Ile-de-France : TZen4… enfin !

C’est une nouvelle illustration du problème endémique de lenteur dans la réalisation des projets de transports en commun en Ile-de-France. Ce 10 février 2026, la ligne 4206 (ex-402) a été en partie remplacée par le BHNS baptisé TZen4 entre le quartier de la Treille à Viry-Chatillon et la gare de Corbeil-Essonnes. Le projet avait pourtant été lancé en 2011, avec une concertation préalable et l’adoption de son schéma de principe en 2013. Déclaré d’utilité publique en 2016, ce BHNS a ensuite patiné lors de la mise au point de son financement. D’un coût final de 123 millions €, la Région y a participé à 49 %, l’Etat à 30 % et le Département de l’Essonne à 21 %.

Le marché de matériel roulant n’a été attribué qu’en 2021 à Van Hool avec une nouvelle version de l’Exquicity, déjà présents en version hybride à Metz et à Nîmes : longs de 24 mètres, ces autobus électriques de 140 places, équipés par Alstom et Kiepe, innovent par l’utilisation d’un système de recharge des batteries par le sol, selon un principe voisin de celui en vigueur à Nice sur les lignes 2 et 3 des tramways. Malheureusement, la faillite de Van Hool a fortement retardé la livraison des 30 véhicules commandés pour TZen4, qui ont été terminés par le constructeur suisse Hess, avec l’ancien personnel de Van Hool. TZen4 est donc la première exploitation par bus bi-articulés en Ile-de-France, après une courte expérimentation à la fin des années 1980 avec le prototype Mégabus de Renault, notamment sur la ligne 183.

Ce sera la seule ligne dotée d’Exquicity. Initialement, Ile-de-France Mobilités avait commandé 26 véhicules identiques pour TZen5 (Bibliothèque François Mitterrand – Choisy-le-Roi), mais la faillite de Van Hool pose un problème juridique : il y aura donc un nouvel appel d’offres, retardant d’autant le projet qui pourrait débuter avec de simples bus articulés. Les 30 Exquicity vont donc former un isolat : sera-t-il durablement gérable ?

Ainsi, il aura fallu 15 ans pour concrétiser – non sans mal donc – un projet de BHNS, solution qu’on présente comme plus souple et plus rapide à concrétiser qu’un tramway. A cette longueur s’ajoute une interrogation sur l’adéquation du mode de transport puisque 47 000 voyageurs par jour sont attendus sur ce parcours de 14 km comprenant 30 stations. La fréquence du TZen4 sera certes de 5 minutes aux heures de pointe (en septembre seulement, 7 minutes pour l’instant) et de 8 à 10 minutes en journée. Néanmoins, une telle affluence, si elle valide le principe d’axes structurants bénéficiant de facilités maximales de circulation dans ce type d’environnement urbain, se situe aux limites du domaine de pertinence de l’autobus, fut-il bi-articulé : un tramway aurait été probablement plus approprié, avec une capacité encore supérieure (au moins 200 places pour une rame de 32 mètres). Le bénéfice par rapport aux autobus articulés de 110 places sera quand même appréciable, même s’il risque d’être rapidement consommé, car TZen4 sera, à n’en pas douter, un succès de fréquentation.

Ris-Orangis – Route de Grigny – 14 février 2026 – Le TZen4 circule en site propre sur plus de 90% du parcours. Les stations sont équipés d’un grand totem d’information et de grands abris avec distributeur de titres de transport. (Cliché Quai numéro 2)
Corbeil-Essonnes – Avenue Serge Dassault – 14 février 2026 – Dans l’ascension sur le plateau, ce service est bien à destination de Viry-Chatillon contrairement à la mention sur la girouette. Aucun cache-roues sur ce véhicule… (Cliché Quai numéro 2)
Ris-Orangis – Rue Pierre Brossolette – 14 février 2026 – Les Exquicity sont agréables pour les voyageurs, mais les finitions extérieures sont pour l’instant inégales. Ce véhicule dispose de tous ses cache-roues : ils sont rares. (Cliché Quai numéro 2)
Corbeil-Essonnes – Gare – 14 février 2026 – Le dispositif de recharge au sol au terminus : 3 sont installés ici dont celui utilisé par ce véhicule arrivé de Viry-Chatillon. Il existe aussi une recharge à la gare du Bois de l’Epine. (Cliché Quai numéro 2)

Reprenant sur un peu plus de la moitié de son parcours les sites propres existants, dont ceux créés à construction de la ville nouvelle, TZen4 devrait atteindre une vitesse commerciale de 19,5 km/h et relier les terminus en 43 minutes. C’est en principe correct mais suppose quand même un réglage de la priorité aux carrefours favorable au service. Pour l’instant, le fonctionnement est satisfaisant avec une prise en compte bien ajustée : les autobus évoluent avec fluidité, contribuant à l’agrément de voyage à bord de véhicules électriques particulièrement silencieux et souples. En revanche, l’exploitation est étrangement erratique : au cours de notre parcours, les intervalles variaient entre 1 et 35 minutes pour un service nominal toutes les 10 minutes.

