FNAUT : rouvrir des lignes mais pour quel service et à quel coût ?

Dans une étude publiée en fin d’année dernière, la FNAUT identifie 49 sections, totalisant 1624 km, qui, selon elle, justifieraient une réouverture, en annonçant un scénario en apparence flatteur, considérant que 300 millions par an pendant 15 ans suffiraient à y parvenir.

Cependant, l’analyse proposée est assez étonnante car, si elle évoque rapidement des potentiels de trafic d’au moins 1000 voyageurs par jour, les demandes ne sont pas étayées par une analyse un peu plus fine des besoins des territoires concernés, ni même – et c’est quand même inquiétant – de la moindre approche sur la consistance du service. S’il s’agit de procéder « à l’ancienne »  en ayant une revendication de principe de réouverture sans mettre en face un service suffisamment attractif pour être perçu par la population, comme est encore le cas pour une majorité de lignes de desserte fine du territoire (3 à 5 allers-retours par jour au maximum), c’est peine perdue.

En ce sens, la comparaison entre les quelques réouvertures françaises par rapport à d’autres pays européens est elle-même biaisée car, justement, la consistance du service y est sans commune mesure : même en Italie, les quelques cas récents proposent au moins un train toutes les 2 heures, comme nos exemples dans le Piémont et en Lombardie. Rien à voir avec le cas de Serqueux – Gisors, cantonné à 3 allers-retours par jour, sans liaison directe vers Rouen ce qui en limitait fortement la portée.

L’autocar est rejeté par principe, ce qui est contraire au principe d’une approche pragmatique de la couverture maximale du territoire par des transports publics. L’analyse est d’autant plus faible qu’elle n’est pas étayée par une évaluation des potentiels de trafic captables. C’est logique puisque l’étude n’évoque pas la consistance du service sur ces réouvertures « exigées » ! La FNAUT rejette aussi les concepts de trains légers, ce qui est peut-être la position la moins critiquable.

Sur les coûts, tout en contestant la crédibilité de SNCF Réseau en des termes souvent peu courtois, la FNAUT a fortement négligé la consistance réelle des investissements et leur éventuel phasage. Exemple avec la remise en service en 2021 de la section Arches – Saint-Dié, présentée de façon flatteuse à 450 000 € / km mais en négligeant qu’il s’agissait d’investissements minimalistes pour rétablir le service, dont le maintien a déjà nécessité 2 vagues d’interventions, financées par la Région, mais qui n’ont pas été prises en compte dans l’évaluation de la FNAUT.

De même, concernant Montréjeau – Luchon, si le coût final est plus élevé que celui de la première étude réalisée par une ingénierie extérieure, celle-ci n’avait chiffrée que le seul renouvellement de la voie. Le coût final, même après le transfert de gestion de la ligne, est très voisin de l’estimation faite par SNCF Réseau en 2016. Comme quoi…

La liste proposée constitue un inventaire d’autant plus théorique qu’il n’est donc pas étayé par une approche des besoins locaux ni du service, ni par une identification des principaux postes de dépense (la voie certes, mais les ouvrages, les gares, la signalisation…) pour cerner le niveau de complexité, avec une propension à sous-estimer les coûts. Par ailleurs, certains projets peuvent être pertinents… mais le train classique n’y est probablement pas la meilleure option : il s’agit essentiellement de cas périurbains pour lesquels un tramway express pourrait être plus approprié. C’est le cas d’Orléans – Châteauneuf-sur-Loire, de Lille – Comines, d’Ascq – Orchies (en rabattement sur la ligne 1 du métro à l’université), de Rognac – Aix-en-Provence et de Rouen – Elbeuf. D’autres axes sont étrangement oubliés, comme Nantes – Carquefou (sur lequel nous reviendrons prochainement).

