Municipales 2026 : vers un reflux ?

L’élection de plusieurs maires écologistes en 2020 traduisait-elle une évolution durable des aspirations des citadins ou résultait-elle d’un effet des conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections pendant la pandémie ? C’était un des angles d’analyse des dernières élections municipales : le bilan laisse présager qu’il s’agit plutôt de la seconde option, avec de surcroît l’amplification d’un mouvement de balancier bien moins favorable aux transports publics.

Focalisons cet article sur quelques grandes villes : Bordeaux, Strasbourg, Lyon et Nice, où le résultat des élections pourrait avoir un effet sensible sur la politique des transports.

L’alternance à Bordeaux apparaît moins comme une rupture à risque sur le domaine des transports publics. Au contraire, la nouvelle majorité souhaite mettre de côté les débats sur le métro, dont de récentes études ont confirmé qu’il n’était pas une solution pertinente pour la Métropole, et relancer le développement du tramway. En ligne de mire, une nouvelle liaison vers la rive droite de la Garonne par le pont Chaban-Delmas : il s’agirait à minima de relier la Cité du Vin (ligne B) et l’avenue Thiers (lignes A et E). Cette perspective est alignée avec les suggestions de Quai numéro 2 : orientée vers la gare de Cenon, elle amorcerait alors une ligne de rocade qui pourrait ensuite continuer vers les boulevards. C’est le principe de l’actuel Busexpress H. Pour le tramway, une liaison Gare de Cenon – Hôpital Pellegrin couvrirait principalement le cadran nord-ouest, et pourrait être prolongée vers l’entrée du domaine universitaire via la gare de Talence Médoquine.

A Strasbourg, le retour de Catherine Trautmann, qui avait porté en 1989 le retour du tramway contre le VAL, sera également observé quant au devenir du projet de nouvelle ligne vers Schiltigheim d’une part et de délestage du cœur du réseau. Quai numéro 2 était quelque peu sceptique sur le scénario retenu, cherchant à délester Homme de Fer mais en reportant la contrainte place de la République.

A Nice, il est permis d’être assez pessimiste quant au devenir des lignes 4 et 5 du réseau de tramway. Le maire de Cagnes-sur-mer semble assez peu favorable au projet de ligne 4.

A Lyon, l’alternance à la tête de la Métropole pourrait bousculer profondément les projets étudiés jusqu’à présent.

Bordeaux – 18 octobre 2025 – Le pont Chaban-Delmas à tablier levant a bien été conçu pour supporter un tramway en position axiale, à l’emplacement des actuelles voies pour les bus. Le projet de nouvelle liaison entre les deux rives de la Garonne sera-t-il relancé ? (Cliché Quai numéro 2)
Tassin-la-Demi-Lune – Rue Joliot-Curie – 22 décembre 2025 – Les premières déclarations de Véronique Sarselli, nouvelle présidente de la Métropole, ne laisse guère place au doute : le projet de tramway en partie souterrain vers Alaï va subir à minima un sérieux retard. Il faudra donc se contenter des autobus. Lâcher la proie pour l’ombre peut-elle faire une politique défendable ? (Cliché Quai numéro 2)

La focalisation sur une nouvelle ligne de métro est-ouest, des confins de Tassin jusqu’à l’aéroport, avec une première étape Bellecour – Alaï, pourrait torpiller le projet de tramway TEOL (Tramway Express Ouest Lyonnais, prolongeant T2 de Montrochet à Alaï par une section nouvelle majoritairement souterraine) et fragiliser les autres projets compte tenu du coût du métro, consommant la grande majorité du budget d’investissement du SYTRAL (sans compter qu’on n’a probablement pas encore vu tous les postes de dépense inhérents à ce choix…). En outre, ce métro E reste trop lyonnais alors qu’il faut un projet d’ampleur métropolitaine… l’occasion pour Quai numéro 2 de remettre aussi en visibilité notre proposition Est-Ouest Lyonnais Express, qui n’est évidemment pas réalisable dans un seul mandat, mais dont la dimension est toute autre. Néanmoins, nous reviendrons prochainement sur cette hypothèse de métro, pour mieux la cerner.