Ainsi, TZen4 rejoint TZen1 à la gare de Corbeil-Essonnes. La première ligne du concept francilien de BHNS, à l’appellation trop abstraite par un excès de communication sur le service réel, avait été mise en service le 4 juillet 2011 sur l’axe Lieusaint – Corbeil. Il aura fallu donc attendre 15 ans – encore ! – pour qu’une deuxième ligne soit réalisée. Lors de la présentation du concept en 2009, le STIF avait présenté 5 lignes, dont 2 seulement sont effectives. Pour les autres :

  • TZen2 Carré Sénart – Melun ne devrait pas être mis en service avant 2031 alors que le projet a été lancé en 2009 : 22 ans pour une ligne de bus certes améliorée, c’est un record ;
  • TZen3 Porte de Pantin – Livry-Gargan fait à peine mieux puisque ses principes ont été adoptés en 2010 et ne devrait être mis en service qu’en 2028 ;
  • TZen5 Bibliothèque François Mitterrand – Choisy-le-Roi est sur le même rythme (lancement en 2010, mise en service en 2028), avec comme mentionné plus haut des incertitudes quant à la fiabilité de ce calendrier au regard du problème sur le matériel roulant.

Quai numéro 2 consacrera prochainement un dossier au cas si particulier de la desserte de l’agglomération nouvelle d’Evry, un des rares cas de planification coordonnée entre transports en commun et projet d’urbanisme.

Did you like this? Share it!

15 Commentaires sur “Ile-de-France : TZen4… enfin !

Il serait quand même de bon ton d’unifier la nomination de tous ces BHNS (20, 91.06, 393, TVM et TZEN) dans une nomenclature commune pour que le voyageur s’y retrouve. Le concept TZEN portait ce principe pour 5 lignes mais ne l’a pas étendu aux lignes existantes ou déjà en projet à l’époque…

Il fallait déjà ordonnancer la nomenclature des lignes Optile : c’est très largement avancé, pas encore achevé, mais c’était le plus important. Il va désormais falloir se pencher sur la désignation de ces quelques lignes principales. TZen, c’est assurément trop long, trop abstrait.

Comme on a déjà le préfixe T pour « Tramway », on pourrit utiliser Z pour TZen (en y incluant donc les autres lignes dignes de ce nom comme le TVM).
Ou alors T + un nombre différent de celui des lignes de tram (T21, T22…).

D’un point de vue fonctionnel, le niveau de service de ces lignes étant considéré proche de celui d’un tramway, les intégrer dans la série des Txx aurait au moins le mérite de la simplicité. Si on réserve le T aux seuls tramways, il faudra trouver autre chose, mais si on cherche à éviter les confusions avec les lignes ferroviaires (RER et Transilien), alors Txx éviterait de trop se compliquer… et puis certaines lignes (TVM, 393, TZen3, TZen4, TZen5 et d’autres) mériteraient d’être des tramways…

Pour Tzen 3 , le département ( maitrise d’ouvrage ) table maintenant plus sur une mise en service en 2030 / 2031 ( en tout cas selon les info données en concertation) : https://www.tzen3.fr/fr/decouvrir-le-projet

Que c’est lent… La gouvernance des projets de TC en Ile-de-France est plombée par la multiplicité de collectivités. Il faudrait, à l’échelle de l’agglomération parisienne (75 – 92 – 93 – 94 a minima) une seule collectivité et un seul gestionnaire de voirie. Il faudrait aussi que IDFM soit réellement pilote des projets d’investissement qui sont aujourd’hui à la main de ces collectivités. Toutes proportions gardées, l’efficacité de la gouvernance lyonnaise (qui, sur ce point, est beaucoup plus efficace) devrait en inspirer plus d’un…

Cela requiert un certain optimisme !
Il suffit de voir l’instauration de la Métropole du Grand PAris : elle devait tout simplifier, et au final on se retrouve avec deux échelons supplémentaires (EPT + MGP, avec maintien des départements).

Il y’a même un livre à lire à ce sujet, au titre…évocateur.
https://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100530080

Pour être plus sérieux : l’avantage de la Métropole de Lyon, c’est d’être une collectivité à statut particulier dans une région « standard ».
Ainsi, ils ont les coudées franches sur les Transports en commun urbains (via le Styral) et sur la voirie.
Néanmoins, cela ne facilite pas l’intermodalité TER – TCU.