Pour les cas en train classique, certaines réouvertures mériteraient effectivement d’être considérées, concernant presque exclusivement des lignes de desserte fine du territoire (ou qui le « redeviendrait ») : la rive droite du Rhône (du moins sa partie sud), Evian – Saint-Gingolph, Morlaix – Roscoff, Abbeville – Eu, Autun – Etang-sur-Arroux, Oyonnax – Saint-Claude, Bréauté – Gravenchon (plutôt jusqu’à Lillebonne pour éviter les complexités du périmètre industriel), Angoulême – Saillat (liaison Angoulême – Limoges), Rodez – Séverac (à condition de ne pas doubler la RN88), Limoux – Quillan, Digne – Saint-Auban (à voie métrique ou à voie normale et en trouvant une solution pour le passage en lisière du site industriel), Colmar – Breisach (avec la question du pont transfrontalier sur le Rhin), Carnoules – Brignoles (en prolongeant les futures missions périurbaines Saint-Cyr – Toulon – Carnoules et avec une interrogation sur la suite du parcours jusqu’à Gardanne), et éventuellement La Ferté-Milon – Fismes.

Mallemoisson – 28 décembre 2015 – L’antenne de Saint-Auban à Digne, délaissée depuis 1989. Faut-il restaurer une antenne de la ligne du val de Durance ou un prolongement des Chemins de fer de Provence ? (Cliché Quai numéro 2)
Kerlaudy – 26 juillet 2016 – Souvenir de la desserte entre Morlaix et Roscoff. Entre 9000 et 14 000 véhicules par jour sur la route parallèle, mais il n’y avait que 2 allers-retour par jour. Dans ces conditions, difficile d’attirer… (Cliché Quai numéro 2)

Cependant, la priorité doit être évidemment donnée à préserver les lignes existantes en exploitation : le programme d’investissement pour les renouveler est déjà d’un niveau considérable, hors de portée des budgets actuellement mobilisables, et renvoyant aux rôles de l’Etat et des Régions. Il faudra aussi, dans de nombreux cas, les moderniser, ce qui nécessitera d’autres moyens : si la trajectoire de renouvellement atteint environ 7 milliards € en 10 ans, il faudrait probablement ajouter le tiers de ce montant pour la modernisation, duquel SNCF Réseau ne pourra être absent au regard des gains de productivité qui seraient dégagés. Consultez les orientations de SNCF Réseau sur ce sujet.

Dans les autres cas, les emprises ont été souvent transformées, a minima en voies vertes ou véloroutes, dont la reconversion apparaît très hypothétique. D’autres ont été cédées à des collectivités, des propriétaires privés, ou réutilisées pour reprendre le réseau routier départemental. Autant dire que le retour du train y est une vue de l’esprit, et que cette position pourrait, si elle était suivie, être un frein à une amélioration pragmatique de la desserte des localités à l’écart du réseau ferroviaire.

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22 Commentaires sur “FNAUT : rouvrir des lignes mais pour quel service et à quel coût ?

A comparer avec les très nombreuses réouvertures de lignes et de gares au Royaume Uni au fil des années.
Qui s’explique par un engouement accru pour privilégier le train, une communauté et des associations de lignes très engagées.
Et surtout, un retour en arrière nécessaire après les très nombreuses fermetures de ligne sous l’ère du « Beeching Axe » dans les années 60.

Les comparaisons peuvent être intéressantes mais il faut pouvoir prendre des cas équivalents. Le rapport de la FNAUT est un peu tombé dans le panneau en n’allant pas plus loin que quelques chiffres sommaires et sans mettre en face le contenu des opérations, sachant en plus que l’intervention sur une ligne de plaine avec peu d’ouvrages est structurellement moins onéreuse qu’une intervention sur une ligne du Massif Central par exemple.

La question de la fréquence est en effet centrale
Si on rouvre des lignes avec 2 trains par jour que du coup personne ne prendra, on aura juste mis de l’argent par les fenêtres et fait de la mauvaise pub qui découragera d’en faire plus
Mais on a vraiment du mal à dégager une desserte consistante en France, même sur des liaisons assez importantes

Si déjà on commençait par avoir un niveau plancher à un train toutes les 2 heures, hormis quelques exceptions vraiment spécifiques comme les Causses et les Cévennes ou ce sera quand même un peu plus difficile à justifier, on pourrait considérer que le plus dur serait fait, et la dynamique de trafic pourrait jouer favorablement. L’autre élément, c’est le service le samedi et le dimanche…

