet sur les liaisons intervilles. Mais pour l’instant, le projet est d’une part trop cher et d’autre part hors de portée des financements mobilisables.

Ici est un point dur du SERM Bordelais. Actuellement, les rames Régio2N Bordeaux Langon sont hyper chargées matin et soir, mêmes les rames longues louées à la région AuRa. Ne pas électrifier La Grave – Saint-Mariens revient à mettre des Régiolis en UM2 bien moins capacitaires pour la transversale, donc inacceptables. C’est un risque que j’avais personnellement soulevé lors de la concertation de 2022. Les actuels travaux sur Libourne – Arcachon sont en train de siphonner les finances du SERM, donc je confirme que les budgets pour créer une transversale Langon – Saint-Mariens seront bien insuffisants, au risque de ne pas faire cette transversale. Mais est-ce bien un risque ? La situation actuelle pourrait très bien perdurer !

Plus d’un mois après la parution de l’article – lien ci-dessous – on ne sait toujours pas ce que compte faire le nouveau maire de Bordeaux pour le réseau de tram :

on en retiendra les grandes lignes, avec [création d’un] « tramway de nouvelle génération ». « Nous devons compléter le réseau de tramways, envisager de nouvelles rames, envisager des investissements pour sa fiabilité. C’est très attendu par les habitants de la métropole »

S’agit-il d’allonger les quelques rames courtes à 5 modules ou de se lancer dans du nouveau matériel à unités multiples, avec rallongement des quais et sans doute quelques rues à mettre en impasse aux abords des stations… ?

Ou s’agit-il de supprimer l’APS pour s’orienter vers du matériel à batteries ou super-condensateurs… ? Il est vrai que cet APS est responsable de la majorité des pannes du réseau.

Quant à « compléter le réseau » on se demande si on ira beaucoup plus loin qu’un petit tronçon de ligne nouvelle, entre gare de Cenon et le quartier Bacalan, ou si on s’engagera vers une « rocade » sur les boulevards en boucle avec la rive droite, avec un phasage sur un ou plusieurs mandatures…

C’est encore un peu tôt pour avoir des réponses définitives. Ceci dit, on peut dresser quelques perspectives :
– allonger à 43 m les rames de 32 m ? compte tenu de leur âge, est-ce encore possible ? Ajouter 2 caisses dont une avec bogie moteur, ce n’est pas si évident désormais puisque les rames de 32 m sont de 2002 ;
– tramway nouvelle génération ? s’il y a nouvelle ligne, c’est possible, en décalant les rames de 32 m sur cette amorce de rocade ?
– APS ? Il faudra tirer un bilan complet de ce système… et comparer avec les autres solutions sans LAC (SRS comme à Nice ?)
– développement du réseau : quelle capacité d’investissement ? Dans un schéma absolu, la nouvelle ligne au départ de la gare de Cenon devrait aller vers Hôpital Pellegrin pour donner correspondance à toutes les autres lignes (Cité du Vin, Ravezies, Barrière du Médoc, Hôpital Pellegrin).

Oui, un premier tronçon gare de Cenon – CHU serait un premier signal politique fort d’une reprise du chantier du « réseau » de tram bordelais, à quoi il manque encore pas mal de lignes pour mériter ce terme de « réseau », si l’on veut déjà mieux couvrir le noyau dense de l’interco…

à ce propos je renvoie vers mon article récent, le dernier numéro de la revue « Transports Urbains » du GETUM, intitulé « L’accessibilité au réseau de TCSP au cœur des grandes agglomérations régionales : le dessous des cartes à quelques mois des municipales de 2026 »

https://stm.cairn.info/revue-transports-urbains-2026-1-page-16?lang=fr

Si la rédaction de Quai numéro 2 est intéressée je peux lui fournir la version longue de l’article – non retenue par TU – pour la faire paraître et susciter des commentaires…

Les préconisations de Q2 pour le futur du réseau bordelais sont évidemment fort alléchantes, particulièrement le double ring bds-rive droite et les cours.

Enfin au sujet de l’APS, sa contribution principale dans la non fiabilité globale, est citée dans le dernier rapport du délégataire Keolis, paru juin 2025 pour l’année 2024 ; je cite :

« En 2024 le système APS […] reste la principale cause d’indisponibilité et de pannes au sein de la flotte de tramways. »

Source : p.489 du pdf
https://www.bordeaux-metropole.fr/sites/MET-BXMETRO-DRUPAL/files/2025-10/RAD%20Transport%202024%20version%20Cada.pdf

Pas certain qu’il manque « pas mal de lignes » à Bordeaux. C’est un peu l’esprit de notre chapitre prospectif dans le dossier bordelais. La constitution de la rocade en rive gauche et le développement du réseau en rive droite devraient couvrir l’essentiel des besoins. Reste notamment le cas de Gradignan, mais avec une interrogation de fond sur l’intégration d’une telle branche dans le réseau central.