D’ailleurs, Emmanuel Grégoire proposait de faire redescendre la gestion des bus au niveau de la MGP. Curieuse proposition…
https://youtu.be/3kkFS5j_pUs?si=laoqvPuRwcehJqV6&t=344

La Métropole du Grand Paris est aujourd’hui une coquille quasiment vide. Elle a surtout été constituée pour créer les apparences d’une réforme de la gestion politico-administrative tout en assurant le maintien du pré carré de chacun, avec un consensus transpartisan entre la gauche francilienne et la droite. Résultat, rien ne bouge vraiment.
La comparaison avec Lyon ne date pas de la création de la Métropole. Déjà, au temps de la COURLY, l’efficacité était de mise : en attestent les 20 mois de travaux pour construire 20 km de tramway en 1999-2000. Pour parler à la Voirie, le SYTRAL parle à la COURLY / au Grand Lyon / à la Métropole… C’est l’hémisphère gauche du cerveau qui parle à l’hémisphère droit… C’est quand même plus facile.
La gestion des bus au niveau de la MGP n’aurait pas grand intérêt, pour ne pas dire aucun. IDFM a l’avantage d’être une structure avec plusieurs collectivités. C’est plus simple. Le sujet n’est pas tant la définition des rôles d’AOM que la rationalisation de la gestion de la voirie. En réalité, la grande réforme serait une évolution lourde d’IDFM en lui confiant la gestion des voiries dès lors qu’elles sont empruntées par des services réguliers de transport en commun (à l’exception des services municipaux).

Nous sommes bien d’accord sur l’absence d’intérêt de la MGP dans sa forme actuelle.

Néanmoins, la gestion de la voirie dès qu’il y a une ligne de bus est un peu trop radicale. Et comment tenir compte des déviations potentielles ?
En outre, IDFM n’a pas vraiment de compétence de gestionnaire de réseau tout court (cf. le réseau ferré par exemple).
Il serait peut-être plus pragmatique de donner enfin un vrai rôle à la MGP, en supprimant les départements et en lui transférant les routes départementales. On pourrait ajouter un certain nombre d’axes communaux jugés stratégiques, ainsi que les routes nationales voire les autoroutes radiales au sein de l’A86.

IDFM n’a pas de compétence de gestion de voirie, c’est un fait, mais si la loi la lui transfère, les compétences suivront.
Si la MGP avait la compétence voirie, ce serait strictement pareil puisque c’est une coquille vide. En outre, il faudrait une place de poids de la MGP dans le conseil d’administration de IDFM, ce qui ne serait pas une mince affaire politique.
L’autre grande réforme concerne les investissements. Puisque les financeurs des projets (Région, Départements, Ville de Paris) sont membres d’IDFM, alors pourquoi ne pas confier le pilotage complet de ceux-ci à IDFM, comme c’est le cas du SYTRAL ? En ayant la main sur la conception, le pilotage et l’exploitation, on aurait ce supplément de cohérence qui fait défaut aujourd’hui.
Un sujet pour un prochain dossier à Quai numéro 2…

Si on creusait la question du financement, on se rendrait probablement compte que c’est souvent une cause majeure de lenteur des projets en IDF. T10 a pris 2 ans de retard (mise en service anoncée en 2021, effectuée en 2023) pour cause d’acquisitions foncières, mais surtout de financement. Le gros du financement des travaux de T12 a été débloqué en janvier 2017 alors que lesdits travaux avaient déjà commencé. Et ce ne sont que deux exemple.
Il y a deux problèmes : d’une part, chaque élu local pèse dans le financement, et les élus locaux sont parfois aussi des élus nationaux qui ont beaucoup de poids ; d’autre part, le financement n’est complètement débloqué (donc sûr) qu’au début des travaux, donc très tard ; contrairement à ce qui se fait en province, où les AO bouclent en général plus tôt lors des études.

Les méfaits se cumulent…

Pour l’instant, les Exquicity ne sont pas d’une fiabilité incroyable m’a-t-on dit.
Ce délai est d’autant plus décevant que la ligne 402 était déjà en grande partie sur voie réservée…
On se demande pourquoi ne pas avoir privilégié une solution Trolleybus plus simple et standardisée, Évry n’est pas réputée pour des perspectives particulièrement protégées…

Les nouveaux trolleybus ne sont pas non plus avares en problèmes de fiabilité à la mise en service…

Et le coût global d’investissement est plus élevé en trolley qu’en bus électrique. Malheureusement peut-être…

Laisser un commentaire