Cependant, il ne faut pas oublier d’ores et déjà que les nouvelles majorités devront dans 6 ans défendre un bilan et qu’une mise en service est plus valorisable que l’avancement d’un obscur processus administratif. Sans oublier évidemment qu’avoir des ambitions est une chose, en avoir les moyens en est une autre.

Plus largement, ces élections municipales ont confirmé l’importance des questions relatives aux transports et le classicisme des positions et des postures : la voiture était omniprésente, plus encore dans les petites villes que dans les grandes (encore que…), situation renforcée par le contexte international et la nouvelle poussée de fièvre du prix des carburants (comme si n’importe quel maire de France avait une quelconque influence sur la situation au Moyen Orient et la folie des hommes !). Plus largement, ces élections ont consacré une nette prédominance des modes de transports individuels (outre la tête d’affiche de la voiture, le vélo était souvent en bonne posture dans les grandes agglomérations) et un déclin, un effondrement parfois, des questions relatives aux services publics.

Elles ont aussi confirmé un clivage sociologique et géographique de plus en plus net, malgré un tracé quelque peu compliqué, qui repose pour large partie sur les logiques modales de déplacement :

  • le centre des grandes métropoles, avec l’accès à l’ensemble des transports publics et à des réseaux cyclables développés ;
  • les banlieues agglomérées de celles-ci, où l’offre de transports en commun reste soutenue mais pêche encore par des défauts assez classiques de capacité – car souvent le fait encore des seuls autobus – et d’orientation d’abord radiale alors que les flux de rocade tiennent une part sans cesse croissante ;
  • les couronnes périurbaines, où les transports publics sont plus rares, peu capacitaires et moins efficaces du fait de la moindre densité de population, dans un territoire où les flux sont géographiquement très éparpillés et unitairement souvent de faible consistance, d’où une forte dépendance à l’automobile ;
  • les petites villes en zone rurale, dont la situation présente de fortes analogies avec les couronnes périurbaines, à commencer par la forte dépendance à l’automobile et une crise assez répandue des centres historiques assez répandue, par l’essor des zones commerciales périphériques, qui vont de pair avec un habitat dispersé, une moindre attractivité des logements centraux et l’inadéquation croissante des fonds de commerce centraux (taille, état, prix) par rapport aux attentes contemporaines.

Cependant, les transports publics restent plus que jamais une solution essentielle par ce marronnier qu’est leur étroite coordination avec les politiques d’urbanisme.

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16 Commentaires sur “Municipales 2026 : vers un reflux ?

Bonjour

Concernant le metro je constate un point d’incoherence: la nouvelle ligne C de toulouse coute 4 milliards (pour l’instant) pour 27 km
Pour la E j’ai lu recemment que ce serait quasi 2 milliards pour 6km

De la meme maniere la precedente majorite parlait de 1,7 milliards pour l’eventuel prolôgement de la D a la duchere, ce qui correspond plutot au cout d’un PROLONGEMENT a ecully

Le gabarit est un peu different, le sous sol aussi et il y a des sections aeriennes. Mais ca fait le double

Il y a une raison a cela ?

Pour la e, ce serait quasi 2 milliards pour 8 (huit) km.
Voire 9 km s’il faut pousser à Francheville Bel Air pour réaliser les ateliers.

À Clermont-Ferrand, qui tombe à droite, ça va être dramatique pour le peu de transports qu’a la ville

Pas obligatoirement . Je me rappelle que des anti-tramways ont pris le pourvoir à Caen, en 2014, en plein projet de reconditionnement des 2 lignes de trams « à 1 rail », pour les mettre à 2 rails . Résultats 12 ans plus tard ? Les 2 lignes sont à 2 rails, une 3eme à été créé, et deux autres sont en projets bien avancés………….et ceux avec le même courant politique arrivé en 2014 !

