Lyon – Trévoux : un projet atypique à la quête d’un terminus

Les trains de voyageurs sur la ligne de Trévoux, au départ de la gare de la Croix-Rousse ont cessé de circuler en 1953. La rive gauche de la Saône perdait 4 ans plus tard sa ligne de tramway Lyon – Neuville, exploitée par l’OTL, les élégantes rames du Train Bleu, étant remplacées par d’ordinaires autobus Berliet PLR bien moins capacitaires.

L’ancienne Région Rhône-Alpes avait étudié voici près de 25 ans les modalités de restauration d’une desserte ferroviaire, identifiant un potentiel élevé de trafic, de l’ordre de 15 000 voyageurs par jour.

Cependant, les perspectives étaient contrariées par les modalités d’insertion à Sathonay – Rillieux, cisaillant les 2 voies d’accès à la ligne à grande vitesse avant de rejoindre la voie unique de la ligne des Dombes, et par l’incapacité à insérer une desserte nouvelle au quart d’heure jusqu’à la gare de la Part-Dieu.

Fontaines-sur-Saône – Quai Jean-Baptiste Simon – 17 juin 2012 – La ligne 70 assure la liaison Neuville – Caluire – Part-Dieu, parallèle voire totalement superposée au projet de BHNS de la Région. (Cliché Quai numéro 2)

De façon à peine implicite, la conclusion orientait la suite des études sur une solution plutôt de type tramway sur un tracé sans adhérence avec le réseau ferroviaire. Il fallait pour cela envisager la reconversion de la coulée verte aménagée sur la section Cuire – Sathonay de l’ancienne ligne abandonnée, et donc s’opposer frontalement à la ville de Caluire-et-Cuire. Le dossier s’est enlisée alors qu’il est probablement possible d’aménager une ligne de tramway tout en préservant le principe d’une coulée verte.

Après avoir repris la propriété de l’emprise entre Sathonay et Trévoux, la Région porte un projet de bus à haut niveau de service toutes les 15 minutes entre la gare de la Part-Dieu et Trévoux. Celui-ci emprunterait les voies réservées aux bus urbains jusqu’à Rillieux-la-Pape avant de rejoindre l’emprise ferroviaire transformée. C’était sans compter sur l’Autorité Environnementale dont l’avis proscrit sa réutilisation dans la traversée de Sathonay pour cause d’espèces naturelles à protéger… qui doivent déjà composer avec d’autres infrastructures routières. Le projet a été rectifiée, perdant quelques minutes au passage jusqu’à Fontaines-Saint-Martin où il pourra reprendre le tracé initial. La transformation des ouvrages métalliques à Fontaines et Rochetaillée ne sera pas la moindre des difficultés, puisqu’ils sont inadaptées à la circulation d’autobus.

Initialement, la Région annonçait une exploitation par bus à hydrogène, avant de se rabattre sur une solution plus classique de véhicules électriques : il ne devrait pas s’agir de trolleybus, la Région souhaitant pouvoir dépasser les bus urbains. Compte tenu de la longueur du parcours (28 km), il faudra disposer plusieurs bornes de recharge des véhicules sur le trajet.

Dernier élément en date : l’implantation du terminus à la Part-Dieu. L’esplanade Vivier-Merle est déjà bien occupée par les lignes urbaines (C1, C2, C6, C7, C9, C13, C25, TB12 38, 70). L’hypothèse côté Villette n’a pas été concluante. Le scénario qui se dessine envisage donc un terminus près de l’ancienne gare des Brotteaux. Le seul avantage est la commodité de la correspondance avec la ligne B du métro, bien plus directe qu’à Part-Dieu ou Charpennes (la desserte s’effectuant par l’avenue Dutriévoz). Cependant, ce n’est pas un accès direct au quartier de la Part-Dieu et à sa gare : aussi faut-il envisager que les voyageurs se reportent sur les lignes C1, C2 et C6 pour 2 arrêts…

La réflexion de Quai numéro 2 sur une desserte par tramway du plateau nord vers Caluire et Rillieux-la-Pape contribue à un scénario alternatif dans lequel il serait possible d’intégrer une desserte du val de Saône vers Trévoux.

Cependant, comme pour la desserte de Crémieu, il faudra aussi clarifier la gouvernance de ces dessertes relevant à ce stade de 2 collectivités pas vraiment réputées pour l’instant pour leur capacité à s’entendre.

Pour aller plus loin, consultez nos différents articles et dossiers :

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2 Commentaires sur “Lyon – Trévoux : un projet atypique à la quête d’un terminus

Ce projet de BHNS, c’est juste un moyen malheureux de la région d’empêcher de faire du ferroviaire qu’ils haïssent

En faire un tramway ou tram train comme vous le proposez est une solution bien plus pertinente

« Qu’ils haïssent », c’est un peu fort. Si tel était le cas, cela se verrait réellement. Disons que la Région n’est peut-être pas au rendez-vous de l’enjeu.
D’un point de vue très pragmatique, compte tenu du champ de contraintes techniques, administratives et budgétaires, la solution ferrée par tramway suppose quand même quelques prérequis à ce jour non réunis.
Le fait que la liaison Lyon – Trévoux soit de compétence régionale car interdépartementale, comme Lyon – Crémieu, n’arrange rien. La desserte de Crémieu va imposer une gestion technique et administrative particulière. Il « suffira » de la dupliquer pour Trévoux.
Ceci étant, on peut imaginer un scénario qui essaie de contourner cette contrainte : un tram express Lyon – Genay serait purement de compétence métropolitaine (donc SYTRAL).
Néanmoins, pour l’instant, il y a du pain sur la planche avec d’autres dossiers : TEOL et La Soie – Vénissieux en tête d’affiche, le renouvellement du métro ensuite, le prolongement du TB12 à Parilly et le plan de conversion au trolleybus de certaines lignes. A cet égard, la conversion au tram de C6 (Part-Dieu – Campus Lyon Ouest) pourrait être une variable d’ajustement, puisqu’entre le tunnel de la Croix-Rousse, la traversée de Vaise et la montée à La Duchère, il y a quand même quelques points durs…

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