Pour les causses et les Cévennes, ça pourrait se justifier au moins en saison touristique
Et puis on pourrait aussi avoir des trains un peu plus rapides « intervilles » comme vous les appelez sur la lignes des causses, en ayant 5 arrêts intermédiaires, on pourrait gagner quasiment 1h de trajet, avec 4h30 on aurait un temps de trajet compétitif avec la voiture (bon par contre pour un Clermont – Béziers c’est plus compliqué)

Causses : commençons déjà par avoir un 2ème Clermont – Béziers, symétrique de l’actuel. Autre question : le prolongement éventuel du train de nuit d’Aurillac vers Clermont est-il réellement pertinent ? En alternative, pourrait-il bifurquer à Neussargues vers Saint-Flour, Saint-Chély, Marvejols et Millau ? Quelle chalandise ?
Pour les trains « accélérés » : compte tenu du niveau de desserte, cela impliquerait soit la suppression de certaines gares soit une augmentation importante du volume de circulations, pour une chalandise malgré tout limitée.
Sur les Cévennes, c’est un peu différent, car on a déjà 4 AR et qu’on peut les renforcer aux extrémités avec la liaison Clermont – Le Puy (justifiant un cadencement aux 2 heures) et la liaison Mende – Nîmes (qui mériterait déjà de passer de 2 à 4 allers-retours pour commencer).

Oui effectivement il n’y a pas grand intérêt à faire Paris-Clermont par Aurillac, il vaudrait mieux le rediriger vers le Sud (même pas besoin de rebrousser à Neussargues en plus)
Par contre on pourrait aussi du coup augmenter le nombre de Clermont – Aurillac – Toulouse

Je trouve l’artcile assez dure. Le rapport, bien qu’imparfait, a au moins le mérite de placer les usagers (c’est bien le role de la FNAUT) au coeur des décisions des prochaines décennies et non seulement quelques spécialistes issues de structures publics ou privées éloignée de la réalités des territoires paumés oublié du trains.

Je pense justement que les usagers doivent se saisir du sujet et ne pas le laisser à quelques énarques ou ingénieurs. Merci la FNAUT de mêler études prosectives (interne et militante) pour secouer le cocotier de nos mobilités du quotidien

Justement, l’usager n’y est pas, puisqu’on parle de rouvrir des lignes mais pas de la desserte, sa consistance, son articulation avec le territoire et des connexions avec les autres modes (ah mais oui, le car c’est mal…).
Pas sûr que le cocotier soit secoué comme il le faudrait…

Dans les lignes du massif-Central à rouvrir et qui pourraient faire l’objet d’une desserte consistante, il y a aussi Clermont – Saint-Étienne et Clermont – Le Mont-Dore
On pourrait imaginer une desserte aux deux heures de bout en bout pour chacune avec une desserte complémentaire à l’heure voir même à la demie-heure sur les parties encore actuellement circulées dans le cadre d’un SERM sur la métropole Clermontoise
Et penser un schéma similaire pour les dessertes Nord-Sur avec une intégration TER / SERM et des limites de ce dernier à par exemple Issoire et Vichy pour la desserte fréquente

Thiers – Boën : c’est un sujet très délicat, épidermique même. L’étude réalisée par le CEREMA révèle que les flux entre Clermont et Saint-Etienne sont très faibles. Le handicap, c’est le hiatus de 60 km entre l’extrémité des bassins de vie de ces deux agglomérations, à Thiers et à Montbrison, voire éventuellement Boën.
Le Mont-Dore, c’est un peu différent, car on traverse une partie du Puy-de-Dôme très peu peuplée, mais avec un petit enjeu touristique en bout de ligne.
Dans un cas comme dans l’autre, le retour du train doit être un outil dans une politique d’aménagement local. Sinon, le train pour le train, ça risque de ne pas aller très loin.

Le CEREMA parle de « flux faible », mais c’ est jamais faible pour faire des autoroutes et 2×2 voies . Alors quel crédit accorder à une telle étude ?

