L’antenne creusoise de Busseau-sur-Creuse à Felletin perd sa desserte régionale comprenant 2 allers-retours Limoges – Felletin. L’état de l’infrastructure et l’absence de financement pour le renouvellement motivent cet arrêt d’exploitation au 31 août au soir.
Ligne réalisée déjà sans véritable empressement par le PO entre 1864 et 1905, la section Felletin – Ussel avait été victime de la vague de fermetures de 1979-1980.



En 2019, la Région Nouvelle Aquitaine avait doublé l’offre, passant d’un à 2 allers-retours allant systématiquement à Limoges : cette desserte restait malgré tout symbolique, même si l’accès direct à Limoges était un progrès.
Cependant, les déplacements quotidiens sont de faible volume : tout au plus 3000 véhicules par jour sur la route départementale parallèle, au nord d’Aubusson, principale localité du parcours (3000 habitants). Le lycée des techniques du bâtiment de Felletin (1550 habitants) constituait la principale motivation du maintien de la desserte.
Autre singularité, le train est un mode minoritaire pour l’accès à cette partie du territoire creusois, desservi par 2 lignes d’autocars régionaux. La ligne 204 relie Limoges à Felletin via Saint-Léonard-de-Noblat et Aubusson, avec un trajet en 2 heures. Elle est renforcée, pour s’approcher d’un service toutes les 2 heures en semaine.
La ligne 210 relie La Souterraine à Felletin via Guéret et Aubusson, assurant des correspondances ajustées sur les trains de l’axe Paris – Toulouse. Paris – Guéret est plus rapide par ce biais que via Limoges. Elle est aussi renforcée, à 10 allers-retours par jour, soit bien plus que la desserte de La Souterraine par les TET. Elle vise aussi des trains régionaux.
Il sera donc intéressant de mesurer l’évolution de leur fréquentation dans les mois à venir. Lorsque des trains sont remplacés par des autocars, comme par exemple entre Epinal et Saint-Dié entre décembre 2018 et décembre 2021, environ la moitié des voyageurs du train ne prennent pas l’autocar. La desserte d’Aubusson et de Felletin est un cas particulier : elle était déjà majoritairement assurée par autocar. L’effet devrait donc être assez différent.
Mais au-delà, la faiblesse des trafics routiers et leur forte dissémination pose quand même la question des solutions de transport publics appropriées. Outre la question du financement des travaux, la mobilisation de l’ensemble des acteurs locaux serait essentielle pour arriver à crédibiliser une solution ferroviaire à nouveau durable, faute de quoi le retour du train sera une gageure.
A minima, un scénario de réactivation de l’infrastructure devrait être couplée à un schéma de desserte un peu plus consistant, comprenant au moins 5 allers-retours par jour, tout en maintenant le régime de navette entre Busseau et Felletin, avec une organisation de projets locaux autour du train.
Ces circulations pourraient aussi être valorisées via un partenariat avec l’Office de tourisme d’Aubusson – Felletin, avec un « train des tapissiers » pour visiter la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, complété par un « train des diamantaires », puisqu’on taillait des diamants dans la vallée de la Creuse jusqu’en 1982, histoire rappelée dans un atelier situé au sud de la bourgade : il s’agirait donc de mettre des touristes dans les trains régionaux pour soutenir le service public, ce qui n’est pas contradictoire avec des circulations touristiques en matériel ancien, comme l’Autorail Creusois. Cependant, le renouvellement de l’infrastructure est un préalable, sans solution de financement, l’Etat se tournant vers la Région rappelant que le réseau appartient à celui qui se défausse…
4 Commentaires sur “Felletin, c’est la fin”
AugLou
La ligne était malheureusement condamnée par son isolement
Sans effet de de réseau, c’est le sort réservé à tout ce qui reste encore de ferroviaire dans le Massif-Central
Seul un grand plan global de réouvertures et modernisations combinant dessertes intervilles et locales pourrait y mettre fin, mais ce n’est pas prêt d’être à l’ordre du jour
Station4
Avant toute chose, il faut repartir du besoin : les territoires vécus par la population et les acteurs économiques. Comment mieux coordonner la dynamique locale et le train ?
Concernant la Creuse, dès lors que le flux « Paris » est plus efficace en prenant le car en correspondance à La Souterraine, il reste donc le cabotage régional vers Limoges, et les flux interrégionaux vers le sud et l’ouest (Toulouse et Bordeaux). Mais le volume est léger.
Aharon33
L’étoffement de la desserte s’était fait au détriment de Montlucon. L’offre va t elle augmenter sur cette partie de ligne ? Il est permis d’en douter
Station4
Il faut espérer que la rame utilisée soit affectée au renforcement de Limoges – Montluçon, ce qui ne devrait pas coûter grand-chose à la Région… et peut-être lui amener quelques recettes supplémentaires.