Pour l’APS, la question va naturellement se poser avec la perspective de renouvellement de la première génération de matériel, mais c’est vers 2040-2045. Il est peut-être même encore un peu tôt pour y songer, car les solutions disponibles « à court terme » ne sont pas forcément les mêmes que celles qu’on pourrait avoir dans 10 ans lorsqu’il faudra probablement engager la démarche de renouvellement.

Pour votre article à Transports Urbains, voici donc une lecture intéressante. Nous vous tenons au courant !

L’article publié dans Transports Urbains est intéressant. Peut-être y a-t-il quand même quelques limites à l’analyse fondée sur le carroyage de l’INSEE, qu’on peut retrouver d’une certaine façon dans les disparités apparaissant sur les cartes à Lyon et à Marseille. L’effet de la topographie semble jouer assez nettement dans la méthode : l’ouest lyonnais et l’agglomération marseillaise sont structurés par les collines. D’ailleurs, à Lyon, peut-être serait-il intéressant d’intégrer en variante les trams-trains de l’Ouest Lyonnais, justement pour montrer que ces lignes peuvent avoir un effet dans l’organisation du maillage (ce qu’on sait déjà, mais il faut parfois rabâcher certaines évidences). A Marseille, la géographie des vallons se révèle quand même assez contraignante pour développer un maillage. A tout le moins, c’est notre suggestion de liaison Arenc – National – Gare St Charles – Cinq Avenues – Blancarde – Prado – Plages.
Autre élément, comment intégrer les BHNS, qui peuvent être, dans certains cas, éligibles ? Les lignes 4 et 5 à Nantes en feraient évidemment partie. Si on considère que les lignes ont au moins 75 % en site propre ou couloirs réservés, cela peut s’entendre.

L’article traite des TCSP à mode lourd – tram et métro – pour les plus grandes intercommunalités régionales : les BHNS sont mis de côté, reprenant la doctrine de certaines assos, comme la FNAUT, considérant qu’ils sont souvent la signature d’une volonté politique insuffisante dans le cas d’une ligne desservant du territoire urbain dense ; de plus les réseaux ayant misé au maximum sur du tram ont souvent engrangé les plus fortes croissances de fréquentation consécutivement.

L’article avait pour objectif de comparer ces intercos à partir de la part non couverte de leur noyau dense par un TCSP lourd. L’analyse géographique devait bien sûr dépasser la maille communale et ne pas tomber dans une maille trop fine, comme le carroyage de 200 mètres, pour choisir finalement le carroyage kilométrique ; avec les seuils de densité retenus on obtient pour toutes les intercos une population du noyau nettement supérieure à la moitié de la population totale.

Bien sûr le noyau ainsi défini est davantage un objet statistique que géographique ; tenter de chercher à repriser les vides de la raquette de l’accessibilité au réseau de TCSP lourd c’est sans doute se heurter souvent aux divers déterminismes géographiques, comme la topographie – mais peut-être ne concernant que quelques cas et de façon très localisée – mais les obstacles les plus retords pourraient bien être du côté des oppositions riveraines, où une connaissance fine et localisée de la sociologie et du taux de motorisation des ménages ne sera pas superflue…

L’article traite des TCSP à mode lourd – tram et métro – pour les plus grandes intercommunalités régionales : les BHNS sont mis de côté, reprenant la doctrine de certaines assos, comme la FNAUT, considérant qu’ils sont souvent la signature d’une volonté politique insuffisante dans le cas d’une ligne desservant du territoire urbain dense ; de plus les réseaux ayant misé au maximum sur du tram ont souvent engrangé les plus fortes croissances de fréquentation consécutivement.

L’article avait pour objectif de comparer ces intercos à partir de la part non couverte de leur noyau dense par un TCSP lourd. L’analyse géographique devait bien sûr dépasser la maille communale et ne pas tomber dans une maille trop fine, comme le carroyage de 200 mètres, pour choisir finalement le carroyage kilométrique ; avec les seuils de densité retenus on obtient pour toutes les intercos une population du noyau nettement supérieure à la moitié de la population totale.

Bien sûr le noyau ainsi défini est davantage un objet statistique que géographique ; tenter de chercher à repriser les vides de la raquette de l’accessibilité au réseau de TCSP lourd c’est sans doute se heurter aux divers déterminismes géographiques, comme la topographie – peut-être ne concernant que quelques cas et de façon très localisée – mais les obstacles les plus retords pourraient bien être du côté des oppositions riveraines, où une connaissance fine et localisée de la sociologie et du taux de motorisation des ménages ne sera pas superflue…

Laisser un commentaire