Le Mont Dore, oui le Puy De Dôme pas très loin, mais aussi le Sancy encore plus proche . Et un établissement thermal, à ma connaissance également – pensons à Vittel relié à Paris par la Ligne 4 (merci Grand-Est).

Pour Saint-Etienne – Clermont ? L’étude est assez pointue, sur les flux de circulation et l’examen des traces GSM. A priori, ces méthodes sont assez fiables. Saint-Etienne regarde Lyon. Clermont-Ferrand regarde surtout vers le nord (vers Paris) et vers Lyon. Or Lyon – Clermont en train est plus rapide (ou moins lent) via Roanne que via Saint-Etienne.

Allez sur les sites de la FNAUT, et des locaux défenseurs de la ligne : Saint-Etienne – Clermont modernisé et intégrale, c’est est 10-14 minutes de moins que par Roanne !

Soit mais pour quel coût d’investissement, quelle desserte et quelle prévision de trafic ? Il faut sortir des incantations et aller dans le concret pour évaluer sur pièces. Ce sont 3 éléments essentiels.

Peut-être un peu exagéré/ambitieux mon dernier commentaire . J’ y reviendrai plus tard.

Dans la liste des lignes à réouvrir, outre celles déjà mentionées,je pense à :
_ Niederbronn-les-Bains – Bitche – Sarreguemines
_ Verdun – Suippes
_ Saint-Claude – Oyonnax
_ Bellegarde – Gex – Divonnes-les-Bains
_ Cavaillon – Pertuis – Manosque / Meyragues.

Pendant ce temps-là, la FNAUT dénonce le projet de la nouvelle gare de Villiers-Champigny-Bry en raison de son devis pharaonique, cf cet article du journal Le Parisien :
La future gare Villiers-Champigny-Bry coûtera finalement… un demi-milliard d’euros (
https://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/la-future-gare-villiers-champigny-bry-coutera-finalement-un-demi-milliard-deuros-22-01-2026-X3HMWDT6VREAZIOFNASGJ72CS4.php)

En même temps, en IdF, des fois on se demande si la FNAUT ne sert pas de faux-nez au lobby automobile …

Euh, du calme quand même. Certes, la FNAUT n’est pas toujours défendable, mais il ne faut pas non plus tomber dans la diffamation.
Le projet de gare de Villiers-Champigny-Bry est largement critiquable…

P.S. : il serait bien de trouver une solution au problème qui empêche de différencier les majuscules et minuscules dans l’espace de rédaction des commentaires… Vraiment pénible.

Pour les commentaires : en attendant que la solution soit trouvée, rédigez vos commentaires sur une page Word et faites un copier-coller…
Sur la critique à l’égard à la FNAUT, la posture « le train et rien d’autre » pose quand même un peu des questions. On la trouve aussi dans d’autres associations et c’est – de fait – une propension au statu quo qui favorise la voiture.
Ce qui est étonnant, c’est que le rapport en question affiche des positions qui ne sont pas totalement alignées avec les FNAUT locales, comme par exemple sur le cas de Loches – Châteauroux…

J’ai l’impression (et c’est je pense assez normal pour une association qui est une fédération) qu’il y a pas mal de variation de points de vue et de positionnement selon les différentes sections
Ça apporte du débat, mais parfois aussi des positons avec lesquelles on est moins d’accord (voir opposé)

Hum, STATION 4, le site de la FNAUT vous donnera tous les renseignements . Il arrive que la FNAUT ne soit pas opposée à certains projets routiers, comme pour celui en-cours à Besançon – relier les barreaux Montboucons et Mercureaux, et en faire un véritable contournement routier de Besançon, mais le soutien est « critique » et assujetti de reserves (comme une demande d’ un barreau TC Planoise-route de Dole, finalement repris par les concepteurs du projet routier).

La FNAUT est critique sur certaines gares du GPEx, et demande s’ il ne serait pas possible de faire « un peu moins tapé à l’ oeil », quant à côté (en province) les « usagers ruraux » voient leurs lignes mourir…………et voient les réalisations somptueuses de l’ Ile de France . L’ impression d’ un deux poids deux mesures !

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