Pour Besançon, je donnerai mon avis plus tard.

Bah disons que Bony a déjà annoncé qu’il voulait revenir sur les sites propres récemment créés
C’est une ville de voiture Clermont, ça va être compliqué avec une mairie de droite de développer le réseau, ça se sentait déjà dans la métropole

Des sites propres TCSP, déjà en service, peuvent être remis en cause ?

Tout est possible : dès lors qu’on peut transformer en piste cyclable des couloirs pour les bus à Paris, le gestionnaire de voirie a de grandes latitudes.

L’obsession croissante de l’auteur sur la soi-disant suppression massive de voies bus au profit d’aménagements cyclables fait perdre toute la crédibilité du propos et du message portés à travers les articles de ce blog.

Je vous recommande vivement la lecture de l’excellent travail d’analyse de philéas gatsby (ou le résumé en images, toujours plus parlant) :

https://pbs.twimg.com/media/HCV_024WkAEoLE6?format=jpg&name=medium

https://pbs.twimg.com/media/HCVsG65W4AAzjJr?format=png&name=large

Il ne faut pas déformer le propos. Il n’est pas question de suppressions massives, et il ne faut pas cantonner le sujet à l’analyse statistique des longueurs de couloirs. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Un seul exemple : il y a des couloirs bus sur la place de la Bastille, mais peut-on affirmer que la circulation des autobus a gagné avec la nouvelle configuration ?

oui il suffit pour lui de rouvrir les rues qui avaient été faites en ZTL à la circulation générale

Pour Lyon spécifiquement, on peut ajouter le projet absurde de tunnel autoroutier. Il ne sera très probablement jamais réalisé, mais il fera perdre du temps et de l’énergie (politique, technique).

Lyon va subir une quasi-décennie perdue, surtout si les mandats sont allongés à 7 ans afin d’éviter une année 2032 trop riche en élections.

Apres il faut le dire, Lyon a gagné une décennie d’avance avec le dernier mandat par rapport à Marseille/Lille/toulouse . C’est dommage mais les Bases sont (trés) bonnes et posés.

Que change l’ élection de Ludovic FAGAUT à Besançon ? J’ espère ne pas me tromper, mais je pense « que ce ne sera pas un drame » . Par rapport à 2020, le nouveau Maire semble avoir bien pris en compte la problématique des transports . Il a bien conscience de la nécessité du futur SERM ! Quant à la future – et serpent de mer, il est vrai – halte de Planoise/Haut du Chazal (cf sujet sur Besançon), tous les courants politiques y sont pour.

Ce que l’ élection du nouveau Maire changera probablement, c’ est le retour des voitures sur le pont de la République – le détour imposé aux résidents de l’ Helvétie (près de 1000 mètres et 2-3 feux (suivant les 2 accès à leur quartier)) était une véritable « rigolade écologique », dont le nouveau Maire ne s’ était pas gêné de tancer sa concurrente lors du débat entre les 2 tours . Le vélo 🚲 principale victime de l’ élection de Ludovic FAGAUT ? Peut-être pas ainsi, le nouveau Maire a bien un programme de pistes cyclables (il l’ avait déjà dans ses propos de 2020), notamment semble t’ il au niveau des différents accès exterieures de la ville, mais il ne cherchera pas à exclure les voitures de la ville, contrairement à ce que faisait Anne VIGNOT.

Pour le tramway, logiquement pas de problème . Il y a des idées pour d’ éventuels prolongements, mais aucun n’ avait abordé les premières études . Et Ludovic FAUGAUT N’ a jamais eu « de mot de travers » envers le tram, désormais bien implanté dans le paysage Bisontin.

Les travaux pour le 4ème terminus (Brulard) sont en-cours . Il y aura une coupure de trafic durant l’ été (lors du gros oeuvre des travaux), vraisemblablement du 14 juillet au 15 août . Et le nouveau schéma (T1 bRULARD – Chalezeule et T2 Haut du Chazal – Viotte) devrait commencer à l’ automne.

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